Qzine n°10 déc 14 à mar 2015
Qzine n°10 déc 14 à mar 2015
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°10 de déc 14 à mar 2015

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : Réseau des Jeunes LGBTI d’Afrique de l’Ouest

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 17,0 Mo

  • Dans ce numéro : amour, pratique révolutionnaire.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Chère Tessa, Sous les torrents de cette nuit, je pense qu’il est temps de parler. C’est avec une grande patience délibérée que j’écris cette lettre. Je l’aurais écrite plus tôt, mais le temps m’en a empêché. Le ciel caché derrière ses couvertures grises a refusé de me donner des conseils et je n’ai pu prendre la décision toute seule. Je n’ai pas pu trouver les mots par moi-même. Je ne pouvais pas t’approcher sans médiation. Lorsque nous nous sommes rencontrées, j’avais senti les premières gouttes de la saison des pluies. C’était pour moi le moment le plus ultime, délicat et sensuel de l’année ; un temps qui m’a donné la possibilité d’aligner mon imagination avec des expériences réelles de toi et commencer la production de ce travail. J’aurais aimé que notre moment dure mais il y’avait trop de pluie. C’était beau mais cela m’a fait réaliser que mon approche était erronée. Dans le crépuscule de l’année lorsque j’ai vu la saison approchée de sa conclusion naturelle, je t’écris sans aucun désir sauf pour que tu saches enfin que je t’aime et que je suis désolée. Je t’écris en mémoire de l’époque 20 Numéro 10, Décembre 2014 Fiction SOUS LE CIEL DES ANTILLES De Amanda T. Mc Intyre & Photos de SteveHernandez où les mots étaient tout ce que je pouvais te donner, l’époque où les seuls engagements que je pouvais faire étaient verbaux alors que ce que tu voulais était le véritable règne d’un amour grandissant et en dehors d’une histoire mouvementée ; et non la saison des pluies de mon imagination. Je voulais nous créer un espace pour nous abriter, un endroit où nous pourrions glisser et faire l’amour sans interruption ; un espace comme un bar nommé « Temps et Lieu » hors de la route Est d’Arima où tous les clients sont des Sfemmes qui toastent à la vie posant leurs lèvres sur les bords humides des verres, enivrées par la désinhibition offerte par ce baiser. Un espace comme une nuit de Matikor qui va à l’infini, sans époux, sans expert encerclant comme un corbeaux attendant de foncer pour dévorer le nom de la femme et de régurgiter son cadavre animé dans l’après-vie de mariage ; pas de filles perdues à jamais ; seulement la plénitude et la vérité et la célébration ; la sécurité et la communion bénite des saints qui mangent la chair et boivent le vin du salut trouvé entre les jambes de l’univers divinement féminine ondulant dans l’extase d’un atmosphère saturée avec une énergie voluptueusement femelle. C’était de cette manière que mon esprit
distilla mes émotions crues pour produire un amour raffiné pour toi. Cette pratique de te traduire constamment en images est à la fois erronée et égoïste vu qu’il nous exposait à la forme la plus cruelle de la censure, la réalité. Je n’étais pas prête à faire face à cette vérité et en fin de compte je réalise maintenant que la seule façon par laquelle tu aurais pu t’engager étant toi-même, ta personne que j’ai fragmentée pour plus de commodité artistique ; était par antagonisme. Comment pouvions-nous savoir que cela causerait cet éloignement ? Quels étaient les signes ? Qu’est-ce qui nous avait faire croire que la pluie tombe du ciel à travers une sorte de dispositif magique ? Pardonne mon cœur qui aimait ce processus plus qu’il ne t’aimait, et je t’en prie pardonne toutes mes affections erronées encore confinées dans les limites fixées par cette langue. Une fois je fis un rêve et je m’y suis vue endormie. Je sortis de la chambre en y laissant mon corps et je suis allée faire les plus curieuses des aventures. Soudain je me suis perdue et devins anxieuse lorsque je m’en suis rendue compte. Désespérée, j’essayai de retourner dans ma chambre mais je m’étais réveillée avant d’y arriver. C’est de ce rêve de toi dont je suis en train de réveiller. Cette lettre est ma tentative d’enquêter sur ma conscience de toi toujours pas bien comprise et aussi tenter de résoudre simplement certaines vérités à la fin d’une saison d’amour ; la saison des pluies. Pardonne moi je t’en prie. Pardonne mon esprit pour les métaphores méticuleusement fabriquées qui séparèrent les parties d’une femme dont l’existence était la seule légitimité dont elle eut jamais besoin. Pardonne mon cœur qui aimait ce processus plus qu’il ne t’aimait, et je t’en prie pardonne toutes mes affections erronées encore confinées dans les limites fixées par cette langue. J’espère de tout cœur que mes paroles te trouvent en bonne santé et je prie qu’avec eux tu reçois ma paix en cette occasion. Sous le ciel des Antilles, Sirjane NOTES : Arima : Arima est un arrondissement dans l’Est de la Trinidad. Matikor : Dans la pratique de mariage traditionnel hindou longue de trois jours, Matikor est le nom donné à la première journée. Seules les femmes sont autorisées à participer au rassemblement dans la nuit de matikor. Les femmes âgées instruisent la mariée sur les questions sexuelles. L’enseignement se fait à travers l’humour, le jeu de rôle et la danse. C’est un environnement sexuellement ouvert dominé par les femmes. Courbeaux : Un oiseau apparenté aux vautours. Numéro 10, Décembre 2014 21



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