Question Psycho n°18 nov-déc 09/jan 2010
Question Psycho n°18 nov-déc 09/jan 2010
  • Prix facial : 4,90 €

  • Parution : n°18 de nov-déc 09/jan 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 43,4 Mo

  • Dans ce numéro : devenir autonome et croire en soi...

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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MA FAMILLE & MOI "Aujourd'hui, le corps parle de notre société" INTERVIEW MICHEL.A MARZANO À la fois signe et chose, l'objet par lequel nous sommes au monde n'a jamais autant fait parler de lui. Michela Marzano, philosophe et chercheur au CNRS, dirige pour les Éditions Autrement une toute nouvelle collection dédiée au corps, comme sujet de réflexion sur notre société. Elle décrypte le corps tel que nous l'appréhendons, le concevons, le vivons. Et balaye paradoxes et idées reçues. IMf§iffiNMfüfofü,. est docteur en philosophie et chercheur au CNRS. Spécialiste des questions éthiques liées au corps, elle dirige pour les Éditions Autrement une nou velle collection sur ce sujet. Elle est aussi l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Penser le corps (PUF), et La pornographie ou/'épuisement du désir (Buchet-Chastel). 80 Qu'est-ce que le corps aujourd'hui ? D'abord, qu'est -ce que le corps "dans l'absolu" ? C'est effectivement un point de départ, et c'est d'ailleurs celui de la collection. On a aujourd'hui souvent tendance à considérer le corps comme une sorte de signe, c'est-à-dire comme le fruit d'une construction et uniquement comme cela. Donc presque comme quelque chose d'artificiel. C'est une tendance qu'on observe dans tous les domaines, que ce soit auprès des juristes, des sociologues, des historiens, etc. Ensuite, on a une autre tendance, plus réductionniste, qui revient à dire que le corps n'est rien d'autre que le produit de la génétique. Je pense qu'il faudrait essayer de trouver un juste milieu pour essayer de trouver ce qu'est le corps sans effacer les deux aspects. Le corps humain est comme tous les autres corps un objet physique, mais à la différence des autres objets, il est ce par quoi un individu est au monde. C'est le substrat charnel de la personne. C'est par le corps et dans le corps qu'un individu est au monde, s'exprime, manifeste ses désirs, ses sensations, ses plaisirs, qu'un individu choisit parfois la direction dans laquelle il souhaite aller, et la voix aussi par laquelle il exprime ses malaises. Le corps humain est donc un objet d'une dimension "supérieure" ? Le corps, effectivement, a un lien à tout ce qui est génétique, biologique, mais a aussi un lien très fort au symbolique. Donc c'est vraiment le siège de l'humanité. Ce qu'il y a de très spécifique dans le corps humain, c'est que c'est un objet que l'individu a, comme n'importe quel
objet, mais c'est aussi ce que l'individu est. Par exemple je ne peux pas prêter ou vendre mon corps comme si c'était simplement une chose, parce que chaque chose que je fais à mon corps je la fais aussi à moi. Mais en même temps, l'individu ne se réduit pas uniquement à sa matérialité, justement parce que c'est aussi toute une série d'intentions, de volontés, de désirs, qui trouvent leur siège dans le corps mais qui vont bien au-delà du corps lui-même. De ce point de vue, le corps est à la fois un signe et une chose  : un symptôme - parce que c'est souvent par le corps qu'on exprime ses joies et ses malaises - et en même temps le corps a aussi un statut éthique, ne serait -ce que parce que c'est par son corps qu'un individu exprime sa subjectivité, et parallèlement s'exprime dans le monde, qu'il y agit, qu'il peut modifier le monde, et qu'il devient donc responsable de ses actes. Ceci explique qu'on doive aborder le corps sous plusieurs angles ? De ce point de vue le corps est un objet sur lequel on ne peut travailler qu'à partir d'une perspective multiple. C'est-à-dire que pour pouvoir parvenir à comprendre ce qu'est le corps, il faut parvenir à le regarder de plusieurs points de vue, essayer de les mettre ensemble, de les concilier, pour arriver à dire quelque chose du corps. Qu'y a-t-il de spécifique aujourd'hui dans la manière d'appréhender le corps ? Aujourd'hui, le corps nous parle de la société contemporaine, nous parle des normes sociales, culturelles, religieuses, morales, esthétiques, etc. Et donc travailler sur le corps nous permet d'avoir un regard spécifique sur la société d'aujourd'hui, et sur un certain nombre de problèmes ou sur un certain nombre de perspectives d'aujourd'hui. D'ailleurs, une collection sur le corps, c'est quelque chose à la fois de spécifique et très large. Spécifique parce que l'objet est le corps, et très large parce qu'à partir de cette focalisation sur le corps on va essayer d'aborder toute une série de questions contemporaines. Précisément parce que, grâce à un travail sur le "corps comme objet", on peut arriver à aborder toute une série de domaines qui parfois restent un peu cachés. Qu'en est-il des normes ? On peut parler de normes culturelles et sociales, de normes esthétiques, de normes religieuses, etc. qui en réalité, les normes ont toujours été là. À chaque fois qu'on a une société, il y a des normes pour la gérer, et d'ailleurs en l'absence de normes il serait difficile de pouvoir parler de société. Le problème est de savoir d'où viennent ces normes, comment elles se manifestent, et quelle est leur puissance ou leur violence sur le corps. Quelle est la spécificité d'aujourd'hui par rapport au passé ? Dans le passé, pendant des siècles, on a eu une prédominance des normes religieuses. Aujourd'hui, on n'a plus vraiment ce genre de normes - en réalité, elles sont toujours là mais ne touchent qu'une minorité - mais en revanche on a des normes esthétiques et éthiques qui vont beaucoup toucher le corps et qui sont particulièrement invasives. C'est-à-dire que ce n'est pas parce qu'elles ne relèvent pas de la religion qu'elles ne le sont pas  : elles le sont d'autant plus qu'elles se manifestent sous l'apparence de normes qui sont censées libérer. Sous l'apparence de la liberté, elles vont de plus en plus contrôler l'attitude et le comportement des gens. Pourquoi faire le lien entre normes esthétiques et normes morales ou éthiques ? Le concept de contrôle est central, tout simplement parce que c'est le concept-clef de la société d'aujourd'hui. Nous sommes dans une société du contrôle. Après des années pendant lesquelles le corps était considéré comme le négatif de toutes les valeurs, une sorte de prison de l'âme, aujourd'hui on lui donne beaucoup de place. Mais à quel corps donne-t-on de la place, et surtout quel est le corps qui exprime le mieux les normes d'aujourd'hui ? Le corps n'est 81



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