Yegg n°70 juin 2018
Yegg n°70 juin 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°70 de juin 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 10,9 Mo

  • Dans ce numéro : lutter ensemble !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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CÉLIAN RAMIS 3 _a111111'., - -
Celle qui Danseuse et chorégraphe, elle met en mouvement sa voix, son corps, sa matière grise et son environnement. Voilà pourquoi Latifa Laâbissi s’est orientée après le conservatoire vers la danse contemporaine  : « Il y a une hiérarchie très stricte dans le ballet et des archétypes physiques (comme les princesses) qui n’étaient pas tellement pour moi. Si la danse contemporaine demande aussi de la rigueur, il y a plus de liberté, de courants. C’est ce qui me plaisait. Moins de rapports calibrés, l’ouverture dans les récits, le rapport à la musique, le fait de frôler la question de la théâtralité, d’avoir des esthétiques variées… On peut s’adosser à un livre, un film, un fait social, une actualité politique, et c’est ça qui donne lieu à la création. » Son apprentissage, elle l’effectue avec Michael Jackson, James Brown et des danseurs de claquettes qu’elle regarde à la télévision et dont elle cherche à reproduire les chorégraphies en autodidacte, « comme le font les jeunes aujourd’hui, sauf qu’à l’époque, on n’avait pas le replay ou YouTube ». Puis elle se professionnalise au studio Cunningham de New York avant de revenir à Grenoble, sa ville natale, où elle intègre la compagnie de Jean- Claude Gallotta. Si elle poursuit à Rennes, sa carrière d’interprète, notamment auprès de Boris Charmatz, Latifa Laâbissi concrètise depuis 10 ans son désir de créer ses propres projets, à travers la structure qu’elle a fondée, Figure Project, grâce à laquelle elle a écrit et dansé plusieurs solos et duos. Selon le travail réalisé sur son corps et selon le rapport qu’elle entretient de soi aux autres. « J’ai mis du temps à envisager d’écrire, de transmettre mon propre langage. Pour mes créations, seule ou à plusieurs, j’essaye de bien m’écouter, de suivre mon intuition. Il est nécessaire parfois de court-circuiter la raison, d’être connectée à son désir, sinon on lâche. Moi je me dis  : ce n’est pas négociable, je veux le faire. », commente la danseuse. Inspirée et inspirante, elle doit son déclic à Mary Wigman et son solo La danse de la sorcière (Hexentanz). Elle apprend que l’on peut grimacer, avoir un corps subversif, saisit la nature humaine être à l’opposé des injonctions « parce qu’à force de vouloir entrer dans le moule, on finit par devenir tarte », plaisante-t-elle, avant de poursuivre, plus sérieusement mais toujours avec le sourire aux lèvres et l’enthousiasme débordant dans ses yeux  : « Elle était puissante, forte et affirmait quelque chose de la femme qu’on ne voyait jamais. On peut échapper à l’assignation, faire une place à ce qui n’est pas nommable, à ce qui est hybridé. » Au fil des années, Latifa tire les fils de l’altérité et de la construction sociale. À moitié nue, poilue, sorcière, guenon, objet d’exposition colonialiste, sur le plateau ou en pleine nature, elle envoie valdinguer les étiquettes du politiquement, l’historiquement et du socialement correct. « J’aime le grotesque, le burlesque, le rire. Pouvoir rire, même de la violence, c’est une façon d’y survivre. On est toujours l’autre de quelqu’un. J’aime beaucoup la belle analogie avec la Nature basée sur des éco-systèmes qui ne fonctionnent que grâce à la diversité des espèces. On voit bien que dans les cas d’homocultures, ça ne marche plus. On veut trop se rassurer avec du même, du pareil. », se passionne la fondatrice du festival Extension Sauvage, dont la 7e édition aura lieu du 29 juin au 1er juillet à Combourg et à Bazouges-la-Pérouse, autour du thème « Danse et paysage ». Pour déloger l’art de la scène, pour l’ancrer dans la terre, dans le territoire sur lequel elle vit et dans lequel elle se ressource, pour expérimenter la danse dans une bande son naturelle, dans une luminosité réelle, pour ressentir ce rapport physique et charnel à son environnement  : « On vit des mutations très fortes en ce moment. Ici, on rencontre des agriculteurs bio, découvre des initiatives citoyennes formidables, des pratiques collaboratives. C’est important de ne pas se contenter de son petit savoir. Il faut être vivant face à ce qui mute, être alerte. » Depuis de nombreuses années, elle nous fascine de par son habileté à sans cesse se renouveler dans sa danse sociale et sociétale, dans son agilité à saisir le vrai, le profond, l’authentique et l’humain. Sans artifices et avec intelligence. À son image. I MARINE COMBE Juin 2018/yeggmag.fr/03



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