Univers Interactif n°9 mai 1996
Univers Interactif n°9 mai 1996
  • Prix facial : 30 F

  • Parution : n°9 de mai 1996

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Pressimage

  • Format : (204 x 265) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 79,5 Mo

  • Dans ce numéro : vous êtes tous des zombies... comment États, sectes, médias pratiquent le Mind-Control.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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société. L'idée même du "cyberpunk" est-elle morte ? Le "meme" a proliféré pour répondre à un besoin culturel. Un besoin que je ne peux pas définir. Là où je ne suis pas d'accord, c'est quand on parle du "mouvement" cyberpunk, ce qui sous-entend des connotations d'ordre politique, comme pour un Manifeste... C'est tellement formel. Je pense que "tendance" est beaucoup plus juste. Même chose pour le "Steampunk" ? C'est encore plus douteux pour le "Steampunk" car ça ne repose que sur un livre, qui jusqu'à présent n'a jamais été imité et qui a peu de chances de l'être. Vos premiers romans cyberpunks étaient pleins d'un esprit anarchiste, libertaire. Wired, quant à lui, fait plutôt l'apologie des yuppies modernes... Qu'en pensez-vous ? Mon roman le plus récent a un côté satyrique et ironique dirigé contre la culture Wired, celle du "Just Do It". Wired ne peut accepter l'idée d'un futur sans espoir. Je ne pense pas écrire des "dystopies", le contraire de l'utopie, le futur que je décris n'est pas totalement pessimiste : il y a tout de même quelques personnes qui restent humaines. John Bruner, qui est peut-être l'initiateur du cyberpunk, termine pratiquement toujours ses romans les plus pessimistes (Sur l'Onde de Choc, Tous à Zanzibar,...) par une fin heureuse : le monde est sauvé, une humanité nouvelle va pouvoir s'épanouir... Pensez-vous que l'ère cyberpunk soit une étape vers un futur meilleur ? Je ne suis pas "didactique". Je n'écris pas avec l'intention de délivrer un message. En fait, je définis ce que j'écris comme du "roman naturaliste"... Je crée des personnages qui, même s'ils utilisent des machines, agissent comme des êtres humains d'aujourd'hui. Il y a un "instinct" animal qui leur permet de survivre. L'humanité reste totale une fois l'homme absorbé dans la machine ? Oui. John Perry Barlow a écrit une Déclaration d'Indépendance du Cyberspace. Ne pensez-vous pas que votre "mythologie" a une influence sur ces gens là ? Eh bien... Ceci est en fait un acte de provocation politique. C'est très drôle, et Barlow sait que c'est drôle. Je suis content qu'il l'ait fait. On en a besoin. Le futur a la particularité de ne pas fonctionner comme l'on s'y attendait. Récemment, j'ai, lu un livre où l'auteur disait que nous avons probablement autant de chances de comprendre comment le monde sera dans cinquante ans que des timbres postes en ont de comprendre un aéroport. Je suis totalement d'accord. Mais vous rendez-vous compte que vous avez romantisé à outrance et que des gens se jettent maintenant corps et âme dans Internet, en oubliant 54 >interactif n°9 Mai 1996 souvent les problèmes de la vie courante ? Vous sentez-vous coupable ? Seulement envers mes lecteurs les moins intelligents. Dans mon nouveau roman, il y a une très forte réaction à cette approche naïve et romantique. J'ai toujours été étonné que des gens réutilisent les aspects romantiques de Neuromancer ; j'étais sérieux pour ce qui était du futur de la technologie, mais je n'ai jamais vraiment pensé que nous serions tous des Bruce Springsteen dans le cyberespace. Il y a le Rock'n Roll, et il y a la vie, ce sont deux choses différentes. Certains lecteurs ne le savent pas. WILLIAM GIBSO GRAVÉ SUR CHROME Vous dites que votre oeuvre n'est pas prophétique, mais de nombreuses personnes utilisent vos visions pour modeler le Net... Qu'en pensez-vous ? Je n'ai pas prédit Internet. Dans Neuromancien, le cyberspace est totalement corporate. Les seuls individus qui l'utilisent sont les cow-boys qui cherchent à pirater les forteresses de données. Internet a permis dès le départ à des gens disséminés dans le monde entier de s'exprimer dans le cyberspace. Et c'est plutôt bien. Le type de cyberspace du Neuromancien n'aurait pas été le signe d'une société particulièrement saine. Internet est fascinant. Un jour, peut-être, on pensera que l'avènement d'Internet a été aussi important que l'invention de la Cité. Internet, la Réalité Virtuelle, toutes ces technologies engendrent une déréalisation. Pensezvous que, comme dans les Synthérétiques de Pat Cadigan, lorsque la