Qzine n°10 déc 14 à mar 2015
Qzine n°10 déc 14 à mar 2015
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°10 de déc 14 à mar 2015

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : Réseau des Jeunes LGBTI d’Afrique de l’Ouest

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 17,0 Mo

  • Dans ce numéro : amour, pratique révolutionnaire.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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brillantes personnes que nous sommes. Je sais qu’avec mon parcours dans le monde universitaire comme féministe, « womaniste », j’ai du me résoudre à affirmer mon identité en tant que afro-féministe. CertainEs sont choquéEs de découvrir qu’il existe même une chose comme le féminisme africain, étant donné que nous, les femmes africaines, sommes généralement les sujets des féministes occidentales tentent de « sauver ». Permettez-moi de m’arrêter ici et de dire que je ne veux d’aucune façon homogénéiser toutes les femmes africaines, je ne pense pas non plus que nous traversons toutes ces moments indicibles dans nos vies quotidiennes en tant que militantes. Il y a de multiples manières dont nous sommes poussées à cultiver et à redéfinir de nouvelles formes de militance. En outre, il n’y a pas de conceptualisation figée d’une femme africaine. Je reconnais que mon utilisation du terme « femmes africaines » limite les possibilités infinies de toutes les nuances qui s’associent pour façonner nos corps et esprits variés. Je sais qu’en adoptant un tel « Je reconnais que mon utilisation du terme « femmes africaines » limite les possibilités infinies de toutes les nuances qui s’associent pour façonner nos corps et esprits variés. » langage j’invisibilise toutes les parties de nous qui me rendent mal-à-l’aise lorsque je me retrouve exposée. Je crois cependant que le travail communautaire - les activités en collectif et l’activisme - est particulièrement difficile, compliqué par cette chose même dont nous sommes fières, notre identité africaine. Je ne peux pas dire que mon identité en tant que féministe africaine ne me fait pas réfléchir sur les outils dont je dois me doter pour militer, ou que l’amour est mon arme de choix à chaque fois. Il faut de l’amour, non filtré, non-craintif, du genre « supporter la douleur jusqu’au bout » pour demeurer dans cette lutte contre le patriarcat, la misogynie et tant d’autres formes d’oppressions viles. Quelles sont les utilisations de mes douleurs passées ? Comment puis-je rester tendre dans les moments indicibles ? Ces pratiques sont enracinées dans l’amour. L’amour pour mes ancêtres, mon peuple, ma communauté, le travail, l’objectif final, et moi-même. L’amour me soutient dans les moments difficiles où je me sens coincée et incapable de m’exprimer. Les façons dont nous nageons dans et hors de l’oppression, la façon dont nous marchons en eau trouble 26 Numéro 10, Décembre 2014 comme oppresseur. Il n’y a rien de pur ou de rangé dans nos identités, et donc nos interactions les unEs avec les autres ne peuvent non plus être perçues comme telles. Négocier des tensions, formulées ou tacites, ces choses laissées pour compte, non-dites ou inexprimées sont « Les voix des femmes qui continuent à endurer la réouverture de plaies en s’engageant dans l’activisme ne doivent pas être niées. » difficiles (Takemoto, 2001). Ça me rappelle que si une cicatrice peut être guérie, elle nous renvoie néanmoins à la plaie qui la précédait. Il semble y avoir là une réouverture permanente de la plaie (Takemoto, 2001). Les voix des femmes qui continuent à endurer la réouverture de plaies en s’engageant dans l’activisme ne doivent pas être niées. Les façons dont nous, les femmes africaines, prenons l’activisme, nous engageons à partir de zéro, est une merveille, un miracle. En négociant les blessures du passé, les traumatismes antérieurs, nous, en tant que femmes africaines, nous engageons dans la construction de solidarités à travers les différences, en cultivant véritablement de nouvelles façons de militer pour confiance et vulnérabilité. DANS SISTERS OF THE YAM (1993), BELL HOOKS PARTAGE COMMENT EN SE DÉPLAÇANT D’OBJETS MA- NIPULÉS À SUJETS AUTO- NOMES, LES FEMMES NOIRES ONT PAR NÉCESSITÉ MENACÉ LE STATU QUO. En s’engageant dans un activisme radical fondé dans l’amour, les féministes africaines ont perturbé les idées traditionnelles sur ce que signifiait s’engager dans l’activisme. Nous ré-imaginons les différentes possibilités de collaboration malgré les expériences négatives passées et continuons de créer de nouvelles formes de militance. En s’attachant à des pratiques qui ont cherché à (et continuent de) marginaliser les femmes africaines, certaines continuent à utiliser l’amour comme un outil de résistance politique et de survie. Le vrai travail dans lequel nous nous engageons est spirituel, les relations et la dynamique que nous entretenons doivent être fondées sur la spiritualité, dans l’amour. Selon bell hooks, l’amour est une combinaison de six ingrédients : attention, engagement, connaissance, responsabilité, respect et confiance. L’amour a une place dans Je dis oui à toutes les
émotions chaleureuses dans le travail communautaire, dans l’activisme et la construction de la solidarité, en particulier à travers les différences. Les émotions sont souvent écartées de la militance, dévalorisées et annulées. L’amour ne devrait pas être considéré en opposition et en conflit avec la logique et la raison. En effet, il (et son absence) est la raison de notre engagement en beaucoup de choses. Faire, vivre et incarner le féminisme, et se consacrer à créer des solidarités exige plus que ce qui saute aux yeux. Comment pouvons-nous nous avoir des conversations sur la solidarité sans parler de nos relations les unEs avec les autres ? La nature complexe de la construction de solidarités exige que nous interrogions en permanence ce que les autres abandonnent et cherchent à résoudre pour entrer dans de tels espaces. N’est-ce pas la tendresse en action ? Si le travail que nous faisons nous oblige à penser qui autorise l’accès à des personnes, quelles histoires ils/elles ont dites, la manière dont ils/elles les ont dites, et quelles histoires sont racontées ou laissées de côté, ne sommes-nous pas informées sur la façon de prendre soin des autres ? Le processus de guérison émotionnelle, tout en naviguant simultanément dans des espaces qui rouvrent nos blessures, exige à tout le moins un engagement, celui de faire confiance aux autres et nous-mêmes. Les pratiques de guérison émotionnelle devraient être liées aux pratiques de résistance politique (Glass, 2007). bellhooks dit que la guérison est « une guérison dans la plénitude, en s’éloignant de la conscience de soi comme brisée, et fracturée et cassée. Pas une guérison à la perfection, mais plutôt une acceptation qui dit que nous sommes, en notre cœur, tout de même essentiellement au milieu de nos défauts et nos blessures ». Les lieux de blessure, où le travail que nous faisons a lieu, les « vergers de pommiers » de nos vies peuvent aussi être des lieux de possibilités. En tant que femmes africaines nous continuons à nous engager dans l’activisme, même si cela nous blesse. Nous guérissons à travers les déclencheurs et nous ne sommes pas seules pour le faire. Je suis consciente de toutes les façons dont d’autres corps marginalisés, marqués par la société, résistent également et cultivent activement de nouvelles manières d’utiliser l’amour comme un outil pour militer. Les femmes Indigènes/Aborigènes/Inuits, les femmes avec des handicaps, à la fois visibles et invisibles, les femmes queer, les personnes au genre fluide/non-binaire s’attachent à créer de nouveaux récits dans des cercles militants. Je tiens à saluer les lesbiennes perçues comme hétéro, les Juives, bi-raciales et Métis perçues comme blanches, et les femmes trans perçues Numéro 10, Décembre 2014 27



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