Yegg n°68 avril 2018
Yegg n°68 avril 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°68 de avril 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 30

  • Taille du fichier PDF : 9,9 Mo

  • Dans ce numéro : visibiliser les femmes tuées.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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CÉLIAN RAMIS
Celle qui Le 6 mai, à l’occasion de Fous de danse, elle dansera avec Boris Charmatz sur l’esplanade Charles de Gaulle. Bolero 2, une pièce chorégraphiée par Odile Duboc et sa compagne, pour ce duo. C’était en 1994 et pourtant Emmanuelle Huynh en parle toujours avec fougue et une infinie reconnaissance  : « Odile avait Boris en tête et elle a cherché la femme qui irait physiquement avec lui. Elle ne voulait pas l’image archétypale de l’homme, plus grand, plus protecteur. Elle voulait l’égalité sculpturale. Et 24 ans après, nous avons encore un plaisir extraordinaire à danser ensemble. On s’aime comme amis et on s’aime sur scène. On aime nos parcours, on se respecte, on a une chance folle, merci Odile ! » Elle aime se souvenir de cette période. Qui coïncide avec l’ébullition des tournées qu’elle entreprend en tant que danseuse interprète – notamment pour Hervé Robbe, Nathalie Collantes ou encore Catherine Contour - mais aussi avec sa première création en tant que chorégraphe intitulée Múa. Elle décolle pour le Vietnam, où elle reste deux mois. « À cette époque, je me posais la question du « je » professionnel, qu’est-ce que je suis si personne ne me fait danser ? Mais aussi du « je » personnel. Je vivais une crise personnelle avec mon divorce et le rapport à « qui je suis ? ». J’ai une mère française et un père vietnamien. J’ai tout le temps entendu « tu viens d’où ? », je répondais de Châteauroux, dans le Berry, mais on me disait « oui mais encore » … », explique-t-elle. Les deux crises parallèles lui seront bénéfiques. Elle est armée pour affronter les turbulences et les épreuves, positives comme négatives, de la vie qu’elle analyse avec recul et sagesse. Parce qu’Emmanuelle Huynh, c’est une curieuse de nature avec un appétit débordant. Pour la lecture, la découverte, l’apprentissage. Ainsi, à 17 ans, elle s’installe à Paris et entreprend des études de philo et de danse, parce qu’elle a passé un contrat avec son père, de ne pas tout miser sur la danse uniquement  : « Je le remercie parce que grâce à cela je n’ai jamais dissocié la pensée de l’action. Et puis pour danse sa vie avec philosophie moi c’était la même chose de faire de la philo que de la danse. On peut poser des questions avec son corps et danser avec ses idées. » Elle peut interpréter comme elle peut monter une compagnie - du même nom que sa première pièce - elle peut diriger durant 9 ans le Centre national de danse contemporaine d’Angers, tout comme elle peut élever ses enfants, elle peut partir au Brésil collaborer avec Lia Rodrigues au cœur d’une favela tout comme elle peut devenir cheffe d’atelier danse aux Beaux-Arts de Paris… Elle le dit  : ce qu’elle pense pouvoir faire, elle le fait. Parce qu’elle s’interroge sur son « je » pro et perso, elle se libère de certains carcans, dont celui propre aux femmes par exemple conditionnées à laisser la place aux hommes et à ne pas oser prendre la leur. Emmanuelle prône l’émancipation et se passionne pour la transmission, la formation et l’enseignement pour passer le relai. De la danse, des savoirs, du corps mais le tout dans une logique d’émancipation. « Je suis là où j’ai envie d’être. Mais je n’arrive pas à me dire que je n’en bougerais pas. C’est impossible. Je n’ai pas peur de ce qui est à venir parce que ça a tout le temps été très bien pour moi. Attention, je ne dis pas que ça a été facile, il y a eu des choses dures, diriger une institution c’est dur, chercher des financements pour un spectacle c’est dur, mais aujourd’hui je suis une artiste indépendante, j’ai une liberté d’action et je ne fais que ce que j’aime. Je vais là où je peux être utile, au-delà de l’art car l’art est politique, il sert à transformer positivement la vie des gens qui n’ont pas choisi l’art. » Elle est bouleversante Emmanuelle Huynh. Dans son parcours et dans sa manière d’être. De vous supplanter de son regard vif et posé, toujours éclairé. Dans sa poésie du réel et dans sa conscience d’elle-même et de l’autre. Pas étonnant qu’elle se soit récemment lancée dans une création intitulée A taxi driver, an architect and the High Line, articulée autour d’un portrait de la ville de New York à travers ses habitants et de leur rapport à l’architecture. Un projet qu’elle décline également autour de Saint-Nazaire et de Sao Paulo. I MARINE COMBE Avril 2018/yeggmag.fr/03



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