Yegg n°48 juin 2016
Yegg n°48 juin 2016
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°48 de juin 2016

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 14,4 Mo

  • Dans ce numéro : football gaélique, un sport en plein essor.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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f CÉLIAN RAMIS
Celle qui Elle n’a plus la force de vivre. S’allonger et fermer les yeux, doucement. N’est-ce pas bien plus attirant ? Ce serait la fin, le dernier souffle. L’idée l’enveloppe de ses doigts gantés, lui murmurant qu’il n’y en a plus pour longtemps. Ce ne sera pas douloureux, elle aura juste à se laisser emporter. Mais elle sait que vouloir clore ses paupières n’est pas suffisant, il faudrait autre chose pour l’accompagner définitivement. Peut-être que dans quelques mois elle y arriverait seule, il fallait attendre, attendre de disparaître. Elle a 16 ans, Marie Motte, quand cette pensée prend possession de son esprit et de son corps amaigri, affaibli, meurtri. Aujourd’hui, elle a repris vie, après un combat acharné contre la maladie mentale qu’est l’anorexie. La jeune femme, âgée de 19 ans, passe cette année son bac S – aménagé sur 2 ans - au lycée Zola à Rennes, envisageant la suite avec enthousiasme, chose qu’elle n’aurait pas imaginé pouvoir faire il y a peu, en 2014. La lycéenne témoigne de cette expérience pouvant s’avérer mortifère dans Quatre-vingt-dix larmes sans faim, publié aux éditions brétilliennes Yellow Concept, en avril dernier. Elle y dresse un état des lieux bouleversant. La maigreur morbide, la sensation de faim à combattre, le déni profond, la mort comme évidence. « Je disais aux médecins que ça ne servait à rien de s’occuper de moi. Avec du recul, c’est plus difficile d’en parler. Inconsciemment, il y a une lutte quand même pour que ça n’arrive pas. Rétrospectivement, on se dit qu’on eu a de la chance. », explique Marie Motte. La chance de retrouver l’espoir et l’envie de s’en sortir, insufflée par sa famille qui la soutient et l’encourage. Lors de cette période, elle s’est coupée de son entourage, convaincue que ses ami-e-s ne pouvaient pas comprendre. Elle se renferme sur elle-même  : « C’est la dépression qui entraine ça. On s’isole. Les idées noires arrivent très vite. Après, on se demande pourquoi on a fait ça… » Son livre ne tend pas à expliquer ce qui l’a menée à l’anorexie. Mais plutôt à révéler les perversités d’une maladie incomprise, souvent associée à un caprice de jeune fille qui veut mincir. Profonde et complexe, elle détruit le corps et pourrit l’esprit, même une fois reconnue et traitée par un processus de renoue avec son corps meurtri longue haleine – et de nombreuses hospitalisations - pour surmonter non seulement les angoisses mais aussi la voix dans la tête qui annihile le pragmatisme et le raisonnable. Marie rompt le cliché et le tabou, malgré des souvenirs et des ressentis douloureux  : « Je me culpabilise toute seule d’avoir vécu ça. Il y a des blessures qui restent, la honte aussi. Il faut assumer d’avoir vécu la maladie, d’avoir vécu cette maladie. » Celle qui touche en majorité la tranche des 15- 35 ans, tous milieux confondus. Aujourd’hui, l’auteure souhaite alerter sur les conséquences de la pression mise sur les femmes, qui s’immisce dans l’inconscient et se répand comme un venin depuis le plus jeune âge. Pour celle qui a écrit dans des carnets le quotidien de l’enfer vécu en temps réel, la sensibilisation par le témoignage écrit apparaît claire. Car l’écriture a joué un rôle majeur dans sa prise de conscience à un moment où son corps s’autodétruisait, la lecture devenait alors quasiment impossible et annoter des mots dans un carnet, un calvaire. « Moi je voulais continuer à écrire. La passion donne un objectif et permet de se dépasser. », souligne-t-elle soutenue de son sourire enthousiaste et communicatif. Impliquée dans l’association Solidarité Anorexie Boulimie 35, elle apprend depuis un an et demi à se réinsérer dans son propre corps, à s’accepter et se retrouver. « Mon corps me plait comme ça pour l’instant, affirme-t-elle joyeusement. L’alimentation se remet petit à petit même si l’étape de partage des repas avec toute la famille est encore dure. On se sort du danger imminent puis on efface les traces, les empreintes. Tout ne peut pas être parfait, mais je vis bien, progressivement, je lâche prise et ça se débloquera le moment venu. Mais déjà il y a des signes  : la sueur, les sensations de faim… Comme tout le monde et ça fait trop du bien ! » Parler de guérison est prématuré. Néanmoins, Marie Motte aspire à aller de l’avant et surtout ne pas être réduite à la maladie. Avec un premier ouvrage sensible et essentiel pour l’évolution des mentalités, elle poursuit son écriture et recèle d’idées pour un futur roman. Pour l’heure, elle vise des études de psycho, passionnée par les méandres, failles et forces de l’esprit. I MARINE COMBE Juin 2016/yeggmag.fr/03



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