Yegg n°83 septembre 2019
Yegg n°83 septembre 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°83 de septembre 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 12,2 Mo

  • Dans ce numéro : masturbation, libres de jouir !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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CÉLIAN RAMIS
Celle qui s’engage à travers et au-delà des mots En février dernier, dans le cadre du festival Urbaines, on découvrait Joanna lors d’une soirée organisée par Les Gorgones, un collectif rennais composé quasiment que de jeunes femmes luttant contre les discriminations à travers l’art. IElles présentaient la chanteuse comme « la nouvelle perle rennaise de la pop urbaine ». Le 21 septembre, l’artiste monte sur la scène du festival I’m from Rennes, au théâtre de Verdure du Thabor pour y présenter ses chansons aux textes engagés, figurant prochainement – en novembre - sur son premier EP, Vénus. Au cœur de son disque  : la condition féminine. « Je suis une femme et pour ça, je me prends plein de trucs dans la gueule. Je parle du harcèlement, de l’objectification des femmes mais aussi plus largement d’amour. Dans la chanson « Séduction », c’est l’histoire d’une femme hétérosexuelle attirée par une autre femme parce que j’avais envie de parler de relation mais je n’avais pas envie de lier cette relation à un homme, et aussi parce que ça m’est déjà arrivé de croiser une femme dans la rue et de me sentir attirée par elle. », déclare Joanna, également très inspirée pour l’écriture par son année universitaire en Histoire de l’art à Rennes 2, après un an en arts du spectacle. « J’ai une vraie passion pour les images. Je suis allée au lycée Bréquigny, pour l’option cinéma. En seconde, j’ai raté le coche pour les arts appliqués et je m’ennuyais un peu à l’école. Je voulais mettre un peu de piment, de piquant dans tout ça. », précise-t-elle, sourire en coin. C’est là que s’opère le déclic et lui apparaissent frontalement les inégalités entre les hommes et les femmes. Alors que les filles sont nombreuses en classe, ce sont les garçons qui prennent les postes à responsabilité lors des tournages. Elle éprouve alors un sentiment d’infériorité dû à son sexe et à son genre  : « J’ai toujours trainé avec des gars mais vers 15-16 ans, tu te rends compte que tu deviens un objet ou que tu n’as pas trop ton mot à dire. Tu te fais harceler dans la rue… Je faisais de la musique et on me disait « tiens, je cherche une voix féminine », ce n’est pas une chanteuse, une musicienne, c’est une voix, juste une voix. Pendant un an, j’ai arrêté à cause de ça. Je me suis sentie seule et ça a été long avant de pouvoir passer au dessus, avant que je puisse me sentir capable. En plus, j’ai mis du temps à combattre ma timidité. Au-delà de ça, j’ai eu un gros déclic  : on ne me prenait pas au sérieux parce que j’étais une fille. Et je suis loin d’être la seule à avoir ressenti ça ou à ressentir ça. » Elle a des choses à dire et ne compte pas les chuchoter. Elle écoute les podcasts La Poudre de Lauren Bastide et Les couilles sur la table de Victoire Tuaillon et lit Le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir. Pour Joanna, « on est obligées de s’informer pour se rendre compte du problème. On ne nous en parle pas en classe ou à la maison. C’est important de parler de ça et je sens que j’ai une responsabilité à ce niveau-là. On transmet beaucoup de choses à travers la culture. » Elle prend la plume, le micro et passe derrière la caméra pour réaliser les clips. Elle diffuse « Séduction » sur YouTube et rapidement, elle est contactée par des professionnels. Son projet se concrétise et démarre. « C’est vrai que dans le milieu du rap, c’est plutôt masculin et on n’a pas l’habitude de voir une femme prendre autant d’initiatives mais je suis soutenue par mon équipe ! », rigole-t-elle. Pour l’artiste, « il y a une conscience élevée des inégalités aujourd’hui mais les inégalités sont très ancrées dans la culture. Plus il y aura d’artistes féminines et féministes dans le milieu du rap, du hip hop, etc., plus les choses changeront. Pour l’instant, il y a une prise de conscience mais pas encore d’actions concrètes. Comme pour l’écologie. Ça aussi, j’ai envie d’en parler ! », s’anime-telle, son militantisme dissipant peu à peu sa timidité. À l’instar de ses influences, parmi lesquelles on retrouve Mylène Farmer, Shay, Bonnie Banane ou encore FKA Twigs, Joanna déclame son envie de liberté et son émancipation à travers ses textes, ses compositions, ses clips mais aussi son engagement public. En somme, à 21 ans, elle montre sa polyvalence, son mélange de styles, son talent et sa détermination. En attendant – avec impatience - la sortie de son EP puis de son album, on rejoint les Gorgones dans son appréciation. Joanna, c’est une perle qui refuse d’être enfermée et conditionnée dans une coquille d’huitre, et entend bien, à travers sa démarche artistique, l’exprimer et le concrétiser. Mais elle est surtout une grande artiste en devenir. I MARINE COMBE Septembre 2019/yeggmag.fr/03



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