Yegg n°47 mai 2016
Yegg n°47 mai 2016
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°47 de mai 2016

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 14,7 Mo

  • Dans ce numéro : mixité aux manettes ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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CÉLIAN RAMIS'
Celle qui Originaire des Côtes d’Armor, Fanny Chériaux chante et joue du piano depuis l’enfance. En faire son métier, elle n’y songe pas. Elle s’installe dans la capitale bretonne pour effectuer ses études de psycho à l’université Rennes 2. Mais sa rencontre avec les membres du groupe de musiques irlandaises, Churchfitters, dont Anthony McCartan qui à l’époque tient un pub à l’angle de la rue Saint-Malo et de la rue de l’Hôtel Dieu, va chambouler ses ambitions professionnelles. Elle découvre l’accordéon à touches de piano et évoque alors un sentiment de libération. Nait ainsi Fannytastic, surnom qu’Anthony lui donne et qui va finir par lui coller à la peau. Mélange de pop et de chansons françaises, elle évolue dans ce domaine depuis plusieurs années, développant une voix peu ordinaire. En effet, elle manie aussi bien les tonalités aigues que graves. Une maitrise qu’elle découvre sur le tard et sans en prendre conscience. « Je l’ai découverte à une période où je n’allais pas très bien. Je suis allée chercher quelque chose en moi qui me permettait de lâcher prise. Pour le collectif des Ateliers du Vent, à l’occasion d’un cabaret, on devait se créer des personnages. J’ai interprété un fantôme avec des passages très aigues et d’autres très graves. Ça m’a permis d’oser et j’ai ramené ça dans mes créations. Dans mes albums Plusieurs et Quatuor, cette dynamique a ouvert mon écriture et enrichi ma personnalité sur scène. », précise Fannystastic. Sur les planches, elle envoute le public, le charme de par la chaleur de son organe vocal et le surprend de son aura énigmatique. Elle raconte en rigolant ce que son fils dit de ses parents  : « Une maman qui chante comme un homme et un papa qui raconte des histoires sur un canapé. » Récemment vue aux côtés de l’artiste Nicolas Bonneau, également son compagnon et père de son enfant, dans les pièces Looking for Alceste, présenté en mars au théâtre de l’Aire Libre, à St-Jacques-de-la-Lande, et Ali acoustique (version de Ali 74, le combat du siècle), présenté en avril lors du festival Mythos à Rennes, elle explore un univers baroque, explosif et électrisant, et se répand d’un va-et-vient entre une multitude de tessiture, passant de soprano à contralto avec une possède une voix fantastique aisance bluffante et fascinante. Fannytastic soulève un point étonnant  : « Pour Alceste, je me suis inspirée des comédies ballets de l’époque de Molière. À cette période, une femme n’aurait jamais pu faire ça. Mais les hommes avaient le droit d’avoir des voix de castra, sans opération… on acceptait l’ambiguïté pour eux. En 2016, on accepte pour les femmes. Pourtant, ça trouble et certaines personnes pensent qu’on ajoute un effet à ma voix lorsque je chante. » Les femmes seraient-elles peu nombreuses à chanter ainsi ou ne le sauraient-elles pas ? Elle s’interroge. Et cite des artistes qu’elle admire dans ce registre, comme la chanteuse péruvienne Yma Sumac, capable de maitriser plusieurs octaves, ou encore la chanteuse lyrique et cheffe d’orchestre « à la dégaine rock’n’roll » Nathalie Stutzmann, sans oublier celle qui a bercé sa jeunesse pour son univers très fort et sa volonté artistique d’aller toujours plus loin, Björk. « L’ambiguïté très subversive casse les codes de genre et je me retrouve là-dedans. Moi, je suis très choquée que parce que je suis une femme on me parle de mon « écriture féminine ». On demande à Dominique A s’il a une écriture masculine ? Je m’en rappelle, c’était pour Plusieurs. Il y avait très peu d’adjectif féminin. Mais c’était très très mis en avant. J’ai un duo entre un homme et une femme. Je fais les deux et je défends les deux points de vue. Alors pourquoi « écriture féminine » ? », s’insurge-t-elle. Elle se bat pour sa liberté, croit en l’émancipation des femmes, et en parallèle à celle des hommes, est médusée par celles et ceux qui pensent qu’aujourd’hui « on n’a plus besoin du féminisme… », reconnaît qu’elle est privilégiée de pouvoir chanter et dire ce qu’elle veut sur scène, constate qu’une femme qui dirige un groupe de musique a des difficultés à s’exprimer par peur d’être jugée « femme chiante/femme hystérique » mais se ravit de voir les lignes bouger grâce à la génération émergeante, et avoue que l’éducation que l’on reçoit nous berce d’illusions et d’archaïsme. « J’ai été éduquée dans l’idée d’exercer un métier, d’être indépendante et pourtant j’ai été bercée par la quête du prince charmant. On transporte ça malgré nous. Parler d’amour, de posture de séduction, ce n’est pas une question d’écriture féminine, c’est humain. », conclut-elle. I MARINE COMBE Mai 2016/yeggmag.fr/03



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