Yegg n°57 avril 2017
Yegg n°57 avril 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°57 de avril 2017

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 30

  • Taille du fichier PDF : 18,9 Mo

  • Dans ce numéro : jongler avec le genre.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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CÉLIAN RAMIS
Celle qui Née en 1959 à Toulouse d’un père algérien et d’une mère italienne, Nicole Abar met par hasard les pieds sur un terrain de football, pour remplacer un joueur manquant. Elle se révèle rapidement être une excellente joueuse. Ses parents l’apprendront en différé  : « Ma mère l’a su quand il a fallu aller jouer le match et mon père plus tard quand vraiment je jouais très bien. Ils ne voulaient pas me l’interdire mais ils pensaient à l’aspect sécurité, nous n’avions pas d’argent pour me soigner si jamais je me blessais. » À la maison, on ne parle pas de fierté. On n’ouvre pas les bulletins de notes non plus. « Ils étaient illettrés. Ils tenaient à ce que l’on soit bien élevé-e-s, mes deux frères, mes deux sœurs et moi, et que l’on travaille bien à l’école, dans notre intérêt. », explique-t-elle. Enfant, Nicole Abar est réservée, timide et ressent très vite qu’elle est différente. Elle vit le « racisme de l’arabe », contrairement à ses ainé-e-s « typé-e-s italien-ne-s ». Mais quand elle a le ballon aux pieds, elle se libère de tous les carcans. Longtemps, elle sera la seule fille à jouer au foot à 100 km à la ronde, avant d’être repérée par une joueuse de l’équipe de Colomiers. Pourtant, elle est réticente à intégrer le groupe  : « Elle est venue à la maison et j’ai dit ‘’Les filles, ça sait pas jouer». C’est ma mère qui m’a poussée et j’ai vu des filles qui jouaient super bien. J’ai été sélectionnée en équipe de France en 1977. C’était une grosse émotion et un paradoxe, moi qui me faisais petite en général, à cause des propos racistes, etc., là je vivais la fulgurance, la passion, le talent, l’excellence en foot ! La boucle s’est bouclée quand la Marseillaise a retenti à la première sélection. C’était très fort pour mon père et moi. » Nicole Abar et ses co-équipières vont remporter plusieurs titres en Championnat de France. Sa carrière de sportive, elle la raconte à l’occasion des conférences qu’elle donne, partout en France, dont Rennes le 3 mars dernier (lire « Sur le terrain de l’égalité » - yeggmag.fr). Depuis, elle s’est engagée pour l’éducation à l’égalité entre les filles et les garçons. À travers le sport avec son association « Passe la balle » qui promeut l’égale accessibilité aux jeux, aux sports et aux arts dès la petite enfance, pour développer la motricité et la conscientisation des corps dans l’espace. En parallèle, elle a intégré la fonction publique. Les PTT. Jusqu’au ministère de la Jeunesse et des Sports. C’est elle qui sera milite pour l’éducation à l’égalité à l’initiative des ABCD de l’égalité. « Quand on perd la confiance en soi, on ne la regagne jamais. On me l’a enlevée enfant et je ne la rattraperais jamais, même avec la reconnaissance de la Nation que j’ai eue quand on m’a remis la légion d’honneur. On doit apprendre la confiance aux petit-e-s. Le goût du risque, le fait d’accepter de ne pas réussir pour progresser… On ne s’améliorera pas tant qu’on ne fera pas prendre conscience aux adultes qu’ils sont imprégnés de stéréotypes. On en a tous mais quand ils deviennent des handicaps, ça m’énerve. L’école est gratuite, c’est un des plus gros budgets de la Nation et on fait encore des stéréotypes ? On est en 2017, c’est du gâchis pour le bonheur individuel et pour la société ! Et ça touche autant les filles que les garçons ! », scande-t-elle. L’abandon des ABCD de l’égalité est inconcevable pour l’ancienne footballeuse. L’éducation doit s’intéresser aux émotions et pas qu’au cerveau. Mais le gouvernement a préféré céder à la pression de la Manif pour tous et sa menace du jour de retrait (de leurs enfants à l’école). Son jugement est sans appel, nos gouvernant-e-s manquent de courage  : « Une poignée d’illuminé-e-s a foutu une merde pas possible, ça me donne envie de vomir ! Ils ont pris le prétexte de l’ABCD pour s’affirmer contre la PMA, la GPA, etc. alors que ça n’a rien à voir ! Sérieusement, des parents peuvent croire ça, qu’avec ce programme on va faire de leurs enfants des homosexuel-le-s ? L’école est gratuite pour tous les enfants de la République, je suis fière de ça, et eux, ils l’ont salie ! » Aujourd’hui, Nicole Abar a du quitter son poste de responsable des sports de haut niveau pour s’orienter vers un travail de responsable de la formation des agents et la mobilité des carrières. Mais son engagement ne fléchit pas. Elle continue de taper du poing sur la table et de parler sans langue de bois. Le système d’éducation est à revoir et l’entrée de l’égalité entre les filles et les garçons doit être favorisée. Pour que les petit-e-s gagnent en confiance et en tolérance  : « On est plus grand quand on fait grandir l’autre. Je ne demande pas des milliards, je demande de la volonté, de l’engagement, de la constance. Partout et tout le temps. Arrêtons de rire quand on entend des propos sexistes ou racistes. Arrêtons de se dire que l’égalité des sexes n’est pas une priorité. Ou que ce n’est pas une violence. C’est une violence, on nous supprime une part d’expression de soi ! » I MARINE COMBE Avril 2017/yeggmag.fr/03



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