Pêche Mag n°18 2019
Pêche Mag n°18 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°18 de 2019

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : Fédération Nationale de la Pêche en France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 7 Mo

  • Dans ce numéro : nos territoires ont la pêche !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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22 FÉDÉRATION NATIONALE Sauvons l’anguille européenne ! Autrefois très abondante dans nos rivières, l’anguille européenne est en danger d’extinction. Pour cette raison, elle fait l’objet depuis dix ans d'un règlement européen et d’un plan national de gestion. S’il est prématuré de tirer des conclusions sur l’efficacité de ce plan car il dépend de la durée du cycle de vie des anguilles, le retard dans l’application de certaines dispositions compromet la reconstitution des stocks. Une exploratrice en danger L’anguille se reproduit en mer et grandit en eau douce, contrairement au saumon. L’espèce européenne effectue une longue migration à l’état de larve, depuis la mer des Sargasses jusqu’aux estuaires européens. Elle remonte le cours des rivières à l’état de civelle (alevin), et y grandit pendant 4 à plus de 10 ans. Elle effectuera le chemin inverse, Civelles N°18 Édition 2019 Fédération Nationale de la Pêche en France sous l'état d’anguille argentée, pour s’accoupler dans l’Atlantique. Sur nos côtes, dans nos estuaires et nos rivières, cet extraordinaire voyage est un parcours du combattant entre barrages, turbines hydroélectriques, pêcheurs, trafiquants, pollutions en tous genres et parasites. À tel point que sa raréfaction a débuté dans les années 1980, qu’un règlement européen pour la restauration des stocks d’anguilles a été publié en 2007 et que l’exportation de l’anguille hors des frontières de l’UE est interdite depuis 2010. Autrefois abondant, le stock d’anguilles européennes connaît un effondrement depuis les années 1980. M. Georgeon Quelles ambitions pour la gestion de l'anguille ? En France, un plan national de gestion de l’anguille a été élaboré en 2008. Il comprend des restrictions sur la pêche, des mesures sur les milieux et les ouvrages faisant obstacle à la circulation, ainsi que des opérations de transfert d’individus pour favoriser leur développement ou leur échappement suivant leurs stades. Si depuis dix ans des mesures sur la pêche sont appliquées, les quotas de civelles, très généreux au regard de l’état de l’espèce et les effets du transfert - qui coûte chaque année plus d’un million d’euros à la collectivité - restent peu connus. Les informations disponibles indiquent cependant une forte mortalité des anguilles transférées. Quant à la restauration de la continuité écologique, elle est largement en deçà des objectifs  : seuls 17% des ouvrages ont été équipés ou arasés sur les zones d’action prioritaire alors qu'ils auraient dû tous l'être dès 2015. Le marché de la civelle est l’occasion de trafics, dont la justice commence heureusement à se saisir Poursuivre la lutte contre le braconnage En 2009, la Fédération Nationale de la Pêche en France (FNPF) proposait un moratoire de toute pêche (amateur et professionnelle) et à tout stade de l’anguille (des civelles aux adultes). Ce moratoire, toujours exclu du plan, est d’autant plus crucial que le marché de la civelle est l’occasion de trafics, dont la justice commence heureusement à se saisir. Par une décision du 7 février 2019, le tribunal correctionnel de Nantes a statué dans le cadre d’une importante affaire de trafic de civelles impliquant une dizaine de personnes dont deux pêcheurs professionnels et un mareyeur. Grâce à trois années d’enquête de l’Agence française de la biodiversité, associée aux services douaniers et fiscaux, le tribunal a pu retenir la qualification de travail dissimulé et de trafic d’espèce protégée en bande organisée. Des peines allant jusqu’à un an d’emprisonnement ferme et 30 000 euros d’amende ont été prononcées. En outre, le préjudice écologique a été estimé à hauteur des gains établis (1), soit 280 000 euros, réparti entre plusieurs associations, dont la Fédération de la pêche de la Loire-Atlantique. « Les restrictions sur la pêche sont les seules mesures du plan qui soient réellement appliquées », regrette Jean-Paul Doron, 1er vice-président de la FNPF. « alors que la résorption des obstacles à la circulation des anguilles ou l’arrêt des turbines hydroélectriques qui font des ravages en sont encore à l’état d’études le plus souvent. Tant que la pêche est autorisée, comment contrôler les trafics ? L’espèce est en danger critique d’extinction selon l’Union Internationale pour la conservation de la nature  : donnons-nous les moyens de la sauver ! » (1) - Un kilo de civelles européennes peut atteindre 400 euros sur le marché européen et plus d’un millier arrivé en Asie.
Délit de silure ? Nuisible ou utile, le silure a ses détracteurs et ses défenseurs. À ce jour, les études existantes ne relèvent pas d’impact significatif sur le milieu aquatique. Au contraire, certaines montrent son innocuité, voire son rôle dans l'écosystème. Présent dans notre pays avant les grandes glaciations, il y a plus de deux millions d’années, le silure glane (Silurus glanis), le plus grand poisson d’eau douce d’Eurasie, a recolonisé l’Europe entre 14 000 et 3 500 avant J.-C. à partir d’une zone de refuge autour des mers Noire et Caspienne épargnées par le gel. Sous l’effet du Petit Age Glaciaire et probablement de la surpêche, le poisson avait disparu de nos rivières depuis 200 ans. Il y a été régulièrement réintroduit, dans plusieurs pays européens, légalement ou non, accidentellement aussi. Dès sa réapparition dans les années 1980, sa présence est l’objet de controverses, dans les assemblées générales des associations de pêche mais aussi dans les médias, en passant par le Sénat et le ministère de la Transition écologique et solidaire  : poisson trophée de passionnés, carnassier redoutable pour les autres poissons, symbole de biodiversité aquatique ? Le débat est vif. De nombreuses études ont donc été lancées, depuis quelques années, pour mieux connaître l’espèce, sa répartition, ses effectifs et ses véritables conséquences sur le milieu et les autres espèces piscicoles, notamment dans le bassin de la Garonne, le Rhône, la Saône et en Bretagne. « Sur le bassin versant du Rhône, avec un peu plus de 2 600 sorties pêche, plus de 17 000 silures capturés, près de 4 000 contenus stomacaux étudiés, 780 poissons marqués au cours de trois décennies, le jeu de données récoltées est sans égal sur cette espèce, explique Jean-Pierre Faure, directeur technique de la Fédération de la pêche du Rhône. Non seulement l’espèce n’occasionnerait aucune gêne sur les autres poissons de notre fleuve, migrateurs ou non, mais sa présence pourrait même contribuer à réguler celle d’espèces invasives comme le carassin argenté, les écrevisses américaines ou la corbicule (ou palourde asiatique). Sa capacité à consommer des grands cormorans en fait peut-être un auxiliaire de la régulation de l’espèce, FD69 aujourd’hui tentée par des tirs onéreux pour la collectivité. Il est aussi le seul poisson capable de se nourrir de ragondins et de tortues de Floride. Mieux encore, les gros silures étant cannibales, ils semblent bel et bien réguler leurs propres populations. » Utile, le silure, donc ? « C’est une espèce qui peut avoir un intérêt halieutique, ajoute Jean-Louis Molinié, président de la Fédération de la pêche du Lot-et- Garonne et de l’Union des fédérations du bassin Adour-Garonne (UFBAG). Il est consommé dans le bassin du Danube, où il est aujourd’hui aleviné tant on en pêche. Bien préparé, c’est délicieux ! L’étude que nous avons menée sur la Garonne avec l’Université de Toulouse (Ecolab) prouve une stabilisation des populations, comme dans le bassin du Rhône, contrairement à l’expansion exponentielle annoncée par certains. Localement, notamment au pied des barrages, les silures peuvent s’attaquer aux autres poissons dont les migrateurs, mais des solutions existent, au premier rang desquelles la restauration de la continuité écologique. Dans le cas du barrage de Golfech, où certains individus bloquent l’ascenseur à migrateurs, des solutions efficaces ont été mises en œuvre. » Le classement du silure en « espèce susceptible de provoquer des déséquilibres biologiques », demandé par les pêcheurs professionnels notamment, serait une erreur parce que celui-ci participe à la régulation de ses propres populations. La Fédération de la pêche du Rhône propose même de protéger les individus de plus d’1,70 mètre, vecteurs de cette régulation. « Il convient de poursuivre les études sur l’impact de l’espèce sur les poissons migrateurs, car, pour le moment, aucun élément objectif ne prouve son caractère nuisible », conclut Claude Roustan, Président de la FNPF. N°18 Édition 2019 Fédération Nationale de la Pêche en France 23



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