Yegg n°66 février 2018
Yegg n°66 février 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°66 de février 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 30

  • Taille du fichier PDF : 15,8 Mo

  • Dans ce numéro : art classique indien, au coeur d'une tradition.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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CÉLIAN RAMIS
Celle qui se réapproprie son corps et sa vie « Il faut sortir des tabous à la con. Ne pas parler du corps, c’est se nier ! » Ni de bois, ni dans sa poche, Léna Hagel pratique la langue de l’éducation populaire politique. Celle qui participe « à la transformation sociale et à l’émancipation des gens ». Depuis un an, elle propose au moins une fois par mois sa conférence gesticulée « Mon corps, une arme de résistance massive – De la prise de poids à la prise de conscience ». Que ce soit dans un centre social à Paris, dans une oasis pédagogique Montessori ou encore à la Maison de quartier de Villejean à Rennes (le 26/01). Formée par « Monte ta conf’ » il y a quatre ans pour devenir gesticulante, elle n’a pas joué immédiatement. « Entre une grossesse rock’n roll, l’arrivée d’un petit bébé et un boulot prenant, je n’ai pas eu envie de me lancer tout de suite. », explique Léna qui deux ans plus tard se présentera devant les étudiant-e-s en 5e année de médecine. Sa proposition  : aborder le rapport au corps, quand celui-ci est gros, hors norme et culte de la minceur. Sa première partie vise le milieu médical qui fonctionne sur « un système de domination ». Elle dénonce alors les violences subies  : « J’étais très en colère, et très triste aussi. Parce que les médecins te forcent à te justifier, à répondre à « Pourquoi t’es grosse ? ». On passe notre temps à se justifier de la prise et de la pertede poids. Et les médecins ne te croient pas quand tu leur dis que tu manges bien, « normalement ». T’es grosse donc t’es suspecte. Et ils en arrivent à mettre en doute tes propres certitudes. C’est vraiment l’art de mal te considérer, ils te font la morale et te jugent. » Les gros-ses sont des fainéant-e-s qui passent leur temps dans leur canapé, en se goinfrant de sucreries… Stop. Elle fait le choix de s’extraire de ce type de cercle malsain, visant à la culpabilisation. Sa première grossesse lui fait déclic, elle s’entoure de professionnelle-s dans le même état d’esprit qu’elle, « mais du coup, pas remboursés par la Sécu… » C’est pour elle un premier pas vers la réappropriation de son corps qui l’amène progressivement à la réappropriation de sa vie, de ses choix  : « J’ai arrêté de dire « Je suis grosse mais intelligente ». Maintenant, je dis  : « Je suis grosse et intelligente ». C’est très important ! Je me suis réappropriée l’université aussi, avec qui j’étais fâchée, puis j’ai fait le choix de me mettre en formatrice indépendante en créant ma propre boite, La petite filature, dans une coopérative d’emplois. Les choix pour son corps, c’est une petite porte d’entrée qui ouvre en grand le reste. J’arrête de me culpabiliser en tant que maman, en tant que professionnelle, vis-à-vis de ma famille, etc. Je fais mes choix et je les assume aux yeux de tous. » Le corps, marqué par les instants de vie, les galères comme les bons moments, et qui se voient sur la peau et dans les formes, vaut bien mieux qu’un corps lisse contraint par les régimes et les frustrations. Le « corps artisanal » contre le « corps industriel ». Dans sa conférence, la Tourangelle déroule ce chemin de réflexion pour arriver à la résistance. Pour lutter contre le sentiment de culpabilité, contre l’humiliation sociale et pour l’émancipation. Personnelle dans un premier temps car à l’époque, elle l’avoue, elle était égocentrée et avait la sensation de vouloir régler ses comptes avec cette médecine écrasante. « Après avoir joué devant les futurs médecins, je me suis dit que le but n’était pas de se prendre la tête mais qu’il fallait que je prenne mon bâton de pèlerin pour aller à la rencontre des « vrais gens ». Et là, j’ai vécu quelque chose auquel je ne m’attendais pas en écrivant. C’est comme si j’étais partie de l’âge de l’opposition, quand tu as 3 ans, à mes 37 ans d’aujourd’hui où tu réalises que le monde ne tourne pas autour de toi. », souligne Léna Hagel, toujours aussi émue et stimulée par l’universalité d’un propos qui se dégage d’une histoire de vie. Parce qu’au fil de ses gesticulations, elle a reçu de nombreux témoignages. De chômeurs, de personnes trans, de parents, etc. qui sur un autre plan ressentent avoir les mêmes vécus et livrent alors leurs expériences. Et c’est sur ce point qu’elle conclut, et qu’elle insiste de son sourire communicatif et de son regard pétillant  : « Je n’avais pas mesuré la dimension universelle, anthropologique des propos. Mais il y a réellement un côté magique à se sentir reliée aux gens, au monde. » I MARINE COMBE Février 2018/yeggmag.fr/03



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