Le Rire n°360 25 déc 1909
Le Rire n°360 25 déc 1909
  • Prix facial : 0,20 F

  • Parution : n°360 de 25 déc 1909

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : F. Juven et Cie

  • Format : (226 x 302) mm

  • Nombre de pages : 16

  • Taille du fichier PDF : 32,3 Mo

  • Dans ce numéro : perplexité.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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LES GOSSES ASSASSINS — Voyez-vous ces moucherons ! Ça veut faire son Troppmannet ça massacre des demi-douzaines de personnes au lieu d'aller à la classe ! Je vais aller chercher monsieur Deihler pour vous tirer les oreilles... LE RIRE DE LA SEMAINE La scène se passe dans un cercle tout ce qu'il y a de plus vicieux. Une centaine de personnes des deux sexes, et même du troisième, contemplent avec un vif intérèt une demi-douzaine de jeunes femmes qui, vêtues d'un simple rayon de projecteur électrique, s'immobilisent sur la scène en des poses extrêmement esthétiques. Dans les coulisses, d'autres 0 artistes attendent leur tour... Elles sont un peu plus habillées  : l'une a un manchon ; l'autre des souliers de satin ; la troisième des chichis ; la quatrième a un grain de beauté ; la cinquième une couche de blanc gras ; quant à la sixième et dernière, elle lit Fantasio, ce qui lui cache toujours quelque chose... Nous sommes au Cercle des Etudes orientales, ainsi nommé parce qu'il ne manque ni de houris ni de chats. Soudain, apparait M. Soulières, chef de la brigade des jeux, flanqué d'un certain nombre d'inspecteurs. On lui a dit que les membres du cercle se livraient aux jeux du hasard autant qu'à ceux de l'amour. Il s'élance et ordonne  : — Je saisis tout, les enjeux et les cartes !.. Et, au milieu du tohu-bohu général, une des figurantes, qui est nue comme un discours d'arrondissementier, s'exclame  : — Les cartes ? je n'ai pas la mienne sur moi ! ** Innombrables sont les tripots où l'on tripote des dames de coeur en costume plus que sommaire... Sous prétexte de nu esthétique, de tableaux artistiques, d évocations athéniennes, des impresarii font payer très cher, à des marcheurs jeunes et vieux, sans parler des marcheuses — la vue de jeunes modèles qui ne sont pas des modèles de vertu... Chose étrange, c'est sous le couvert de la loi sur les associations que ces entreprises se sont créées et prospèrent en dépit des irruptions, d'ailleurs prévues, de la police. Celle-ci ne peut que saisir le matériel, que les tribunaux se voient obligés de restituer. Quant aux figurantes, elles reprennent la pose après le départ de M. Soulières  : la séance continue ! Il est vrai que cet excellent magistrat, que l'expérience a rendu sceptique, se tire d'affaire avec esprit. L'autre soir, il troubla une petite fête organisée dans un cercle élyséen où une bonne douzaine de nymphes se livraient à des ébats captivants devant un public très aristocratique. — Couvrez-vous, lui dit le président, vieux gentilhomme tereton. Et M. Soulières répondit en souriant  : — Que ces demoiselles me donnent d'abord l'exemple... t * Un procès vient d'être intenté au manager d'une de ces maisons discrètes, confortables et bien cllaufl'ees où des couples mystérieux peuvent aller s'isoler pendant l'après-midi, a l'heure coupable des adultères. Que reprochait-on à cet organisateur de rendez-vous plus ou moins bourgeois ? D'expédiér. sous simple bande, des prospectus trop aguichants... Voici, d'ailleurs, le texte de l'assignation  : Attendu ue ces circulaires ne laissent aucun doute sur la nature et le but du dit hôtel... n Que l'envoi de pareilles circulaires est, à l'égard des destinataires, une véritable injure, puisqu'il les suppose capables de fréquenter de tels etablissements. n Or, cette circulaire, je l'ai reçue, comme tout le monde. La voici, sauf l'adresse, dans sa teneur intégrale. C'est un curieux document sur la vie parisienne d'aujourd'hui  : PIED-A-TERRE Somptueusement meublé CHAMBRES IDÉALES PARIS-OPÉRA (IX'Arrt.) DEUX ENTRÉES Rue. Rue AVEC Cabinet de toilette et eau chaude sur lavabo et meuble intime LUXE, CONFORT ET HYGIÈNE COMBINES ASCENSEUR Chauffeur central—Éclairage électrique Téléphonie privée Salle de bains. Douches La maison, d'aspect bourgeois, sans enseigne apparente, avec ses deux entrées, est d'un aménagement intérieur très étudié, évitant les rencontres. Située dans l'arrondissement de l'Opéra, à deux. pas des g °ands boulevards et au milieu de rues s'entrecroisant et peu fréquentées, elle est la maison du genre la mieux comprise, la plus pais ble et la plus discrète du Paris-Central. CONSOMMATIONS DE MARQUES Pi ix des chambres  : 4 et 8 fr. Déjeuners et dïners sur commande Station de voitures à la porte Vous voyez, rien n'y manque... Remarquez qu'il s'agit d'une — Par pitié pour les cors de troupe, on va débarrasser nos militairF-s des « souliers de repos qu'on leur avait donnés. Ces « souliers de repos a, dit le rapport, les fatiguaient horriblement.
