Yegg n°74 novembre 2018
Yegg n°74 novembre 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°74 de novembre 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 11,4 Mo

  • Dans ce numéro : libre.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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CÉLIAN RAMIS
Celle qui Depuis ses 5 ans, elle dévore les livres avec l’appétit insatiable d’une enfant curieuse. Aujourd’hui, elle nourrit, de sa plume, petit-e-s et grand-e-s à qui elle fait découvrir son intérêt pour l’Histoire et ses engagements militants. « Je viens de Haute- Savoie, d’un père pied noir et d’une mère savoyarde. Mais je suis de plein d’endroits différents. Je ne me définis pas Rennaise, je suis là depuis 8 ans et j’y suis bien. J’ai trouvé un bon équilibre ici. », explique Jessie Magana, qui précise ne pas être issue d’un milieu « intello et militant ». Sa construction, elle la doit, en partie, à l’école républicaine et ses nombreuses lectures, « même si lire Marquis de Sade à 16 ans, c’était peut-être une erreur… », rigole-t-elle. Elle rêvait d’être éditrice, elle l’est devenue. Et a même choisi de se lancer dans l’écriture. Parce qu’en parallèle, elle fouille dans son histoire familiale, celle qui en 1962 voit sa famille d’Algérie s’installer en France. En 2009, est publié son premier ouvrage, Général de Bollardière  : « Non à la torture », qui suit le destin de cet homme mis au placard pour avoir dénoncé les actes de torture perpétrés par l’armée française en Algérie. « Au-delà de l’intime, il fallait trouver un biais pour parler de cette partie de l’histoire. Mais évidemment, ça parle de ma famille et des blessures infligées. J’avais envie ensuite de parler du rapport de la féminité à la société. Parce que j’ai grandi dans une famille où beaucoup de femmes revendiquaient leur indépendance, sans l’être. J’ai baigné dans cette atmosphère, entre Simone de Beauvoir et les femmes qui râlent toute la journée mais travaillent pour leur père, leur mari, etc. », précise l’écrivaine. S’en suivent plusieurs ouvrages  : Gisèle Halimi  : « Non au viol » en 2013, Les mots indispensables pour parler du sexisme, Comment parler de l’égalité filles-garçons aux enfants et Riposte ! Comment répondre à la bêtise ordinaire en 2014, Eux, c’est nous (avec Daniel Pennac et Carole Saturno) en 2015, Des cailloux à ma fenêtre et Atlas  : comment va le monde ? (avec Laure Flavigny, Aurélie Boissière et Séverine Assous) en 2016, D’espoir et d’acier – Henri Gautier, métallo et résistant et Rue des Quatre-Vents en 2018. Et elle dirige également deux collections  : « Français d’ailleurs », éditions Casterman, et « Les héroïques », éditions Talents Hauts. Des romans historiques aux ancre l’humanisme dans sa littérature outils permettant de décortiquer le sexisme et le racisme, Jessie Magana affine et affirme ses engagements humanistes à travers une littérature jeunesse qui parle aux enfants et aux adolescent-e-s avec justesse et intelligence. « On a besoin de ces histoires  : quand j’invente les personnages d’une rue pour parler d’immigration, quand j’évoque le destin du militant Henri Gautier, quand les auteur-e-s de la collection « Les Héroïques » mettent en scène un tirailleur sénégalais ou une suffragette – respectivement dans Le chant noir des baleines, de Nicolas Michel et dans Celle qui voulait conduire le tram, de Catherine Cuenca – nous faisons ressentir au lecteur la réalité d’une époque. Ce sont des textes et des rencontres qui permettent de reconnecter l’Histoire au quotidien des jeunes. Ils voient ces moments incarnés par des jeunes de leur âge. », s’enthousiasme-t-elle. Face au fatalisme qu’elle perçoit et constate chez les étudiant-e-s auprès de qui elle intervient en qualité de chargée de cours (sur la littérature jeunesse et les métiers de l’édition) et face aux discours parfois extrêmes, racistes et sexistes, que colportent les enfants lorsqu’elle anime des ateliers d’écriture, Jessie Magana est convaincue du pouvoir et de l’importance de l’éducation et de cette littérature à laquelle elle participe, qui fait prendre conscience que tout le monde, à son niveau, peut agir. « Les mentalités évoluent très très lentement. On voit des choses bouger mais tout est très lent et très inégal. Il y a encore du travail. On n’est pas à l’abri de revenir en arrière. Quand on voit déjà que la vague #MeToo est à double tranchant… D’un côté, il y a une prise de conscience et de l’autre, un retour de bâton. », commente-t-elle, évoquant ici, effarée, l’affaire du lycée Jean Moulin de Pézenas, dans l’Hérault, où la proviseure a tenté d’interdire les shorts pour les filles, sous prétexte que cela déconcentrerait les garçons… Pour Jessie, « il faut rester positifs ! Continuez à faire des livres (pour apprendre, rêver, se laisser emporter par des destins, c’est très important), ne rien lâcher. Le travail de fond est essentiel et ça passe par l’éducation ! » Par les convictions et engagements militants, également. Décidément, elle nous fait penser à un personnage déterminé, convaincu et convaincant, plein d’espoir et un moral d’acier. Et nous (re)donne foi en l’avenir de l’humanité. I MARINE COMBE Novembre 2018/yeggmag.fr/03



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