Yegg n°53 décembre 2016
Yegg n°53 décembre 2016
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°53 de décembre 2016

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 21 Mo

  • Dans ce numéro : lumière sur les opprimées.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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CÉLIAN RAMIS
Celle qui Quand elle parle, elle s’emballe. Elle lâche les chevaux et pour la comprendre, il faut bien s’accrocher. Son temps est précieux, elle nous le fait bien comprendre. Originaire d’Ukraine, Natalyia Kosmyna est arrivée en France il y a 6 ans. À l’université de Grenoble, « berceau de l’Intelligence Artificielle », pour y poursuivre ses études d’informatique et effectuer sa thèse – dont elle est venue à bout en octobre 2015 – sur les Interfaces Cerveau-Ordinateur. Concrètement, elle s’intéresse au contrôle des objets par la pensée. « Il ne s’agit pas de lire dans les pensées mais il faut bien se dire que ce n’est pas de la science fiction ! Ça fonctionne ! », s’enthousiasme Natalyia. Et pour preuve, la démonstration réalisée en 2011 sur le parvis de la fac dauphinoise - à découvrir sur le web - de la jeune scientifique faisant voler un drone à la force de sa pensée. « J’ai un casque sur la tête avec des électrodes, je vous rassure c’est non invasif. Pour une action spécifique, j’imagine un geste et au moment où je l’imagine, mon cerveau produit une énergie. », explique-t-elle. Cette énergie va être enregistrée, classifiée, codée. Permettant ensuite l’exécution et la répétition du mouvement. Natalyia Kosmyna est catégorique  : une phase d’entrainement est indispensable à chaque utilisation du système. Calme et concentration sont évidemment de mise. « Tout le monde n’y arrive pas, avoue la chercheuse. Pas tout de suite en tout cas. Il faut être très focalisé. Une fois que ça fonctionne, les gens sont motivés et sont alors attentifs à l’écoute des commandes et des instructions. De toute manière, il faut refaire un entrainement à chaque fois. Avec le temps, ça devient naturel. » Après sa thèse, elle intègre l’équipe Hybrid à l’INRIA de Rennes en tant que postdoctorante, en décembre 2015. Et quand on l’interroge sur l’objet de ses recherches, elle hésite. La voix balbutiante, elle souligne que son travail reste dans la même veine que le précédent. On saura simplement que son projet concerne le contrôle du fauteuil roulant par la pensée. Un projet pour lequel elle a reçu le 12 octobre dernier la bourse L’Oréal-UNESCO Pour les femmes et la Science. « J’ai toujours voulu aider les personnes handicapées. Pour les personnes qui ne contrôle les objets par la pensée peuvent ni bouger, ni parler, le système offre de très bons résultats. Il y a des projets pour les fauteuils roulants mais ils sont très peu visibles. Le secteur interfaces Cerveau-Ordinateur est très en vogue mais en France, il n’y a pas tellement de chercheurs qui travaillent dessus. Après, je ne suis pas seule dans mon coin, c’est quand même un travail de collaboration. Il y a déjà des algorithmes mais pas forcément des applications. », confie Natalyia. À 26 ans, elle est également très fière de bénéficier d’une bourse visant à promouvoir et soutenir les femmes dans les sciences. En Ukraine, elle était quasiment la seule fille dans sa filière informatique. En France, dans les événements extérieurs, on la pense « animatrice de stand ». Pourquoi ? Parce qu’au travail, elle porte des talons, des jupes et des robes et se maquille. Parce qu’elle est une femme dans un domaine pensé comme masculin. « J’adore être féminine ! Ce qui ne veut pas dire que je ne comprends rien aux sciences. Mais vous savez, une étude montre que 60% des européens pensent que les femmes ne sont pas assez intelligentes pour occuper des fonctions à responsabilité. C’est une étude du 18e siècle ? Non, non, 2015/2016 ! C’est terrifiant. On devrait être à 0%. », scande-t-elle, à vive allure. Mais la jeune femme en parle avec légèreté. Elle en rigole. Pas question de se laisser déstabilisée. Au contraire, elle aime s’engager pour l’égalité des sexes. Aller dans les lycées et casser les clichés. Le seul point qui pourrait être un bémol est la difficulté à conjuguer vie privée et vie professionnelle. La recherche demande du temps, de l’investissement, de la mobilité, « obligation implicite pour montrer que je suis autonome en tant que chercheuse ». À Grenoble, elle a vécu des relations affectives mais savait que la durabilité n’était pas garantie. D’un ton très naturel, elle explique avoir conscience de toute la complexité de la situation et l’accepte, sereinement  : « J’aurais pu trouver plus simple bien sûr mais je suis très passionnée par ce que je fais et en effet ce n’est pas un métier qui permet d’être à 17h à la maison. Tout le monde n’accepte pas, d’ailleurs la plupart du temps, les gens n’acceptent pas. Moi, si. Ce sont des conditions de vie comme celle des pilotes ou des marins. On s’adapte. » I MARINE COMBE Décembre 2016/yeggmag.fr/03



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