Yegg n°74 novembre 2018
Yegg n°74 novembre 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°74 de novembre 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 11,4 Mo

  • Dans ce numéro : libre.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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épingle notamment l’Arménie, la Géorgie, la Macédoine, la Russie et la Slovaquie qui adoptent « des mesures renforçant les critères à remplir pour les femmes afin d’avoir accès à l’avortement. » LA MONTÉE DES DISCOURS CONSERVATEURS Outre Atlantique, ce sont les Argentin-e-s qui ont dû faire face, le 8 août dernier, au rejet de la proposition de légalisation de l’IVG par le Sénat. La déception est immense. Mais la bataille n’est pas perdue. En janvier, le tweet de Muriel Santa Ana affirmant avoir avorté illégalement délie les langues en Argentine, où les militantes féministes se battent depuis longtemps. La multiplication des témoignages mène à un projet de légalisation en avril, occupe les débats et pousse des millions de personnes à se réunir dans la rue pour manifester pour l’accès à ce droit, sans condition et restriction. Sans oublier que la mobilisation dépasse les frontières et que le foulard vert, symbole de la lutte des militant-es pro-choix, atteint le Chili, l’Équateur, le Pérou, la Colombie et le Mexique. Novembre 2018/yeggmag.fr/16 e focus los Im. - CÉLIAN RAMIS À cette occasion, Danielle Bousquet, présidente du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes, rappelle l’importance de réaffirmer le droit des femmes à disposer de leur corps. Tout comme l’a fait l’Irlande, en mai dernier, en se positionnant largement en faveur du 36e amendement. C’est pourtant, comme la Pologne, un des pays européens les plus restrictifs en matière d’avortement, autorisé uniquement en cas de danger pour la vie de la femme enceinte. Et ce depuis 2012 seulement. Cette année-là, le 21 octobre marque la mort de Savita Halappanavar, femme de 31 ans, qui décède dans un hôpital irlandais où elle est venue pour de fortes douleurs, signes d’une fausse couche. Sa demande, d’interrompre sa grossesse, est refusée à cause du 8e amendement de la Constitution, adopté en 1983, qui interdit formellement toute pratique de l’IVG. Elle meurt d’une septicémie. En 2013, la loi est alors légèrement modifiée. Les autres raisons sont toujours passibles de plus d’une dizaine d’années d’emprisonnement. Malgré un cadre ultra conservateur, le pays, à force de luttes militantes acharnées, fait basculer la tendance
jusqu’à obtenir le droit à l’avortement jusqu’à 12 semaines de grossesse et jusqu’à 24 pour des raisons exceptionnelles. Si on peut se réjouir d’une telle avancée, personne ne peut néanmoins crier victoire. Parce que les discours religieux et les discours extrêmes s’élèvent. De partout. Début septembre, le président du Syndicat des gynécologues évoque l’avortement en parlant d’homicide. Quelques jours plus tard, c’est le pape François qui compare l’IVG à un tueur à gage. Régulièrement, les interventions d’Emile Duport, fondateur et porte-parole du mouvement Les Survivants, rappellent que pour certain-e-s, l’IVG reste profondément assimilée à un crime. « Il a fait son retour sur les plateaux TV, invité par Cyril Hanouna qui faisait une émission « Balance ton poste » et lançait le débat  : « pour ou contre l’avortement ? ». C’est décourageant ! Mais l’an dernier, les Survivants devaient faire un tour de France, en commençant par Saint- Malo, et demandaient des fonds via HelloAsso pour le faire. Comme c’est la même plateforme qui héberge des campagnes du Planning Familial, on l’a contactée pour soulever l’incohérence et elle a annulé les dons. Ils n’ont donc pas pu faire leur tournée ! », explique Loren, militante féministe et membre de la commission IVG, contraception du Planning Familial 35. Le 23 octobre, au soir, une dizaine de femmes assiste et participe à la réunion de la commission, qui se déroule au local de l’antenne rennaise. NE PAS SE LAISSER FAIRE ET AVANCER Si les propos rétrogrades et conservateurs les agacent au plus haut point, les militantes en parlent, échangent mais surtout essayent de ne pas perdre de l’énergie en combattant les provocations. Ensemble, elles cherchent plutôt à réfléchir à comment orienter et comment faire circuler les informations, souvent détournées par les antichoix via des sites Internet se présentant comme officiels mais destinés à finalement culpabiliser les personnes en recherche de réponses à leurs questions concernant l’IVG et les démarches à focus suivre. Et par conséquent, à les détourner de leur objectif initial. La devise du Planning Familial fracasse leur bêtise de par sa simplicité  : libres de nos choix. Chacune doit pouvoir disposer de son corps comme elle l’entend. « Je suis venue là parce qu’en 2016, j’étais en Argentine et que là-bas l’avortement est illégal. Je me suis intéressée à la question en France et j’ai compris que ce n’était pas acquis du tout. », souligne Valentine, membre également de la commission, rejointe par Loren qui s’est investie ici, en étant une des référentes, pour défendre la liberté du corps et la liberté des femmes, revendications fortement inscrites dans l’ADN de l’association féministe. Pour elles, la meilleure contraception, c’est celle que l’on choisit. Et l’information délivrée par les professionnel-le-s de la santé autour de la question doit être totale et complète selon les besoins et les envies  : « On ne doit pas préjuger des choix des personnes selon leurs origines réelles ou supposées, leurs âges, leurs classes sociales, leurs orientations sexuelles, etc. » La lutte passe par l’éducation, qui malheureusement peine encore alors que la loi de 2001 prévoit des cycles d’intervention réguliers tout au long du parcours scolaire. Mais là encore les résistances se dévoilent, la loi n’étant appliquée que partiellement, livrée à la bonne volonté des établissements. Pour autant, les militantes ne se découragent pas. Au contraire. La réunion est l’occasion de faire le point sur les actions passées et à venir. « Valentine, Loren et moi avons fait une conférence à Sciences Po, le 26 septembre (organisée par l’association étudiante Georges Sand, « Droit à l’avortement  : une lutte toujours d’actualité », ndlr). Nous avons opté pour l’angle des luttes actuelles qui nous semblaient importantes, avec l’Argentine, l’Irlande, etc. La salle était remplie et les retours ont été très bons. Les gens étaient vraiment intéressés par le sujet. », annonce Chloé, elle aussi référente de la commission, avant d’évoquer le rassemblement du 28 septembre, place de la Mairie lors de la journée internationale pour le droit à l’avortement. Novembre 2018/yeggmag.fr/17



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