Yegg n°75 décembre 2018
Yegg n°75 décembre 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°75 de décembre 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 30

  • Taille du fichier PDF : 15,9 Mo

  • Dans ce numéro : le droit à la dignité.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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CÉLIAN RAMIS
Celle qui Dans son atelier, une bibliothèque à crayons. De couleurs, à papier, des stylos, etc. Et dans son salon, une bibliothèque de bande-dessinées. De Larcenet, Trondheim, Davodeau, Sfar, Lupano, Cazot ou Strömquist, entre autres. Ses BD à elle figurent dans nos étagères. Comme tous les enfants, Léa Mazé dessinait. Et n’a jamais arrêté. « Je suis la dernière de 5 enfants et plusieurs de mes frères dessinaient, en loisirs. Ma mère peint, aussi en loisirs. J’ai eu des profs à domicile ! », rigole-t-elle. Après le bac, elle effectue une mise à niveau en arts appliqués à Brest avant d’entrer à l’école de cinéma d’animation Estienne, à Paris, pendant 2 ans. « Depuis petite, je rêve de faire de la BD ! J’envisageais l’école d’Angoulême. En discutant avec d’autres, qui l’ont faite, je me suis aperçue que ce n’était souvent pas la première école qu’ils faisaient. L’animation m’intéressait, c’est formateur, j’y suis allée. C’était en numérique et moi, mon truc, c’est de dessiner. J’aime créer tout un univers, toute une histoire. Seule, c’est possible. Dans le cinéma, non. », précise-t-elle. Elle dessine des gags depuis ses 8 - 9 ans, lit les classiques franco-belges et vers 14 ans, commence à étendre son champ de lecture vers les nouveaux du secteur, « avec des récits plus intimistes, des romans graphiques, dans lesquels je me suis retrouvée ». Jusqu’à la claque graphique. La révélation grâce à la série Le combat ordinaire, de Manu Larcenet  : « Son trait minimaliste, sa manière d’être synthétique dans les émotions, très quotidien, intime et sensible, les séquences muettes… Je n’avais jamais vu ça ! » Elle choisit d’intégrer une formation BD, non diplômante, puis une école d’illustration (DMA) de laquelle elle sort en publiant, en 2015, son projet d’études, Nora, avant d’illustrer en 2017, l’album jeunesse La porte des pluies (écrit par Jérémy Semet). À la rentrée 2018, deux nouvelles BD paraissent le même jour  : Elma une vie d’ours, T.1 (écrite par Ingrid Chabbert, prévue en 2 volets) et Les Croques, T.1 (pour laquelle elle vient de recevoir le prix de la critique jeunesse ACBD, prévue en trilogie). Dans chaque opus, la thématique de l’enfance se confronte à des sujets que l’on pense tabous pour cet âge-là, comme la solitude et la mort. Et à chaque fois, son trait de crayons et sa signature colorée poétisent l’histoire, met la société en bulles mêlant les émotions à un récit clair et bien construit. « Quand je suis avec un-e scénariste, je me sens plus libre graphiquement. Quand j’écris, je suis stressée de ne pas me faire comprendre. Pour le roman illustré, l’éditrice m’a encouragée dans la technique. J’ai aimé, je me suis lancée dans le full couleurs traditionnelles. J’ai bidouillé, trouvé une technique et c’est comme ça qu’est née Elma. Les Croques sont plus classiques. », analyse-t-elle. Dans le dessin peutêtre, et encore, mais pas dans le scénario, dans lequel nous suivons le quotidien de Colin et Céline dont les parents travaillent aux pompes funèbres  : « Je suis passée devant une marbrerie. Les gens qui travaillent là ont peut-être des enfants. Comment perçoivent-ils ça ? C’est peut-être un fardeau mais c’est un super terrain de jeu. C’est nous, adultes, qui associons ça à des choses difficiles. Les enfants ne le voient pas comme ça. Ils souffrent plus des moqueries de leurs camarades. Je me suis amusée à faire un polar même si c’est très très dur, très exigeant. » Elle met sa candeur au service de récits sans jugement, connectant son âme d’enfant à celle de ses 28 ans pour aborder des sujets lourds avec légèreté et beauté. C’est rafraichissant et intelligent, autant pour les petit-e-s que pour les grand-e-s. Si elle s’attèle désormais aux tomes 2 des deux séries en cours, Léa envisage plusieurs projets « adultes »  : « Je n’ai pas envie d’être étiquetée jeunesse. J’aime ce secteur mais j’ai d’autres choses à raconter. On imagine cette catégorie pour les femme... En rapport à l’historique de la BD, destinée aux garçons, lus par des garçons. Des difficultés en tant que femme, j’en ressens comme toutes les femmes mais je commence à ressentir le cumulavec le côté jeune. Je dois déployer plus de force, je suis prise pour une étudiante ou une stagiaire. Pas pour une autrice. » Elle foisonne d’idées et d’envies, notamment scénaristiques, déborde de talent et ne se laisse pas décourager par le sexisme sociétal contre lequel elle lutte, à la manière de ses consœurs du Collectif des créatrices de bande-dessinée contre le sexisme. « J’ai le sentiment quand même que entre auteurs et autrices, on est plutôt sur la même longueur d’ondes. », conclut, avec espoir et sourire, la finistérienne, installée depuis peu à Rennes, qui n’a pas fini de buller. Pour notre plus grand plaisir. I MARINE COMBE Décembre 2018/yeggmag.fr/03



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