Yegg n°65 janvier 2018
Yegg n°65 janvier 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°65 de janvier 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 14,8 Mo

  • Dans ce numéro : libres de ne plus se cacher.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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L’ANTIDOTE PERRUDIN Elle est chanteuse, musicienne, compositrice et seule en scène, accompagnée de sa harpe chromatique électrique. Révélation du festival I’m from Rennes en septembre dernier, Laura Perrudin figure parmi nos coups de cœur des TransMusicales 2017. Les 6, 7 et 10 décembre, elle plongeait le public au cœur de son univers sombre et gracieux, au théâtre de l’Aire Libre, à Saint-Jacques-de-la-Lande. Elle sait suspendre le temps et nous clouer sur place en moins d’une chanson. De sa voix soul et jazzy, elle nous emmène au cœur d’une atmosphère obscure et profonde. Dans laquelle pourtant on se sent bien, comme protéger par la chaleur d’une nature luxuriante. Sorti en septembre, son nouvel album, Poisons & Antidotes, fait suite à de nombreux cauchemars. « C’était eux qui me hantaient et maintenant, c’est moi qui les hante. Le poison devient l’antidote, c’est un peu le principe de cet album. Ça a l’air obsessionnel comme ça mais c’est une phase, il y a des moments où ça va bien aussi ! », lance l’artiste en rigolant, entre deux morceaux. Et c’est bien du drap de la nuit et de l’onirisme qu’elle nous enveloppe, telle une chamane récitant des incantations, mystifiées par les samples ainsi que Janvier 2018/yeggmag.fr/24 culture la vaste palette de sa harpe, unique dans son genre. Et dans le monde. CÉLIAN RAMIS TOMBÉE DEDANS QUAND ELLE ÉTAIT PETITE Un père mélomane et une cousine dans le milieu musical rennais des années 90, il n’en faut pas plus à Laura Perrudin pour être une férue de musique. Petite, elle flashe sur la harpe. Ses parents, bien que quelque peu effrayés par les méthodes du Conservatoire, l’y inscrivent malgré tout  : « L’apprentissage là-bas est un peu discutable en terme de valeurs, c’est un peu conservateur, à l’ancienne, les profs étaient un peu rudes parfois dans leurs méthodes mais c’était le plus abordable et le plus facile d’accès pour faire de la harpe. » Cette réticence va lui permettre de
mettre à distance l’enseignement qu’elle reçoit, en développant en parallèle un goût pour les autres musiques et en se les appropriant. À Rennes, elle touche surtout à un répertoire classique et apprend en autodidacte le piano et le chant, écoutant de la soul, du hip hop et de l’électro. Son apprentissage oral, « par imitation, comme beaucoup de musicien-ne-s », elle le doit entre autre à Erykah Badu, Portishead ou encore Björk (à laquelle elle est très souvent comparée d’ailleurs). Au fur et à mesure, elle établit le lien entre les techniques du Conservatoire et ce qu’elle fabrique de son côté, dans sa chambre. Pour aller plus loin, elle suit alors la classe de jazz de Saint-Brieuc. « Et j’ai très tôt bricolé des musiques électro. La texture sonore et le chant sont vite devenus très importants et j’ai écouté plein de musiques de partout ! », précise l’artiste qui pour autant n’envisagera jamais de se séparer de son instrument favori, qu’elle aime pour « sa vibration très particulière et profonde ». Toutefois, la harpe diatonique devient un instrument de frustration, restreint en terme de langage et compliqué à transporter. Elle engage alors un long processus d’expérimentations et de recherches pour faire évoluer ce compagnon de route vers une version chromatique. Mais elle ne s’arrête pas là  : « J’ai rencontré un luthier qui avait déjà créé la harpe que je voulais. J’ai tout réappris ! S’il doit y avoir 4 ou 5 personnes seulement à en jouer dans le monde, je suis par contre la seule à avoir une harpe chromatique et électrique. » EXPÉRIMENTATION ET THÉRAPIE C’est certainement ce qui la caractérise. L’expérimentation. La menant tout droit à l’innovation. Ainsi, elle varie les styles et les ambiances, lui permettant de ne pas se situer dans une catégorie précise, allant d’un instant de grâce noire à un cocon vaporeux lors de la chanson suivante. « C’est selon les émotions, je ne contrôle pas trop. Par exemple, le français est ma langue maternelle mais l’anglais est ma langue musicale. J’écris parfois en français, mais ça me fait inventer une autre musique. Tout dépend de ce que je veux exprimer. », commente Laura Perrudin. Pareil pour les thèmes évoqués. Son deuxième album se construit « sur un thème d’auto-thérapie ». Les relations, la mort, les doutes, les ruptures, sont autant de belles matières musicales qu’elle possède de possibilités avec son instrument sur mesure culture et ses pédales à boucles. « On peut transformer le poison en antidote, selon le regard qu’on porte dessus. Et la musique en fait partie, elle peut nous guérir comme nous empoisonner. », souligne-t-elle. À 27 ans, la harpiste soigne ses cauchemars sur son disque Poisons & Antidotes, confectionné avec une grande maturité côté textes et musique mais aussi dans les choix de ses collaborateurs, dont le Studio du Faune, près de Rennes, pour le mixage et le producteur Valgeir Sigurosson, à Reikjavik, pour le mastering  : « Je voulais travailler avec lui pour cette dernière phase qui est extrêmement importante. C’est comme vernir un tableau après des semaines et des semaines de travail. Il faut pouvoir faire confiance artistiquement, surtout avec ce son très très particulier. » INDÉPENDANCE, LIBERTÉ ET PARTAGE Si la musicienne avoue aisément avoir eu la pression sur la scène de l’Aire Libre, au vu des enjeux qui s’imposent naturellement lorsque l’on est programmé-e aux TransMusicales, elle sait aussi sa légitimité à en faire partie  : « Je me sens au bon endroit. C’est à ce moment-là qu’il faut bien jouer ! » On en profite alors pour aborder avec elle la place des femmes dans le milieu de la musique. Sa harpe sur mesure et les technologies de sample seraientelles une manière de s’imposer et s’affirmer en tant que femme seule en scène ? « Je suis très sensibilisée au questionnement de la place des femmes dans tout ça. Et c’est trop complexe pour être résumé. Je me méfie de ces outils-là si on les considère comme moyens d’émancipation. Je pense qu’il faut les utiliser quand on a une idée très précise et profonde de ce que l’on veut faire et non pas pour être toute seule absolument. Je me médie des solutions magiques ! », commentet-elle. Parce qu’elle a eu conscience très vite du machisme de ce domaine, à travers les différentes expériences et anecdotes relatées par sa cousine, elle en a rapidement vu les pièges  : « Et j’ai pu faire mes armes contre ça et je pense que mon envie et mon besoin de liberté et d’indépendance n’en sont pas étrangères. Mais je considère aussi que c’est très important de partager et de ne pas être uniquement dans des choses solitaires. » Jusque là, ça lui réussit à merveille. Laura Perrudin est un remède redoutablement efficace contre la routine et la morosité. I MARINE COMBE Janvier 2018/yeggmag.fr/25



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