Yegg n°40 octobre 2015
Yegg n°40 octobre 2015
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°40 de octobre 2015

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 14,4 Mo

  • Dans ce numéro : quelle place pour les femmes DJs ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ment ! » En 2006, la demoiselle bleue quitte son travail d’institutrice et se lance comme Dj. Contrairement à Miss Blue, Katell n’a jamais souhaité en vivre et ne le considère pas comme un métier, bien qu’elle mixe depuis onze ans. Elle préfère garder cette activité à côté, sans avoir la pression pour obtenir le statut d’intermittente du spectacle. Septembre 2015/yeggmag.fr/16 focus COMMUNAUTÉ HIÉRARCHISÉE Être Dj, c’est faire partie d’une « grande famille ». « Il y a un aspect très communautaire. Le son arrive comme un trait d’union entre des gens de tout horizon qui vont vers des idées et une organisation commune », raconte Katell, qui a beaucoup côtoyé le monde des « sound system » et des « free party ». S’y intégrer, en tant que femme, n’a jamais posé problème. « Nous n’avons jamais bagarré pour avoir notre place », répondent en chœur les deux complices de platines, Menthine et Katell. « On dit même merci aux gars, sans eux on aurait jamais eu de platines ! », s’enthousiasme Menthine, qui a animé les émissions électro Open Fader sur Radio Campus Rennes (RCR) et organisé les soirées du même nom, de 2006 à 2015. « Tu joues bien pour une fille ! » Cette remarque a pourtant parfois été dite après leurs passages. Des comportements qui leur indiquaient qu’elles restaient des femmes avant tout. Mac l’Arnaque, qui mixe du hip-hop et du rap depuis 2009, l’a ressenti une fois  : « Alors que je jouais, un jeune homme, en train de danser, s’est retourné, m’a regardé et est directement parti. » Autre constat  : une pression supplémentaire est souvent mise sur la technique lorsqu’elles jouent. Menthine rétorque  : « C’est le jeu et je préfère m’en amuser ! » Dans cette « grande famille » électro, à Rennes, une partie rayonne, l’autre reste dans l’ombre. aide aux femmes dans la culture Les femmes sont les grandes absentes des programmations artistiques en France. Tel est le constat de l’étude faite en 2009 par Reine Prat, chargée de mission au ministère de la Culture, dont le premier rapport, sorti en 2006, est à l’initiative de la création de l’association HF (Rhône-Alpes en 2008, Îlede-France en 2009). Son but  : lutter contre cette inégalité qui persiste dans la musique, le théâtre et le cinéma. Depuis, une dizaine d’antennes locales s’est constituée partout en France. Carole Lardoux, directrice artistique du Carré Sévigné, à Cesson-Sévigné, a participé à la création d’HF Bretagne, en octobre 2013  : « À la suite de cette étude, il y a eu une vraie prise de conscience et on s’est demandé-e-s « Qu’en est-il de nous, en Bretagne ? » Nous n’avions pas de chiffres précis. » Leur première étude sur le territoire breton a été publiée cette année. « Sans surprise, les données sont équivalentes à la moyenne nationale », compare-t-elle. Sur 100 personnes programmées, 15 sont des femmes. Dans le secteur musical, par contre, les résultats sont très contrastés. 47% de femmes se retrouvent dans la chanson contrairement au secteur instrumental qui n’en compte que 8%. « Il y a encore du travail à faire », remarque la directrice artistique du Carré Sévigné. Ces statistiques serviront de base objective pour mener des actions concrètes sur le terrain, par la suite. HF Bretagne ne tient pas à mettre de quotas  : « Ce n’est pas la démarche, on souhaite seulement sensibiliser et être une vigilance constante ». Prochaine étape  : mettre en place des saisons de programmation « égalité » avec les acteurs régionaux.
CÉLIAN RAMIS Et c’est dans cette deuxième catégorie que les femmes seraient le plus nombreuses. Elena Tissier, 25 ans, qui se produit en tant que The Unlikely Boy, le remarque  : « J’ai du mal à citer beaucoup de noms de femmes Djs à Rennes, on se sent un peu isolées. » Et cela se retrouve dans les programmations musicales de la ville. Les femmes aux platines se font rares. Cédric Bouchu, alias Dj Ced, qui tourne à Rennes depuis 20 ans, en fait le constat. Ayant commencé à mixer à l’âge de 17 ans au Saint Georges, il n’a jamais été sur le même plateau qu’une fille alors qu’il a « fait facilement plus de 1000 dates ». Également programmateur du festival I’m from Rennes, qui met en avant la scène rock et électro depuis 2011, Ced l’avoue  : « Des femmes Djs, il y en a très peu cette année... ». La quatrième édition, qui s’est déroulée du 16 au 26 septembre, comptait seulement Vanadis et Mr. et Mme Henri, un duo mixte. Mais il s’en défend  : « Il n’y a que l’artistique qui nous intéresse, nous ˮ 44 Alors que je jouais, un jeune homme, en train de danser, s’est retourné, il m’a regardé et est directement parti. ˮ n’avons pas envie de faire un quota avec 50% d’hommes et 50% de femmes. » FAVORISER L’ARTISTE ET NON LE GENRE Pourtant, la quinzième édition du festival Maintenant, qui élabore des passerelles entre art, musique et technologies, prouve qu’il est possible de programmer autant d’hommes que de femmes Djs, sans faire de quotas. Du 13 au 18 octobre prochain, elle donne un coup de projecteur à la scène locale Dj, lors de ses « Ambiances électroniques », à la Salle de la Cité. Sur six jours, trois femmes vont mixer  : The Unlikely Boy, Vanadis et Knappy Kaisernappy. « Je ne fais pas de calcul, réagit Gaétan Nael, programmateur du festival et adjoint à la direction de la salle de musiques actuelles, l’Antipode. Si on peut donner la visibilité que les femmes méritent, tant mieux ! Car elles travaillent, elles cherchent des morceaux, elles ont une capacité à partager avec les gens, elles ne cherchent pas la facilité. » Cette volonté de privilégier l’artiste par rapport au genre vient autant des programmateurs que des femmes elles-mêmes. « Il existe plein de manières d’incarner son son ! Qu’on soit un mec ou une nana, cela ne change rien. Je trouve qu’en France, la question du genre est trop binaire », développe Elsa Quintin, alias Knap- Octobre 2015/yeggmag.fr/17



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