Question Psycho n°18 nov-déc 09/jan 2010
Question Psycho n°18 nov-déc 09/jan 2010
  • Prix facial : 4,90 €

  • Parution : n°18 de nov-déc 09/jan 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 43,4 Mo

  • Dans ce numéro : devenir autonome et croire en soi...

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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DOSSIER « Le regard des outres » 26 A Etre vu  : contrainte ou besoin vital ? Constamment posé sur nous, le regard des autres nous interpelle. Comme l'œil de Caïn, il semble nous épier, tenter de faire la lumière sur nous. Du coup, il nous dérange, mais comme aimantés, nous ne cessons d'être attirés par lui. Partagés entre le désir de lui plaire et le désir de lui échapper, entre narcissisme et complexe, face à lui nous ne sommes jamais pleinement nous-même et nous usons si besoin de quelques masques. Jusqu'où le regard des autres est-il nécessaire ? À partir de quand devient-il un danger ? Le point sur ce que nous apporte ou nous enlève le regard des autres. N oël a passé, puis le jour de !'An et enfin la Saint-Valentin. Les spots publicitaires, les messages radio, la voisine de palier nous souhaitaient à cette occasion de passer un joyeux Noël en "famille", un jour de l'an arrosé entre "amis", et puis un agréable week-end en "amoureux". Et nous nous disions  : "Faites que je ne sois pas seule ! " Etait-ce simplement pour ne pas déroger à la règle ? Ou étaitce parce que tout d'un coup, nous avions du mal à nous faire à l'idée que nous pourrions être seules ? Pourquoi ai-je tant besoin d'un parent, d'un ami, d'un compagnon ? Pourquoi, comme ce SDF que je croise chaque matin dans le métro, j'ai moi aussi besoin d'un sourire, d'un regard bien plus que d'une pièce de monnaie ou d'un ticket restaurant ? Être reconnu Tout simplement parce qu'à travers les autres, je me sens exister. De l'amour, à la reconnaissance, à l'affirmation, en passant par la capacité à faire un choix, à la liberté, à la créativité, tout ce que je suis en tant qu'être humain, tout ce que je puis, sentir ou faire, je le dois à l'autre. Sans lui, nous ne serions jamais pleinement conscients de nous-même. Nous serions comme ces enfants sauvages qui face au miroir ne se reconnaissent pas. Un homme à qui personne ne ferait appel manquerait à coup sûr de l'essentiel. C'est là toute l'histoire de Robinson Crusoé - conte sublime de la solitude. Privé des autres, celui-ci sent peu à peu qu'il perd de son identité, de ses possibilités, de son intégrité physique et morale. Jusqu'à l'arrivée salutaire de Vendredi, ô combien bénéfique, qui lui permet de redonner du sens à sa vie. Comme lui, enfant, adolescent ou adulte, nous attendons que quelqu'un - père, mère, ami, enfant, patron - daigne poser un regard bienveillant sur nous. Chacun de nous a besoin de rencontrer quelqu'un, de lui parler en toute confiance, de lui confier sa lassitude, ses ressentis, ses aspirations, ses doutes, d'être reconnu par lui et écouté, compris, accueilli et supporté, sans jugement ni récrimination. Vu et approuvé. Ce sont autant de besoins qui font du regard de l'autre une étape indispensable, si ce n'est vitale, dans la construction de notre propre existence. Et quel bonheur paradoxal que ce coup de téléphone qui vous fait lever au milieu de la nuit : "Accours ! J'ai besoin de toi". Besoin démesuré de plaire Mais voilà, si dès le début de notre existence, nous éprouvons le besoin d'être reconnus, d'être aimés, valorisés par nos parents et les personnes significatives de notre entourage, si nous attendons le sourire radieux, le regard ébloui, le son de la voix de maman ou de papa nous confirmer que nous sommes importants, précieux, chéris... Cela ne se passe tau-
jours comme nous le désirons. Et pour peu que nous ayons des professeurs, des patrons ou un entourage peu gratifiants, nous devenons des affamés, avides de combler tous ces manques premiers. Cela se traduit souvent, comme le souligne le psychosociologue Jacques Salomé, par une quête sans fin, une quête dans laquelle « nous nous mettons à attendre des manifestations de reconnaissance de la part de ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas nous en donner. Et le cercle est d'autant plus vicieux que même si nous recevons des marques d'attention et d'amour d'autres personnes, celles-ci nous paraissent sans valeur car elles ne viennent pas de ceux qui devraient, dans notre esprit, nous les donner ». Triste constat. Et pourtant les autres ne peuvent pas toujours nous donner ces marques d'attention ou d'amour que nous attendons comme un passe pour commencer à se construire. Et cela pour des raisons complexes, et notamment parce que les sentiments ne se commandent pas. De fait, si bien souvent nous sommes incapables de prendre soins nous-même de nos besoins - y compris celui d'être reconnu et aimé - nous nous installons dans une dépendance quasi obsessionnelle de l'autre  : du sentiment d'être regardé, quasiment épié à longueur de journée, d'être jugé, au sentiment de devoir absolument être parfait, à la peur de blesser, de déplaire, d'être rejeté, à la volonté de prouver qu'on est génial, indispensable, aimable, paré de toutes les qualités... Nous tentons de laisser une trace de quelque manière que ce soit, une bonne image de nous. Le travail de l'apparence Le mot est lâché  : il nous faut à tout prix donner une bonne image de soi. Et cela passe par l'apparence. Aux yeux de l'autre, une femme tente de paraître belle, intéressante, cultivée, sympathique... Et d'ailleurs, combien de fois le regard de l'autre ne nous a t-il pas fait changer d'attitude, nous redresser, passer d'une mimique idiote à un visage radieux et souriant ? Combien de fois ne me suis-je pas moi-même surprise à prendre des attitudes que je ne me connaissais pas, parce que quelqu'un d'autre m'observait ? Combien de fois ne nous nous sommes pas montrées plus séduisantes, aimables ? Quel étrange sentiment de dédoublement. Inutile de se le dire ! Nos comportements de tous les jours trahissent cette attention toute soudaine qu'on porte à soi-même, dès que quelqu'un d'autre est en mesure de nous observer. D'ailleurs, une grande partie de nos comportements sont souvent plus occupés à nourrir notre image qu'à tout autre chose. Se maîtriser, se surveiller, ne pas dire non, ressembler, appartenir à un groupe, être fidèle à ses codes implicites, boire, fumer comme les grands, porter le même pull qu'Emmanuelle Béart... sont autant de man1eres qui révèlent notre désir de faire plaisir ou de nourrir une image de soi positive. Nourrir, alimenter la bonne image de soi peut même devenir pour certains une activité à temps plein. Le corps souvent conserve les traces plus ou moins visibles de cette préoccupation centrale. Et comme à chaque époque, certains veulent absolument coller au modèle de perfection que véhiculent les médias, la société. À l'heure où les corps se découvrent à tous, exhibant leur nudité aux regards émoussés, s'ouvrant au milieu des magazines, s'étalant sur les affiches et les écrans, à l'heure où les filles apparaissent toujours plus minces, plus bronzées, plus parfaites... le corps revêt une importance toute particulière et ceci parce qu'il est porteur d'un message sur nous. Nous le cultivons à coup de crèmes innombrables, d'ascèses alimentaires, d'exercices physiques, voire d'opérations chirurgicales. Détecter la moin- 27



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