Yegg n°40 octobre 2015
Yegg n°40 octobre 2015
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°40 de octobre 2015

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 14,4 Mo

  • Dans ce numéro : quelle place pour les femmes DJs ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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, Co-directrice de l’Association Trans Musicales, elle gère depuis plus de 37 ans les célèbres Rencontres Trans Musicales à Rennes et assume sans complexe d’être la femme de l’ombre, au profit de Jean-Louis Brossard, directeur artistique. Octobre 2015/yeggmag.fr/22 CÉLIAN RAMIS focus YEGG  : D’où venez-vous et êtes-vous issue d’un milieu musical ? Béatrice Macé  : Je viens de Dinan, je suis arrivée à Rennes après mon bac. Je voulais faire des études d’archéologie mais j’ai fait latin, grec, histoire de l’art. Je devais faire ma licence et partir à Paris mais les Trans sont nées avant. Pour le milieu culturel, on était plutôt branchés bouquins, patrimoine, histoire. J’ai une grand-mère pianiste et un père saxophoniste mais j’ai refusé de faire le Conservatoire car il y allait avoir les mêmes filles qu’à l’école. Ça m’énervait. (Rires) Quel est votre rôle au sein de l’ATM ? J’écris tout le projet que Jean-Louis va mettre en forme. Je fais une Convention pour les partenaires. Je réunis les conditions pour que le projet existe. Avant, j’étais directrice de production et de projet. Mais j’ai délégué. Je travaille sur la construction du futur et sur comment on va passer le projet. Je prends les décisions  : Agenda 21, les normes ISO, le Parc expo, je négocie les dossiers… Je suis directrice mais pas artistique. Par contre, je suis dans l’accompagnement artistique. Le jeu de l’ouïe, Mémoires de Trans. J’ai un rôle d’architecte  : je pose les bases et les murs de la maison ATM. Mais on ne voit que ce que Jean- Louis fait. Et ce n’est pas frustrant ? Pas frustrant du tout. Pourtant, vous le soulignez… Vraiment, je ne suis pas frustrée. Je sais ce que je fais, quelle est ma place, quel est mon rôle. Par
exemple, je ne veux plus aller à Paris rencontrer les journalistes. Je ne me sens pas à l’aise. Je me sens à l’aise au moment des Trans, quand je suis dans le public. Je fais en sorte que tout ça existe. Jean-Louis est le cœur du réacteur et moi mon rôle est de d’alimenter cela. Dans un article de Libération, en 2011, on dit de vous  : « Sans elle, le festival ne serait pas devenu ce qu’il est aujourd’hui. C’est une bosseuse hors pair, qui n’arrête jamais et qui a du mal à déléguer. » … (Rires) Oui, c’est vrai. C’est mon tempérament. C’était en 2011 ? J’ai changé depuis. On a dit qu’on transmettait, je délègue. Et puis, à 57 ans, on ne veut plus faire ce que l’on faisait à 45 ans. J’en fais beaucoup moins aujourd’hui. Je préfère le monde des idées et la transformation des idées. Écrire le projet pour les 40èmes Trans. Faire en sorte que le quotidien des équipes soit moins compliqué. Et pour être dans l’interstice du connu et de l’inconnu, nous devons toujours être attentifs. Toujours prendre en considération les évolutions culturelles et musicales. Ne jamais oublier qu’il va y avoir un après 37e, un après 38e, etc. En 37 ans de carrière, vous devez avoir des anecdotes sur le sexisme dans ce milieu non ? J’ai vu des hommes quitter la salle, quitter l’équipe même juste parce qu’ils avaient une femme en face d’eux. Enfin, je n’ai pas bon caractère aussi, il faut bien le dire… Bon, c’était il y a très longtemps. Ou alors en réunion, j’ai déjà dit une phrase et c’est arrivé qu’on dise « Comme a dit Jean-Louis… » ! Mais c’est sûr qu’on n’est pas beaucoup de directrices. 12% je crois selon HF. C’est rien ! Et dans les programmations, c’est pareil. L’étude de Reine Prat montre aussi que les subventions accordées sont plus importantes quand c’est un homme qui porte le projet. Vous êtes pénalisés à l’ATM ? On a la plus grosse subvention de musiques actuelles donc je ne peux vous dire si nous sommes pénalisés (Rires). Mais vous savez aujourd’hui, tout le secteur est en crise. La différence entre nous et les plus petites structures, c’est que nous on tombera de plus haut. focus Il faut s’imposer femme à la tête d’une des plus grosses structures musicales… Pour tout vous dire, je suis partie de l’association pendant 2 ans. Lors de l’édition 84 et je suis revenue pour l’édition 86 parce qu’Hervé (Bordier) est venu me chercher. Et ils ne m’avaient pas remplacée. Pourquoi êtes-vous partie ? J’en avais marre d’être la seule fille aux Trans. On était 3 nanas à la base et les deux autres sont parties. J’avais envie de prouver que je n’étais pas juste la nana des Trans. Maintenant, l’ATM c’est mon univers, je suis à la maison. Mais oui je me suis imposée. Et vous ne vous dites pas féministe ?... Pas militante féministe. Par contre, je réclame pour moi et pour les femmes que je connais le même respect et la même attention que pour les hommes. J’ai encore des bouquins féministes de mes 14/15 ans. J’y suis sensible. Pour moi, nous sommes avant tout des êtres humains. Je suis pour le respect pour tous. Je ne suis pas dans l’opposition. À mon époque, il y avait des radicales… Et dans le contexte d’aujourd’hui ? Ma fille a 22 ans et a été élevée par des femmes qui ont toujours bossé. Ma grand-mère, ma mère, moi… on a toutes fait des carrières professionnelles. Et moi, j’ai toujours vu mon père aider ma mère. Elle était indépendante financièrement, elle gérait sa vie ! J’ai toujours baigné là dedans. Je suis née sous René Coty et j’en ai vu des vieilles dames qui avaient été entravées. Pour moi, ce n’est pas concevable. Je suis fille unique. Pas mariée. C’est un choix, faut l’assumer. Assumer la solitude. Il y a d’autres manières d’être en société, d’être épanouie. Mais on ne peut compter que sur soi même. Pour moi, le choix premier, c’est la liberté, point. Pas la liberté contre les hommes. Je ne suis pas guerrière là-dessus. Je suis une nana et alors ? On ne va pas en faire un fromage ! (Rires) Après, je suis bien consciente que mon cas n’est pas une généralité et je suis sensible à toutes les luttes pour les droits des femmes. Je considère que c’est un vrai combat. Octobre 2015/yeggmag.fr/23



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