Yegg n°74 novembre 2018
Yegg n°74 novembre 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°74 de novembre 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 11,4 Mo

  • Dans ce numéro : libre.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Novembre 2018/yeggmag.fr/14 constamment mise à l'épreuve L’an dernier, à l’occasion du 28 septembre, journée internationale pour le droit à l’avortement, les associations féministes rennaises mettaient le point sur le i de « conquis » et non de « acquis ». L’accès à l’IVG n’est toujours pas garanti partout… Et surtout n’est pas égal partout… Il est sans cesse contesté, discuté, entravé. En toute impunité. Si les luttes d’hier ne doivent pas être oubliées, il est important de comprendre pourquoi elles restent aujourd’hui encore terriblement d’actualité. Le 5 avril 1971, Le Nouvel Observateur diffuse, ce que l’on nomme aujourd’hui, le « Manifeste des 343 salopes ». Soit un texte signé par des femmes célèbres et des anonymes, dans lequel elles revendiquent avoir avorté clandestinement et réclament la légalisation de l’Interruption Volontaire de Grossesse. Le 12 octobre 2018, L’Obs publie « Mon corps, mes droits ». Un hommage aux 343 Françaises et leur courage, 47 ans auparavant. Cette fois, elles sont militantes, élues, citoyennes, viennent de 28 pays d’Europe et affirment que l’avortement est un droit qui doit être sûr et légal dans tous les pays. La boucle est bouclée ? Loin de là. La gronde des femmes n’a de cesse de retentir pour dénoncer les inégalités et défendre le droit à disposer de son propre corps. Et donc de décider d’avoir un enfant ou non. Sans être culpabilisées. Sans être jugées. LUTTES ACHARNÉES L’été 71 voit naitre le mouvement Choisir. Pour l’éducation sexuelle et la contraception, pour l’abrogation de la loi de 1920 (qui définit l’avortement comme un crime et assimile la contraception à l’avortement) et pour la gratuité de la défense des femmes poursuivies en justice. Parmi les signataires du manifeste et les créatrices du mouvement, on trouve la militante et avocate Gisèle Halimi qui défend l’année suivante Marie- Claire, une jeune fille de 16 ans, qui après avoir été violée, a avorté avec la complicité de sa mère – jugée également aux côtés de 3 autres femmes majeures. Le procès de Bobigny reste aujourd’hui encore dans les mémoires. Car il a secoué l’opinion, mettant en avant que, chaque année, des milliers de femmes ont recours à des avortements clandestins, au péril de leur vie ou de leur santé. En avril 1973, des militant-e-s du Planning Familial, du Mouvement de Libération des Femmes et du Groupe Information Santé fondent le MLAC  : le Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception. De très nombreux débats houleux plus tard et moins de deux ans après, la loi Veil - portée par Simone Veil, alors ministre de la Santé - est promulguée pour 5 ans et autorise les interruptions volontaires de grossesse jusqu’à 10 semaines. Si aujourd’hui, on la brandit comme le haut symbole des luttes féministes, cette première version n’est qu’une étape dans l’histoire du droit à l’avortement. À l’époque, l’argument est principalement sanitaire. On s’ef-
force de limiter les IVG « à des cas de nécessité », pour empêcher « qu’elles ne deviennent un moyen de réguler les naissances », souligne le site gouvernemental sur l’IVG. La loi est adoptée définitivement en décembre 1979 mais l’opposition est forte, considérant que l’avortement a été banalisé à tort. Les générations suivantes devront renouveler les mobilisations et les luttes pour obtenir le remboursement de cet acte en 1982, la création du délit d’entrave à l’IVG en 1993, la prolongation à 12 semaines de grossesse en 2001 (aujourd’hui, la volonté étant d’augmenter le délai légal, sur les modèles anglais et hollandais, permettant aux femmes d’avorter jusqu’à 24 semaines de grossesse), la gratuité pour toutes en 2013, la suppression de la notion de détresse en 2014 ou encore la suppression du délai de réflexion de 7 jours en 2016. DUR, DE FAIRE ÉVOLUER LES MENTALITÉS Dans le monde, « une femme meurt toutes les 9 minutes d’un avortement clandestin ». C’est ce qu’a rappelé en mai dernier Véronique Séhier, co-présidente du Planning Familial. Soit environ 47 000 décès, chaque année, sans oublier qu’elles sont également des milliers à subir des complications et/ou mutilations. Si 56 millions de femmes ont recours à l’avortement chaque année - chiffre stable depuis 2010 -, peu de pays l’autorisent pleinement. 95% l’acceptent pour sauver la vie des femmes enceintes mais, comme le souligne le Planning Familial dans son Focus de février 2017, « la loi qui nécessite la S’INFORMER L’IVG, c’est compliqué, peut-on penser en se penchant sur le sujet. Pas tant que ça en réalité, si on sait où chercher et auprès de qui se renseigner. Et là, c’est périlleux mais pas mission impossible  : il est nécessaire, malheureusement, de bien faire attention – une fois de plus dans la journée d’une femme – à ne pas atterrir sur un site anti-choix qui prend des airs de site officiel… Quelques conseils  : focus formation des professionnel-le-s, la disponibilité des services, l’information et la rapidité d’intervention, n’est toujours pas appliquée. » En dehors de Malte, du Salvador, du Nicaragua, du Chili, de Haïti, du Honduras et de la République Dominicaine – qui interdisent drastiquement l’avortement et ne prévoient aucune exception légale pour sauver la vie de la personne enceinte – nombreux sont les pays à imposer des conditions pour y avoir accès  : en cas de viol ou d’inceste, malformation fœtale, danger pour la santé physique et/ou mentale... Et ce droit, aussi incomplet soit-il, est sans cesse mis à mal, bousculé. Comme ce fut le cas en Espagne en 2014 lorsque le gouvernement de Mariano Rajoy essayait de le supprimer alors qu’il avait été conquis 4 ans auparavant. Un projet abandonné à la suite des nombreuses et massives mobilisations s’indignant d’un tel retour en arrière. On retrouve quasiment le même cas en 2016 puis début 2018 dans un des pays européens des plus restrictifs en matière de droit à l’avortement  : la Pologne. Entre ces deux vagues rétrogrades, le Conseil de l’Europe fait connaître ses inquiétudes au sein d’un rapport qui pointe du doigt un recul des droits des femmes concernant l’accès à la contraception et à l’avortement. Le commissaire aux droits de l’Homme, Nils Muiznieks, Numéro national anonyme et gratuit (seul numéro officiel)  : 0 800 08 11 11 ivg.gouv.fr ivg.planning-familial.org ameli.fr (quant à la prise en charge par l’Assurance maladie) blog.jevaisbienmerci.net emmaclit.com (« Droit à l’avortement, toujours en danger », publié le 14 septembre 2018) Novembre 2018/yeggmag.fr/15



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