Yegg n°80 mai 2019
Yegg n°80 mai 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°80 de mai 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 34

  • Taille du fichier PDF : 15,3 Mo

  • Dans ce numéro : la couleur de la réalité.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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CÉLIAN RAMIS
Celle qui Elle est loin de faire son âge, Germaine Acogny. À 75 ans ce mois-ci, cette grande dame de la danse continue de fouler les planches avec, entre autre, son spectacle À un endroit du début, présenté les 3 et 4 avril au Triangle à Rennes, dans lequel elle part de ses racines  : « La danse, c’est l’héritage de ma grand-mère, Aloopho, qui était une prêtresse vaudou. Avec le corps, je pouvais m’exprimer, c’était un besoin. Pour moi, les danses africaines ont un grand respect pour le corps. » Originaire du Bénin, elle quitte le Sénégal pour s’installer en France et y effectuer sa formation de professeure d’éducation physique, option danse. « Chez moi, il n’y avait pas d’école professionnelle, on apprenait à danser en immersion avec les adultes, on les regardait faire et on les suivait. À Paris, j’ai appris d’autres danses et j’ai pris des stages tout au long de ma vie pour me confronter à d’autres techniques. », explique Germaine Acogny. Elle précise  : « J’ai l’instinct béninois avec le geste sénégalais. Les mouvements sont initiés par la colonne vertébrale, comme un arbre de vie. Il faut sentir sa colonne vertébrale pour danser avec sa technique. » De là, elle développe son propre vocabulaire et lance la méthode Acogny, reconnue à l’échelle internationale et enseignée désormais au Sénégal, à l’école des Sables, seul centre de formation professionnel en Afrique, fondé par Germaine et Helmut, son mari. On dit d’elle qu’elle est la mère de la danse contemporaine africaine. Elle, elle préfère parler de danse moderne africaine, car le terme « contemporain » lui semble assimilé à la France, excluant tous les autres... « C’est dommage qu’il y ait des catégorisations, tout comme c’est dommage qu’il y ait des frontières entre les sexes, entre les pays. L’être humain, c’est le même partout. Personnellement, je ne parle pas d’égalité mais de spécificité. Il y a toujours des différences d’une personne à l’autre. Je suis une femme et je peux faire des choses qui nécessitent de la force. Et il y a des hommes qui se sentent femmes et inversement. Moi, je parle en tant qu’être humain. Je suis ma propre concurrence. », souligne Germaine Acogny. inspire l’engagement et le respect Dans sa dernière création, elle aborde son histoire personnelle et familiale, à travers l’histoire de la colonisation, le « lavage de cerveau et la crise psychologique de mon père. » Elle évoque son enfance, le conflit avec le patriarche, la schizophrénie entre une religion nouvelle qui prône qu’Eve a commis le péché avec le serpent et qui diabolise la religion vaudou pour qui le python est un animal fétiche  : « Selon la culture, l’éducation, les vécus, cette histoire touche les gens car beaucoup ont eu des conflits familiaux. Partout où je vais danser ce spectacle, ça touche. La danse, la musique, les vidéos portent à une chose très intime qui devient universelle. Une histoire spécifique à l’Afrique qui devient universelle… » Elle est très calme quand elle parle. Elle prend le temps de réfléchir à ses propos avant de tirer à voix haute le fil de sa réflexion. Mais chaque mot pesé est animé du feu de la passion avec laquelle elle a mené, et mène encore, sa longue carrière. Elle puise dans les expériences, entre autre aux côtés de Maurice Béjart, nourrit ses exigences et grandit, comme elle le dit  : « Toute l’Afrique et tous les continents sont des lieux de rencontres, d’échanges, de découverte de soi-même et des autres. Helmut est européen et moi africaine, nous avons toujours eu beaucoup de respect l’un envers l’autre et envers nos cultures respectives. C’est ce respect qui nous a fait faire quelque chose de merveilleux comme l’école des Sables. » Au cours de l’interview, elle cite régulièrement Léopold Sendar Senghor et évoque sa philosophie du donner et du recevoir. « Ça a toujours été évident pour moi. Il ne faut pas se perdre soi. Je mange japonais, chinois, allemand, sénégalais, français, etc. Ça se met dans mon sang et je reste Germaine Acogny. À l’automne de ma vie, je suis très contente de ce que je fais  : je danse, j’éduque et je mène l’école des Sables qui ne fermera pas, on a décidé, même si c’est difficile financièrement. Venir, c’est nous aider à continuer à la faire vivre ! », souritelle avec simplicité. Avis à tou-te-s les danseurseuses, amateur-e-s comme professionnel-le-s ! I MARINE COMBE Mai 2019/yeggmag.fr/03



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