Yegg n°27 jui/aoû 2014
Yegg n°27 jui/aoû 2014
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°27 de jui/aoû 2014

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 30

  • Taille du fichier PDF : 9,9 Mo

  • Dans ce numéro : harcèlement sexuel... le fléau tabou.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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culture [ART & LA MARNIÈRE Les emplumées.q.u,i nos corps La compagnie Les emplumées, a invité, lors de la Badouillerie des 13 et 14 juin dernier, trois artistes plasticiennes, Carine Reynaud, Léonie Lavaux et Charlotte lung, pour exposer leurs oeuvres sanguinolentes, sur les corps et le condition humaine. Vuhres brodées, corps cartographiés et cerveaux à déguster étaient au menu de l'exposition. vent d'exposer ensemble, les trois jeunes femmes ne se connaissaient pas, ou peu. C'est la compagnie théâtrale Les emplumëcu qui leur a proposé de rassembler leurs œuvres dans un même lieu. Leur point commun 7 Elles travaillent toutes sur le corps. Chacune à leur manière, elles s'interrogent sur la perception du corps dans nos sociétés. Toutes trois vivent désormais à Rennes, même si elles sont originaires de diverses parties de la France. Un détail pas si banal pour Carine Reynaud : « Je suis originaire de Bayonne. C'est important ? En tout cas, pour moi ça l'est. Elle et Charlotte lung évoquent toutes deux la volonté de changer notre rapport au corps. Elles dénoncent les corps auxquels nous sommes exposés au quotidien : La publicité montre des corps qui n existent pas. Elles veulent montrer les corps dans leur réalité, en se focalisant sur l'intérieur. « On a une fascination pour le corps, que l'on a parfais du mal è s'appropriez Pourr% la Bible veut que Dieu ait fait l'homme à son image. Par syllogisme, on est donc à l'image des dieux..Elles souhaitent abolir la frontière qui nous sépare de notre propre corps et en rappeler le côté sauvage. De façon très différentes, les trois femmes cherchent à travers leur travail à changer l'image de nos corps, les réunir dans une exposition a été une réussite pour la compagnie Les emplumées. Les mises en bouche La première pièce forme un lieu accueillant que le public est chargé de s'approprier. Un canapé, trie cheminée, deux photos de body-painting accrochées au mur à première vue ceci pourrait être un salon lambda. Mais si on y regarde de plus près, les broderies accrochées au de ssu IR de la cheminée et qui pourraient être celles de votre mamie, représentent une scène d'accouchement, vue par le bas. Idem pour les oreillers du canapé, si on se penche sur la question, les braderies représentent des actrices pornographiques nous dévoilant toute leur intimité. C'est l'oeuvre de Léonie Lavaux, dectorante en arts plastiques à l'université Rennes 2, qui interroge par son travail, le tabou de la sexualité féminine : J'utilise des images que je vais glaner sur les sitcis pornographiques, et je me les réapproprie par ta braderie. Le textile est une activité stéréotypée féminine. Je la rends subversive en l'utilisant avec des images de sexes féminins. Dans notre société le corps féminin est représentatif du désir de l'homme, dès que l'on touche au désir féminin, à sa sexualité, on fait face è un tabou. J'essaye de déposséder le corps de la femme du regard masculin, de i)/soustraire... Dans un autre recoin, une carafe en forme de bouche est disposée. Carine Reynaud explique, amusée : « Je voulais illustrer l'expression avoir l'eau à la bouche'... Une jolie JLillat-avOt 2014 f yepgmag.fr f 22
culture [ART & LA MARNIÈRE métaphore pour donner envie au spectateur gourmand de poursuivre sa route. Dans le couloir qui mène à la seconde pièce, le travail de Léonie Lavaux sur les corps de femmes est de nouveau à l'honneur. Il s'agit cette fois-ci d'une vulve brodée qui est déclinée en plusieurs pièces de tissus et qui va en grossissant. « Une évolution dans mon travail, précise-t-elle. Au début je faisais des vulves plutôt discrètes, maintenant elles prennent de l'ampleur, elles en deviennent presque monstrueuses. En plat principal : cannibalisme et cartographie des corps. La seconde et principale pièce de l'exposition est plongée dans une ambiance sanguine, le rouge domine de par son omniprésence, rappelant immédiatement au spectateur le sang qui coule dans ses veines. Sur les côtés surgissent d'autres oeuvres de Léonie, dont un patchwork brodé d'actrices pornographiques disposé sur une fenêtre et qui filtre la lumière du jour, la rougissant, et donnant ainsi une luminosité sanglante. Des dessins de Carine Peynaud représentant des corps humains ouverts sont accrochés sur les murs du fond. Elle travaille sur la'cartographie des corps «. En s'approchant de plus près on peut voir que, effectivement, certaines oeuvres superposent des cartes avec des corps humains ouverts. Le réseau cérébral se transforme ainsi en lieu de découverte, d'exploration. Elle explique le départ de sa réflexion sur le corps humain : « Ma volonté de travailler sur l'rntérieurdu corps, sur ce qu'il ya sous la peau vient d'une exposition suries écorchés. Je l'ai vu â l'étranger ; en Estonie, car elle avait été censurée en France. Cela m'a fascinée, obsédée. Dans notre société actuelle on a un rapport au corps tins aseptisé, j'essaye d'inverser ce rapport. Mon travail rappelle un peu les débuts de le médecine, tout en essayant d'avoir une vision esthétique. Aujourd'hui l'art et la science sont deux champs complètement séparés, mais cela n'a pas toujours été le Cas. Au milieu de la pièce de l'exposition, Charlotte lung a dressé le couvert sur une table. Artiste passionnée par le textile, elle a reproduit des organes en tricot. Au menu, disposés dans des assiettes, on retrouve des yeux, des reins, un cerveau J. « Le tacot cela rappelle un peu l'enfance, avec les doudous, le côté doux de la matière. Cela me playl de choquer sans choquer. C'est-6-dire reprendre quelque chose de doux, d'enfantin, mais d'en faire quelque chose de sanglant «, précise-t-elle. Le cannibalisme de la scène est en effet loin des rêveries enfantines. Lorsqu'on leur demande si elles continueront de travailler ensemble, elles lancent, souriantes : « Pnurpuo1 pas... ?.'. Léonie Lavaux et Charlotte lung ont déjà monté une compagnie ensemble afin de poursuivre leur travail sur le textile, un domaine artistique encore peu exploré mais qui commence â monter en puissance. I CNL6É RÉBILLAR6 « On a une fascination pour le corps, que l'on a parfais du mal A s'approprier. L'ÉQUIPE DE YEGG VOUS SOUHAITE UN ChALEUREUX ETE !



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