technologie nous permettra une connexion intégrale, nous perdrons totalement contact avec la réalité ? Je n'en suis pas sûr. C'est une idée séduisante, mais où cela nous mènerait-il ? La société n'a jamais été capable de laisser tomber une technologie. Il n'y a presque pas d'exemples de sociétés qui aient découvert une technologie tellement horrible, qu'elles décident tout simplement d'y renoncer. On devra vivre avec la technologie, qui est une chose plutôt neutre jusqu'à son utilisation dans un but précis. Les gens qui ont inventé la caméra vidéo n'avaient pas prévu l'industrie pornographique, les inventeurs des pagers ne pouvaient pas savoir à quel point ils seraient utiles aux dealers de crack... Je me fais plutôt du souci pour les découvertes scientifiques irrémédiables : un type invente un jour quelque chose, et tout d'un coup, tout est changé,
irrémédiablement. C'est le risque avec la nanotechnologie. C'est comme s'approcher d'un trou noir. Cela fait peur. Mais je crois plus probable que nous continuerons à notre façon, confuse et humaine, de faire avec la technologie plein de choses étranges, bonnes et mauvaises. Tout bouge, tout change, et ça ne semble pas devoir se ralentir, mais je ne sais pas s'il existe vraiment un axe général. L'idée du contrôle mental, la vision orwellienne, est intéressante. Orwell pensait que le pire serait d'être surveillé par son téléviseur. Alors que le véritable drame, c'est que vous regardez votre télévision, et le télé-achat. Et ça, Orwell ne l'aurait jamais inventé. Des pirates informatiques ont accepté, lors d'une récente convention, de travailler pour le gouvernement américain au nom du "patriotisme". Qu'est-ce que cela vous inspire ? Je n'arrive pas à le croire ! Initialement, le cyberspace était comme le far-west. Mais depuis dix ans, le chemin de fer est arrivé, les fermiers également. Le shérif n'était pas très loin derrière... Y-a-t-il une vraie culture informatique, ou bien les nerds ne sont-ils finalement que des gens avec des lunettes à verres épais, qui mangent des pizzas et aiment leur ordinateur ? C'est intéressant que vous formuliez la question ainsi. Car il n'y a pas de contradiction ! Il existe une culture de liberté et d'anarchisme chez des informaticiens lunetteux qui mangent des pizzas ! Regardez les petits jeunes qui gravitent dans des milieux informatiques undergrounds, et qui vident votre compte bancaire sans que vous ne les ayez jamais vus. Le problème c'est que lorsqu'ils grandissent, ils cherchent à ouvrir une société de sécurité informatique. Internet est-il la revanche des Etats-Unis sur le high-tech japonais, si prédominant dans vos univers futuristes ? Oh non ! Si les Etats-Unis avaient su qu'Internet se créait seul, ils auraient tenté de l'arrêter. Ils l'ont créé par erreur. C'était un accident. Ils ont créé un système qui ne peut pas être arrêté, qui ne peut pas être censuré, et qui est planétaire. L'attitude politique du gouvernement américain indique clairement qu'il ne savent absolument pas ce qu'est Internet. Ils sont complètement paumés. Partout dans le monde, on attribue au gouvernement américain beaucoup plus d'intelligence qu'il n'en a jamais eue. Ils opèrent avec une si complète ignorance que cela paraît machiavélique. Que pensez-vous des prophéties de Nicholas Negroponte ? Je suis allergique aux prophéties. Croyez-vous vraiment qu'un jour on se fera greffer des implants mécaniques ? Il n'y a pas de limites techniques, et il est possible que nos arrière-petits-enfants, lorsqu'ils nous verront, ne nous reconnaissent pas comme étant des êtres humains. Mais je crois que c'est grâce au Net que nous deviendrons réellement ubiquistes. D'ailleurs, nous le sommes déjà avec la télé. Je ne crois pas que la greffe soit nécessaire. Le métal dans le corps est une métaphore, je pense que l'on sera capable d'inventer des interfaces plus élégantes que le métal. Par contre, je peux faire une prédiction quant à la disparition des ordinateurs : ils seront tellement petits et disséminés, que tout sera fabriqué avec eux. Dans votre oeuvre, les coursiers sont des personnages centraux. Pensez-vous que l'ère cyberpunk est une ère de l'information au détriment de la communication ? C'est un domaine où mes prédictions n'étaient pas très bonnes. Il y a beaucoup de communications sur Internet. Des échanges se font constamment, aux quatre coins de la planète. Et c'est enthousiasmant. Où sont passés vos verres miroirs ? Je n'en ai jamais porté... >interactif n°9 Mai 1996 55



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