Yegg n°60 jui/aoû 2017
Yegg n°60 jui/aoû 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°60 de jui/aoû 2017

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 30

  • Taille du fichier PDF : 15,5 Mo

  • Dans ce numéro : réinventons nos déchets.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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CÉLIAN RAMIS
Celle qui Pas question de parler de son parcours. Quand on essaye d’aborder ses études ou son rapport à son métier de travailleuse du sexe, Morgane Merteuil nous envoie clairement bouler  : « Oh non mais on s’en fout de ça. Si j’étais simplement une universitaire, vous ne me demanderiez pas le pourquoi du comment... » Si, on le ferait, mais passons. L’ancienne secrétaire générale du Strass – Syndicat du Travail Sexuel – ne transige pas  : « un portrait politique, ok, mais pas un portrait perso. » Elle veut parler politique, féminismes et stratégies de lutte. Ça tombe bien, on est là pour ça aussi. Ce vendredi 16 juin, elle est à Rennes, invitée par la librairie Planète Io, pour une conférence sur l’ouvrage collectif Pour un féminisme de la totalité (mars 2017, éditions Amsterdam), qu’elle a coordonné avec Félix Boggio Éwanjé-Épée, Stella Magliani- Belkacem et Frédéric Monferrand. Tous les quatre participent à la revue Période, créée en 2014. « L’ouvrage ressemble à la revue. Les différents textes publiés permettent de faire connaître des textes plus ou moins classiques à l’international. Ils ne sont pas connus en France parce qu’ils n’ont pas été traduits ou qu’ils ne sont pas distribués librement. Comme Silvia Federici par exemple, elle est traduite depuis 2 ans alors qu’elle a changé le point de vue il y a 30/40 ans. », explique la chercheuse indépendante. Le livre s’inscrit donc dans le cadre de Période car, précise Morgane Merteuil, « il y a un besoin de théories marxistes, le milieu féministe en est très demandeur. Il y a une insatisfaction face à la manière dont le féminisme est utilisé dans les campagnes à visée raciste, réac’et non émancipatrice. Dans la manière dont les droits des femmes sont utilisés comme cheval de Troie pour justifier l’islamophobie et instaurer une politique sécuritaire, néolibérale. » Dans la ligne de mire, le capitalisme, le libéralisme et le féminisme institutionnel. Ainsi, les 400 pages du bouquin œuvrent à l’analyse critique de la distinction entre le travail productif et le travail reproductif, retraçant la genèse de l’oppression des femmes à travers le schéma familial, professionnel, corporel, affectif… s’appuie sur les théories marxistes et le point de vue économique, social, politique, etc. Johanna Brenner, Sara Farris, Silvia Federici, Kevin Floyd, Peter Drucker ou encore Angela Davis, entre autres, s’allient à l’enjeu principal  : parvenir à une compréhension globale « qui nous amène à aborder la question de l’Etat, de la propriété, de la classe sociale, de la ville, du rapport au corps, etc. Parce qu’aujourd’hui on peine à opter pour des pratiques autres que défensives et à développer des stratégies politiques qui reposeraient sur un récit qui permettrait de resituer la question de l’émancipation des femmes dans le contexte plus globale du capitalisme, il faut partir des questions reléguées aux femmes pour embrasser le point de vue sur la totalité, comprenant celle-ci dans le contexte d’aujourd’hui du capitalisme mondialisé. » L’objectif étant ensuite d’articuler cette compréhension autour de pensées stratégiques. Appréhender l’Etat comme un acteur total et non isolé, décrypter le sexisme omniprésent dans les politiques d’aujourd’hui qui rendent légitimes les interventions répressives (limitant ainsi l’émancipation collective), remettre en cause le modèle social ainsi que celui de la famille nucléaire, la gratuité du travail reproductif, l’image de la normalité hétérosexuelle et hétérosexiste ou encore ne pas se conformer à la place assignée dans la division du travail (un point auquel les femmes blanches ont pu parvenir grâce aux femmes immigrées dont l’Etat s’est servi pour les remplacer dans le travail domestique et sexuel), l’ouvrage frappe fort pour aider « à orienter le mouvement de lutte, construire et favoriser le développement de perspectives révolutionnaires à partir du féminisme. » Si l’unité se construit comme elle le dit « au gré des luttes et au gré de la stratégie », les dissensions entre les femmes ne font pas bon ménage. En conclusion, Morgane Merteuil le souligne  : « Toutes les féministes ont intérêt à défendre le travail du sexe. Exceptionnaliser la question du travail du sexe ne mène nul part. Ce n’est pas coupé du reste de la société. Et toutes les féministes ont intérêt à prendre en considération les luttes développées dans le passé, à l’instar des luttes antiracistes. » I MARINE COMBE Juillet-Août 2017/yeggmag.fr/03



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