Yegg n°54 janvier 2017
Yegg n°54 janvier 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°54 de janvier 2017

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 30

  • Taille du fichier PDF : 17,8 Mo

  • Dans ce numéro : à l'écoute de son corps.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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CÉLIAN RAMIS
Celle qui « Je pars avec une intention et je me fais du bien. Ça me permet d’exprimer la frustration, l’impuissance, la colère, etc. De les évacuer pour les transformer. Je réponds seulement à quelque chose que je veux exprimer. » À 46 ans, Gaëlle Pertel Pachecobouillonne d’envies, de projets et d’expériences artistiques. Depuis 4 ans, elle embrasse le statut d’artiste et crée selon ses besoins et selon les émotions qui la traversent. Parce qu’elle a besoin de s’exprimer. Avec sincérité et authenticité. Née à Rennes, elle a toujours baigné dans la culture. Théâtre, musées, lectures… Elle et ses frères arborent une soif de connaissances. Hors bancs de l’école de son côté  : « J’ai passé mon temps à lire. C’était très important, c’était un refuge. Pour moi, ça n’allait pas vraiment à l’école, j’avais des capacités et mes profs m’ont poussée mais je ne m’épanouissais pas, je voulais du concret. J’ai passé mon bac par correspondance. » Son père, d’origine paysanne, amène ses enfants à l’écomusée et valorise à leurs yeux les métiers d’art et de l’artisanat. C’est à Paris, à sa majorité, qu’elle va apprendre la ferronnerie et trouver, à la suite de son CAP, un contrat aidé chez un fabricant de meuble. Et va « rencontrer la planète ! » Elle précise  : « À Rennes, il n’y avait pas d’étranger quand j’étais enfant. Ma mère est péruvienne et c’était difficile de trouver ma place, je me sentais un peu comme un canard noir. À Paris, j’ai vu des africains, des arabes, des asiatiques et j’ai commencé à avoir le fantasme d’ailleurs ! » Gaëlle s’installe alors à Barcelone avec son compagnon et, pendant 8 ans, entreprend en indépendante des travaux de scénographie, réalise du mobilier pour des magasins et apprend à maitriser le métal. Elle note une nette différence du système espagnol vis-à-vis de celui qu’elle a connu en France. « Même si on ne savait pas faire, on nous donnait du boulot. Car là-bas, c’était la motivation, l’envie de faire, qui primait. Et en faisant, j’ai appris, j’ai grandi. On avait des contrats intenses pendant une période, puis plus rien, un peu comme de l’intermittence. », se remémore-t-elle. Quand elle devient maman, elle rentre en France et affronte un système social stigmatisant  : « Des étiquettes sont mises entre les allocations perçues en tant que mère isolée, au chômage, se réalise comme être de culture etc. Avant, j’étais épanouie et fière de moi. Ici, je ne dis pas que le système est nul mais il nous oblige à nous justifier tout le temps. Sinon on est fainéant, profiteur… Moi, je voulais m’occuper de mon fils, c’est un droit et c’est du boulot de s’occuper de son enfant. Je voulais m’impliquer, être avec lui, lui donner plein de choses. Je pouvais le mettre à la crèche mais je souhaitais faire autrement et rester avec lui. » Sa sensibilité et son parcours provoquent en elle l’envie de sortir ses émotions de ses entrailles. De ses innombrables lectures et sorties culturelles, elle puise de multiples références littéraires et philosophiques qu’elle utilise pour nourrir sa réflexion tout au long de ses créations. Qu’il s’agisse de Diderot et de sa Religieuse, de Platon et de son Banquet, de Dante et sa Divine comédie, entre autre, elle s’en approprie l’essence pour mêler histoire personnelle – séparation amoureuse, divorce de ses parents, rapport aux autres ou encore ressenti face à des faits d’actualité comme la situation des migrants ou les violences conjugales et plus largement l’égalité femmes-hommes – et discours universel. « Je pars avec une intention et je me fais du bien. Avec des matériaux qui formalisent ce que j’ai envie de dire. J’évacue des blessures à travers mon ressenti à moi, comme un acte thérapeutique. Le but n’est pas blesser les autres. J’ai besoin de poser des questions, de m’engager, d’aller au bout de mes travaux. », dit-elle. Mais il y a aussi la nécessité de se connaître, découvrir ses potentialités en créant et en essayant, et les partager avec d’autres personnes. Passionnée et à fleur de peau, l’artiste plasticienne s’abreuve de son inépuisable curiosité, jamais rassasiée, pour interroger le cadre et les normes à travers des préoccupations universelles qui traversent les époques et les frontières, comme en témoignent les grands mythes et les faits divers. « Peut-être qu’on est des petites choses fragiles mais on est des bijoux. Ce qui est important, c’est de sa valoriser, de s’épanouir, c’est quand même bien plus agréable. Aujourd’hui, je prends soin de moi car j’ai besoin de me sentir bien avec moi pour me sentir bien avec les autres. », conclut-elle, de plus en plus affranchie des étiquettes et des cases rigides imposées par le système. I MARINE COMBE Janvier 2017/yeggmag.fr/03



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