Yegg n°82 jui/aoû 2019
Yegg n°82 jui/aoû 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°82 de jui/aoû 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 38

  • Taille du fichier PDF : 14,0 Mo

  • Dans ce numéro : le droit d'exister...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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CÉLIAN RAMIS professionnel-le-s de la santé doivent mener à la reconnaissance de l’expertise des personnes trans en matière de transidentité. Là encore, logique… « Pour le moment, la formation des futurs médecins et pharmaciens est encore verrouillée et il est très compliqué de faire irruption comme ça, dans les formations. En Bretagne, l’association Ouest Trans et le Planning Familial proposent des formations à destination des professionnel-le-s de la santé. Même des formations courtes, simplement pour faire germer la réflexion et apporter les bases théoriques autour de la transidentité. », conclut le vice-président d’Iskis et co-secrétaire du Réseau Santé Trans ponctuant la fin de notre rencontre par un « Voilà à quel point de connaissances on en est… » LA BINARITÉ CRÉE LES ANOMALIES… Les réticences sont nombreuses, les avancées minoritaires. Parce que le système est encore binaire et les cases, essentielles au bon fonctionnement de ce système. Mais l’Homme ne se doit-il pas d’être plus nuancé et complexe que la machine ? Pourquoi s’octroie-t-on le droit d’étiqueter la transidentité à une pathologie et l’intersexuation à une anomalie ? « Notre société est bornée et prétend que l’humain peut être classé d’une manière binaire. Elle prétend qu’il y a des femelles et des mâles et que ce qui ne rentre pas dans ces cases soi-disant naturelles est anormal et qu’il est donc légitime d’opérer. Juillet-Août 2019/yeggmag.fr/20 focus C’est absurde. Nous savons maintenant que le genre est une construction sociale. Le sexe, bien qu’il soit biologique, relève aussi d’une certaine construction sociale. Nous avons décidé qu’un clitoris devait avoir maximum une certaine longueur et qu’un pénis devait avoir minimum une autre, qu’un vagin devait avoir une certaine profondeur et que les hormones d’une certaine personne devaient être dans un certain référentiel. Ces limites ont été décidées arbitrairement et légitiment des traitements inhumains. », explique Audrey Aegerter, créatrice de la chaine Audr XY disponible sur YouTube et présidente de l’association InterAction fondée en Suisse. Elle précise  : « En fait, on veut s’assurer que tout le monde puisse avoir un rapport hétérosexuel, que les organes génitaux externes ressemblent à ce qu’on s’attend d’une fille ou d’un garçon et que la puberté se fasse comme attendue en fonction du sexe assigné. Il y a donc une certaine transphobie et homophobie dans la prise en charge des personnes intersexes. Les opérations ont toujours été autorisées… ou du moins, n’ont jamais été interdites mais c’est dans les années 50 que la prise en charge a commencé à être protocolaire. » Selon l’ONU, on estime à 1,7% de la population concernée par l’intersexuation qui est une variation du vivant, c’est-à-dire une variation des caractéristiques sexuelles, qui peut être de l’ordre chromosomique, hormonale ou des
organes génitaux internes et/ou externes. On peut découvrir ces variations à la naissance ou à la puberté, ou même après. « La plupart de ces variations sont saines et ne nécessitent aucune prise en charge médicale. Malgré cela, beaucoup se font opérer ou subissent des traitements hormonaux sans consentement éclairé et libre. », souligne Audrey. NE PLUS SE SENTIR ISOLÉ-E Sa chaine, lancée début 2018, et ses vidéos, dont « #Il y a une couille avec votre fille », est un véritable outil de transmission des savoirs autour de l’intersexuation. Et de partage. C’est en focus regardant les vidéos, sur cette thématique, de Pidgeon et Emilord, deux youtoubeureuses des Etats-Unis, qu’Audrey Aegerter a entendu des vécus similaires aux siens  : « Ces personnes qui semblaient si sûres d’elles, elles n’avaient pas honte de leur intersexuation et en parlaient ouvertement. Elles m’inspiraient et m’inspirent encore beaucoup. Je pensais que je n’assumerais jamais aussi publiquement mon intersexuation. » Quand elle participe au film Ni d’Eve ni d’Adam  : une histoire intersexe, réalisé par la documentariste Floriane Devigne (lire notre critique YEGG#74 – Novembre 2018), elle rencontre d’autres personnes intersexes qui, elles aussi, regardent les vidéos des deux youtoubeureuses  : « Elles autant que moi ne connaissions que les mots des médecins. Des mots qui pathologisaient nos corps. Grâce à ces rencontres Le droit d’exister pleinement Il est important d’avoir en tête que l’Histoire est écrite par des hommes blancs, cisgenres, hétérosexuels, dyadiques pour les hommes blancs, cisgenres, hétérosexuels, dyadiques. Qu’en est-il des autres ? Les manuels d’histoire, la littérature, les médias, les arts… nous enseignent que, vraisemblablement, le reste de la population n’a pas voix au chapitre. Difficile de se construire, de se projeter, de s’apprécier quand on a l’impression de ne pas exister. Qu’on est bizarres parce que nulle part on ne voit des gens qui nous ressemblent. Les luttes féministes, les luttes LGBTIQ+ et les luttes antiracistes participent à la réhabilitation des rôles modèles. « Désormais, il y a une génération de jeunes transgenres qui pensent qu’il est possible d’être ouvertement trans et d’avoir une carrière d’acteur. » Cette citation, on la doit à Laverne Cox, actrice, animatrice et productrice trans. On la connaissait pour son rôle dans la série Orange is the new black, on en apprend davantage sur elle et son engagement féministe et LGBTIQ+ dans l’ouvrage de Florent Manelli, 40 LGBT+ qui ont changé le monde, publié aux éditions Lapin en juin 2019. George Azzi, Bayard Rustin, Zanele Muholi, Renée Richards, Hanne Gaby Odiele, Janet Mock, Mykki Blanco, Harvey Milk, Manvendra Singh Gohil, Chi Chia-Wei, Marielle Franco, Blair Imani, Giovanna Rincon et de nombreux autres portraits nous ouvrent les portes d’une partie dissimulée de l’Histoire. Qu’on connaisse ou non, dans les grandes lignes ou les détails, les luttes LGBTIQ+, Florent Manelli nous présentent quelques unes des personnes qui ont œuvré pour faire avancer ou maintenir les droits LGBTIQ+. Si on ne trouve qu’une seule personne intersexe, Audrey Aegerter, présidente de l’association InterAction en Suisse, recommande de regarder le documentaire de Floriane Devigne, Ni d’Eve, ni d’Adam  : une histoire intersexe (YEGG#74 – Novembre 2018), le documentaire de Régine Abadia Entre deux sexes (YEGG#63 – Novembre 2017), les chaines Audr XY et Mischanomalie (YouTube) ou encore les vidéos du projet Paint-LGBT. Sans oublier de lire l’excellent livre de Martin Winckler, Le chœur des femmes (YEGG#61 – Septembre 2017). Juillet-Août 2019/yeggmag.fr/21



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