Yegg n°72 septembre 2018
Yegg n°72 septembre 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°72 de septembre 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 30

  • Taille du fichier PDF : 11,3 Mo

  • Dans ce numéro : harcèlement de rue, combattre le fléau.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 2 - 3  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
2 3
CÉLIAN RAMIS
Celle qui « À la naissance de ton premier enfant, tu deviens plus féministe. Tu lis des trucs sur la charge mentale, etc. Au fur et à mesure, j’ai fait sauter le verrou mental qui m’empêchait de voir du porno. Parce que le problème est sociétal  : tu es une femme, tu ne regardes pas de porno. » Profondément tabous, le sexe féminin, le rapport à la sexualité et la représentation du corps sont des sujets aussi vastes que passionnants. Et à cela, Léonie Lauvaux, 32 ans, lie la question de l’artistique, à travers le medium de la broderie – pensé, à tort, comme essentiellement féminin – dans sa thèse en arts plastiques, qu’elle boucle après 7 ans de recherches à Rennes 2. Que ce soit en brodant des fragments de corps féminins sur toile de peintre, en perçant d’une aiguille le tissu comme un pénis pénètre un vagin ou en rompant l’image sacrée de la femme enceinte en l’associant à la pornographie, le fil rouge de la doctorante interroge nos normes, nos tabous et nos systèmes de domination dans une optique de déconstruction des clichés et de réappropriation du corps féminin. « Oui, le porno banalise l’image stéréotypée des femmes et met en avant la domination masculine. Aujourd’hui, les porn studies se multiplient et montrent qu’il y a plusieurs sortes de porno. Au-delà de la domination masculine, on peut s’autoriser à regarder et s’emparer du sujet du désir sexuel des femmes. Quand j’ai commencé ma thèse, je faisais la distinction entre érotisme et porno. Maintenant, c’est flou. Car les limites sont propres à chacun-e. Une épaule dénudée peut mettre mal à l’aise. Être face à son désir peut mettre mal à l’aise… », analyse la doctorante qui reconnaît la difficulté à concilier, tout en mettant à distance, la double casquette chercheuse/militante  : « On s’inclue toujours un peu dans son sujet d’étude, j’ai mis du temps à m’en extraire. Il a fallu que je me dise d’arrêter de regarder des images pornos avec des œillères. Que j’accepte le fait qu’elles puissent me provoquer une réaction. Un trouble face à une image porno. D’autant plus une image de femme objectivée faite par un homme. La broderie m’aide à prendre de la distance, à ne pas être simplement milite pour l’accès à la « foufounologie » spectatrice. Ce qui est très compliqué, c’est que je n’ai de cesse de devoir prouver la scientificité de mon sujet. » Les femmes, ok, on en parle, mais dans une certaine limite. Cela reste secondaire, loin des considérations sérieuses et studieuses, sauf quand la problématique flirte avec la morale, là, le sujet devient éthique et la société – des nonconcerné-e-s – donne son avis et son aval. Si Internet ouvre la voie à un militantisme nouveau, Léonie Lauvaux craint que la prise de conscience n’aille pas jusqu’au bout  : « Féminisme partout, désir nulle part… Enfin, ça dépend du féminisme mais je trouve qu’on reste beaucoup bloquées par peur du jugement et du regard masculin. » La doctorante milite pour la représentation du sexe féminin et la connaissance de l’anatomie des une-s et des autres  : « On a un sexe que l’on ne voit pas si on ne s’autorise pas à aller le regarder. En plus on nous met de la censure ! Dans le porno, les vulves sont très normées. Mais ça permet de réaliser que l’on a un sexe ! Tout le monde sait dessiner des zizis mais pas des vulves (déjà que les gens, y compris les femmes, se trompent entre vulve et vagin…), c’est bien qu’il y a un problème ! » Le 29 novembre prochain, elle co-organisera avec une amie – qui interroge le monstrueux via la céramique – une journée d’études « Sur les lèvres » autour de la représentation du sexe féminin à travers les arts visuels, l’histoire de l’art, la socio, la psycho…, à l’université Rennes 2 (appel à communication avant le 30 septembre sur la page Facebook). « Cette journée se place dans le mouvement de représentation du sexe, comme le clitoris dans les manuels scolaires, qui permet d’apprendre aux enfants à parler de leur sexe. C’est important d’avoir du vocabulaire là dessus alors qu’on ne le voit pas. Ce n’est pas du rien que nous avons entre les jambes. », souligne Léonie qui milite pour la foufounologie qui malheureusement reste encore en marge de la pensée des sciences sociales et humaines  : « La vulve est un sujet d’étude. Le porno est un sujet d’étude. Le désir féminin est un sujet d’étude. Les femmes sont en manque d’objets d’étude qui parlent d’elles. » I MARINE COMBE Septembre 2018/yeggmag.fr/03



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :