Yegg n°55 février 2017
Yegg n°55 février 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°55 de février 2017

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 34

  • Taille du fichier PDF : 14 Mo

  • Dans ce numéro : portraits de passionnées.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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CÉLIAN RAMIS
Celle qui Son énergie est communicative. Mélange de concentration, de légèreté, d’ancrage au sol et de sérénité, Dorothée Munyaneza a quelque chose de fascinant. À l’aise, bosseuse et fonceuse, libre de ses mouvements. Elle bouleverse, d’un simple coup d’œil. Puis, elle raconte son histoire. Née au Rwanda d’un père pasteur et d’une mère journaliste, elle y vit jusqu’à ses 12 ans. Sa maman travaille alors pour une ONG, à Londres. Il est question de partir la rejoindre, avec sa famille, l’été 1994  : « En avril, il y a eu le génocide. On a perdu le contact avec elle. Elle est partie à notre recherche. Elle ne savait pas si on était morts ou vivants. On a survécu et c’est miraculeux que l’on se soit retrouvé-e-s. ». La famille déménage en Angleterre, comme prévu. Dorothée intègre le lycée français et fin terminale, une envie s’impose à elle  : travailler dans la musicothérapie ou créer une école de musique, un art qui a participé à panser ses blessures et ses traumatismes de 94. Elle étudie la musique et les sciences sociales mais déchante après le diplôme  : « Il fallait des expériences, je devais attendre environ 6 ans, c’était trop long. » Elle passe une audition pour le film Hôtel Rwanda, de Terry George, et va même signer des chansons de la BO. Par la suite, elle est contactée en tant que chanteuse pour des spectacles de danse. C’est François Verret qui l’emmènera vers la danse contemporaine. « J’avais des bases de la danse traditionnelle rwandaise, de mon enfance, mais c’était des impros. J’avais des bases rythmiques, l’ancrage dans le sol, je savais écouter la musique, être en harmonie avec mon corps. J’ai beaucoup observé les danseurs, regardé comment ils utilisaient leur corps pour raconter des histoires, jusqu’à ce que je trouve mon propre vocabulaire corporel. Je cherche encore et j’espère chercher toujours. Ce qui me nourrit, c’est l’observation, le fait de me renseigner, de lire, de m’écouter, d’avoir confiance dans mon corps et ma voix. », souligne-telle, avec un aplombcontagieux. En résidence avec Alain Buffard, elle livre son vécu au Rwanda, aborde la question de la colonisation et du génocide, et émeut profondément une participante sudafricaine réalisant « qu’au moment où elle s’était réjouie de l’élection de Mandela, il y avait eu un massacre au Rwanda. Je me suis alors interrogée sur ce que faisaient les gens dans le monde lors du génocide des Tutsi. », se souvient Dorothée qui crée en 2013 sa propre compagnie à Marseille, où elle vit désormais, et formule cela dans sa première création, Samedi détente – entourée brille de ses convictions d’Alain Mahé et Nadia Beugré, deux artistes engagé-e-s - en hommage à l’émission qu’elle, sa famille et ses ami-es écoutaient tous les samedis. Le spectacle nait en 2014, comme un travail de mémoire. Aujourd’hui, elle élabore un nouveau spectacle, Unwanted, pour lequel elle est venue, fin janvier, en résidence au Garage – Musée de la danse à Rennes. Sur la question des viols subis par les femmes en zone de conflit. Une préoccupation transmise par ses parents, fortement investis pour le droit à la dignité et pour l’aide aux plus démuni-e-s  : « Quand ma mère était journaliste, elle s’occupait de personnes vivant avec le sida. Après la parole autobiographique, j’avais envie d’ouvrir la porte sur le corps des femmes. Que devient-il en temps de conflit ? Quels sont les abus que les femmes subissent ? Qu’en est-il des enfants issus de ces crimes ? Comment les femmes vivent avec ces enfants du viol ? » Elle s’abreuve de documentaires, de livres, d’articles sur l’ex-Yougoslavie, la Seconde guerre mondiale, la Syrie, la culture du viol en Inde ou encore aux Etats-Unis, part à deux reprises au Rwanda rencontrer des femmes victimes mais aussi d’enfants nés de ces viols, osant briser le tabou de « cette cruauté, de ces crimes impunis ! » Elle a enregistré leurs récits effroyables, et surtout les a observées, comme à son habitude. Elle a décelé une grande dignité et une « beauté insoumise » chez ces femmes qui « ont des problèmes pour se nourrir, se loger, qui ont contracté des maladies, et ont parfois des soucis psychologiques ». C’est ce qui caractérise si bien Dorothée Munyaneza  : la résilience et l’espoir. « Sinon, on fonce droit dans le désespoir absolu. », commente-t-elle. Il faut continuer à crier, à dénoncer et à réveiller la conscience des gens. « Perso je n’ai jamais senti d’agressivité dans ce milieu mais une fois aux USA, les femmes noires queers parlaient de leurs difficultés à vivre dans ce corps mis à l’épreuve tous les jours. Je souffre parce que d’autres souffrent. Il faut démolir les murs autour de nous. Avec Unwanted, j’espère vraiment proposer des ateliers autour de « qu’est-ce que c’est qu’être une femme, une fille ? ». Et s’interroger sur l’héritage de notre féminité ! C’est nous qui avons la capacité à transmettre nos histoires, aux générations futures. Nous sommes des êtres formidables, capables de beaucoup. Faut en être conscientes. J’espère pouvoir ouvrir des discussions, des expérimentations à travers la danse, la musique, le chant, les arts plastiques. En tout cas, le spectacle montre la femme debout et multiple ! », conclut-elle. À couper le souffle ! I MARINE COMBE Février 2017/yeggmag.fr/03



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