Univers Interactif n°9 mai 1996
Univers Interactif n°9 mai 1996
  • Prix facial : 30 F

  • Parution : n°9 de mai 1996

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Pressimage

  • Format : (204 x 265) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 79,5 Mo

  • Dans ce numéro : vous êtes tous des zombies... comment États, sectes, médias pratiquent le Mind-Control.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Immersion Principe d'étrangeté Lucioles fuyantes Epiphanies Osmose-toi si tu l'oses ! >Si comme le prétend Stéphane Mallarmé "tout au monde mène au Livre", alors l'oeuvre de la canadienne Charlotte Davies en est l'un des accomplissements les plus réussis. La preuve : l'impitoyable Microsoft a craqué pour le sourire évanescent de cette blonde cyberartiste et pour son programme d'immersion dément. En voici certainement les moins bonnes raisons... >Aux antipodes de la dépossession et de la 94 >interactif n°9 Mai 1996 dématérialisation du corps, phénomènes propres au cyberespace mercantiliste, Char Davies a conçu, avec l'infographiste Georges Mauro, une interface virtuelle sylvestre terriblement sensuelle, qui évolue selon les réactions du corps de l'immergé. Celui-ci, harnaché de palpeurs et chaussé d'un casque, se fait plongeur et suivant qu'il inspire ou expire, le monde d'Osmose "change", c'est à dire "monte ou descend". Rien de plus difficile que de contrôler son rythme respiratoire. Mais ici (ou est-ce ailleurs ?) on repère qui un arbre gigantesque aux racines à développement fractal, qui une rivière gorgée de lucioles fuyantes et de rondes pierres chargées d'énergie ; et on s'agite, on se cramponne au vide sans jamais maîtriser totalement la situation. Perçu au départ comme un défaut —"mais quel univers glauque, mais que c'est mal fichu ! " diront les méchants— c'est bientôt le principe d'étrangeté même qui entre en action, principe né de l'isolement progressif des sens et qui s'immisce en l'utilisateur tel un alcool sournois. >DIS-MOI OU TU ES, JE TE DIRAIS QUI TU ES... Les plongeurs savent bien de quoi je parle : l'ivresse virtuelle guette sa proie à chaque mouvement un peu brusque. Au bout de dix minutes, tout le monte s'agite. Aussi, à l'auberge Osmose on n'est pas new-age pour deux sous ; on y trouvera le plus souvent ce que l'on veut bien y apporter. Le trouble est que l'action naît ici de notre absence de volonté à vouloir agir sur ce monde. Vous voulez descendre dans les racines ? Bien, alors vous voilà comme pris dans le goulot d'une bouteille de Klein avant de réémerger au niveau de l'arbre. Vous voulez monter au ciel ? Soit, mais les étapes vers ce Parnasse informatique demande une grande patience et un amour illimité pour les textes. Char Davies obéit aux principes de Gaston Bachelard : "lorsque l'on change d'espace, on ne change pas de place mais de nature". Un peu d'éducation ne fait pas de mal ; notre artiste s'illusionne encore sur l'humanité et espère transmettre à d'autres les douces épiphanies que ses lectures et ses créations plastiques (elle est peintre et joue sur les transparences) lui ont offertes. Un but exclusivement humaniste, basé sur la générosité, l'animait et bien sûr, l'ogre Microsoft a déboulé... >QUE FAIRE SI JE NE VEUX RIEN FAIRE ? Rencontrée au cours d'Imagina 96, Charlotte Davies n'a eu de cesse de me rassurer
Oasis impénétrables Mallarmé et Proust Sarabande Les gemmes d'un Rilke en murmurant très vite : "Non, pas de problème, Microsoft me laisse les mains libres, je ne les ai pas sur le dos...". Et si l'univers impitoyable du businessinformatique se remplissait soudain d'oasis impénétrables, protégées ou mises en jachère par les plus grands, qui restent les seuls à pouvoir s'offrir ce luxe absolu, cet inutile que jouxtent le calme et le temps du soupir ? Softimage, fondée par Daniel Langlois, infographiste et homme d'affaires canadien, père avec Lachapelle et Bergeron de l'illustre Tony de Peltrie (1985), aurait-il développé sans le savoir, avec Osmose, des programmes aux retombées inouïes, de l'ampleur même d'une interface Macintosh mariée à un joystick ? SteveJobs affirmait récemment dans Wired que "la révolution informatique de demain passera nécessairement par les créateurs indépendants, seuls capables de générer une véritable vision transformatrice de nos environnements de travail". Next stop to Montréal : Bill Gates l'aura compris, lui qui, tel François ler, s'approprie les manuscrits de Leonardo da Vinci et les droits sur les plus belles icônes du patrimoine artistique mondial. Ce qui restera de tout ça, après la vague, après la pluie, peut-être un peu de nousmêmes face au sensible, à l'extrait du songe ? >LE POETE A TOUJOURS RAISON Char n'est pas très douée en informatique : c'est John Harrison qui écrivit le code, un code qu'il est même possible d'explorer, de voir défiler dans les bas-fonds d'Osmose en une sarabande contingente et verte, changeant selon notre rythme cardiaque et dont la métrique se base sur douze "bibliothèques" que l'on peut charger suivant le hasard de la programmation. Osmose est donc le fruit d'un travail d'équipe qui a su muscler les visions d'une artiste éprise de guérison et en mal de silence. Le vrai, celui qui permet l'oubli de soi. En cela, Char Davies a épousé, sans le savoir, les thèmes chers aux deux plus grands poètes de notre siècle, tous deux inventeurs de machines transvisionnaires : Mallarmé (mort en 1898, il est déjà de notre temps) et Proust. Le premier, de par son long travail inaccompli autour du "Livre" qui devait être lu par autant de personnes qu'il y avait de pages, donnant ainsi une combinatoire d'interprétations infinies et offrant au hasard une sorte de consécration ; le second, dans ce qu'il a confondu sa vie avec quelques parcelles de temps perdu, temps qu'il s'est obstiné toute sa vie à nous rendre. A chacun son dû, à chacun sa peine et vous voilà soudain réconcilié ! Avec un peu de travail sur soi, on gagne peu à peu le faîte d'Osmose : là, sont recueillies les gemmes d'un Rilke ou d'un Dylan Thomas ; ici, un Heidegger penaud écrit comme en l'exergue de son Holzwege (1949) : "... Dans la forêt, il y a des chemins qui, le plus souvent encombrés de broussailles, s'arrêtent soudain dans le non-frayé [...1, des chemins qui ne mènent nulle part." Klaus François Softimage, 3510 St- Laurent Blvd., Suite 400 - Montreal, Quebec, Canada H2X 2V2. Jacques Schérer, Le "Livre" de Mallarmé, Gallimard (1978). Martin Heidegger, Chemins qui ne mènent nulle part, col. Tel, Gallimard. Rainer Maria Rilke, Vergers, col. Poésie, Gallimard. Gaston Bachelard, Le nouvel esprit scientifique, col. Quadrige, PUE. >interactif n°9 Mai 1996 95



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