Yegg n°76 janvier 2019
Yegg n°76 janvier 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°76 de janvier 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 34

  • Taille du fichier PDF : 13,0 Mo

  • Dans ce numéro : la bataille contre le sexisme.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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CÉLIAN RAMIS
Celle qui On a le souffle coupé quand on l’écoute parler et pourtant face à elle, on respire. Sa gouaille et son rire enfantin nous envoûtent. Rien ne semble pouvoir entacher la motivation et le dynamisme de Morgane Rey, danseuse, chorégraphe et fondatrice de la compagnie Erébé Kouliballets, implantée au Blosne depuis sa création en 1988. Née à Laval, elle grandit à Cotonou au Bénin jusqu’à ses 12 ans. « Mon père était chirurgien dentiste et ma mère enseignait dans un lycée. On vivait près d’un village de pêcheurs qui faisaient des cérémonies, des danses, etc. Quand on est revenus à Belle-Isleen-Terre (dans les Côtes d’Armor), j’ai eu un choc interculturel ! », rigole-t-elle, en poursuivant  : « J’ai eu une super conseillère qui me donnait les clés de la salle pour que je donne des cours de danse. À Cotonou, je faisais du classique. Ici, j’ai découvert le modern jazz, Bob Marley, tout le délire avec les Bee Gees… J’ai vraiment toujours grandi dans une culture métisse. » Au lycée, à Guingamp, elle monte et écrit la pièce Cendrillon « avec un prince homo, qui ne comprend pas la princesse, des sœurs à la ramasse, une mère très maltraitante et un père effacé ». Elle enseigne la danse, fait des stages de danse africaine et découvre la danse contemporaine. « Un coup de foudre », lance-t-elle, passionnée. Malgré des problèmes de genou, elle danse. Parce que rien ne l’arrête. « Plus jeune, je disais que j’allais en fac de psycho parce que je voulais être thérapeute en danse mais en fait j’allais à des cours de danse. J’ai quand même passé mes diplômes de thérapeute en danse et j’ai travaillé 18 ans en milieu carcéral. J’ai accompagné beaucoup de femmes ! C’est là que j’ai réalisé qu’il y avait un vrai souci au niveau du féminin et du masculin. À cette époque, je ne me pensais pas féministe. On me disait déjà que je ne pouvais pas être danseuse parce que j’étais grosse. En plus, j’étais métisse. J’allais pas en rajouter une couche. » Il lui faudra de nombreuses années avant d’assumer. Elle vient d’une famille pleine de femmes de tête  : une arrière grand-mère bretonne vendeuse de motos, une grand-mère béninoise première secrétaire dactylo du pays et une grand-mère lavalloise fondatrice d’une école laïque en pleine cambrousse. « Chez nous, tu dois pouvoir te casser à a la danse chevillée au corps n’importe quel moment et te débrouiller. », souligne Morgane Rey, profondément animée par la question du corps. Un corps qui abrite une âme et dont on ne peut pas se séparer, quoi qu’il en soit. « C’est un outil magnifique le corps, qui permet d’être vivant et présent là où on est. C’est pas facile de vivre. Qui qu’on soit. La danse, c’est quand même ce que tu peux faire tout le temps, partout. Partout, tu trouves des danseurs et par chance tu as tout le temps ton corps avec toi ! Toutes les rencontres que j’ai faites, tout ce que j’ai compris, tous les gens que j’ai rencontrés, c’est par la danse. Et ça ne coûte rien ! », s’enthousiasme-t-elle. Elle parle d’indépendance du corps. D’exercice de la liberté. Dans les cours et ateliers qu’elle donne, comme dans les pièces qu’elle monte, avec des professionnelles et des amateures, elle aime provoquer les échanges dans le dialogue. Toujours autour du corps et de la danse  : « On parle de ce que ça veut dire être sexy, être désirable, de la notion de dominant-e/dominé-e. C’est intéressant ! C’est toujours très intéressant quand tu verbalises, ça met une tension dans la danse. Et ça crée un pont entre elles-mêmes et quelque chose à quoi elles aspirent. Je vois qu’il y a des nanas qui de manière énergétique vont envoyer du steak puis finalement ne vont pas assumer le côté guerrier. Il y a pas mal de nanas qui viennent en danse africaine pour ça. Pour s’affirmer dans le physique, le violent, le martial. Une femme a le droit de porter un sac de ciment et monter un mur ! La question, c’est comment tu t’assumes dans cette société ? La danse est une façon de dire non à toutes les assignations. C’est une façon d’aller vers la résilience. » Toujours cash et bienveillante, Morgane Rey manie à 53 ans l’art de mettre les pieds dans le plat pour secouer les consciences que ce soit en montant des pièces sur les sorcières, sur le voile ou sur le rapport à la sexualité. Peu importe si a ne plait pas, elle investit places et espaces du Blosne pour faire comprendre, par son métissage de danses, que les femmes ont leur place partout. Nous, ça nous plait ! D’autant plus quand elle nous offre l’opportunité de la suivre dans sa nouvelle création autour du Petit chaperon rouge qui promet d’être rock’n’roll et dont on vous donnera des nouvelles régulièrement dans le magazine et sur le site. I MARINE COMBE Janvier 2019/yeggmag.fr/03



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