importante entreprise, avec capitaux, conseil d'administration et sans doute excellents dividendes. Ces sortes d'affaires prospèrent merveilleusement... Tout de même, si M. Cochery cherche des expédients pour boucler son budget, que ne va-t-il, en tout bien, tout honneur, frapper à la porte de ces établissements ? L'argent n'a fichtre pas d'odeur, surtout par le temps qui court. ** On ne peut imaginer la liberté d'allures et de moeurs qui règne de lus en plus dans des milieux qui naguère encore s'obligeaient à un certain décorum. Un mien ami — tout ceci est authentique — fonda naguère un Thé très élégant, aux environs de la Madeleine. Vous savez que la mode lance et abandonne « les maisons de thé » avec la plus capricieuse fantaisie. Avant-hier, on five-o clochait au R... ; hier, c'était auC... ; maintenant, c'est chez mon ami... Cela durera quelques mois, puis ce sera le tour d'un autre établissement. Je rencontre cet ami et lui demande des nouvelles de son entreprise. — Cela va, me répond-il... cela va... — Mieux que tu l'espérais ? — Autrement... — Que veux-tu dire ? — Voici  : quand j'ai lancé ma boîte, je comptais sur la clientèle des demi mondaines, cabotines, danseuses, etc. Ely bien, elles ne sont pas venues. Je ne « fais » que la bourgeoise, la vraie mondaine... - (tee n'est pas la même chose ! — En tout cas, cela y ressemble singulièrement.'l'u n'as pas idée de ce monde-là... Ces femmes honnêtes viennent prendre le thé dans mon établissement pour se faire « lever », telles de simples grues, et c'est à peine si elles y mettent plus de forme'. Voici le scenario de ces romans-express. Elles viennent toujours à deux. Installées devant leur théière et leurs toasts, elles s'orientent, lorgnent à droite et à gauche, jusqu'à ce qu'elles aient decouvert un monsieur convenable, — en apparence, bien entendu. Le monsieur s'aperçoit de l'intérêt qu'il suscite ; parfois, il a pris les devants... Télégraphie sans fil, sourires, etc. Le lendemain, les deux dames reviennent à la même heure, s'installent à la même table ; le monsieur aussi. Petits signes, messages portés par les serveuses, etc. Au troisième jour, c'est réglé, les dames t le monsieur P ennent le thé ensemble. Que se passe-t-il en- u LA VENTE DU MOBILIER DE L'IMPASSE MENTERIE On a dispersé des bois sculptes et autres, un lit à bateau (celui de la Tante Lit-Lit), des ficelles â peloter, des vessies-lanternes, de la parfumerie, et, annonçait le catalogue, des costumes de modèle et des ouvrages de dame. LES ÉPICIERS S'AGITENT — La moutarde leur monte au nez, alors voyez pruneaux, marrons, compote et marmelade...comichons !... Dessins de MEi'IVET. suite ? Le monsieur choisit-il, ou bien ?... je l'ignore. Mais l'aventure aboutit toujours, et rapidement ; je l'ai observé des centaines de fois... Le plus drôle, c'est que les dimanches, ces flirteuses à la vapeur et même à l'électricité reviennent chez moi prendre le thé, mais, cette fois, avec leur mari et souvent leurs enfants. — En somme, lui dis je, ta maison est un... N'achève pas, je devine. Tu as raison, mais cela n'empêche que ma clientèle est tout ce qu'il y a de plus chic Paris. Je pourrais te citer des noms, mais je suis lié par le secret professionnel... ** Il y a aussi les théâtres subventionnés qui, aux yeux du député Chastenet, ne valentas P mieuxque les galantes maisons de thé. l Et cet honorable demande que les subventions soient sérieusement diminuées... Jadis, c'était le père Michon qui, à chaque discussion du budget, montait à la tribune de la Chambre, pour réclamer la suppression du corps de ballet. 11 est bien certain que, pour un sévère moraliste, l'Opéra ne peut passer pour un temple de la vertu. Quoi qu'en dise Mme Régina Badet, la danseuse — et même la chanteuse et l'actrice — est quelquefois une « courtisane », comme l'affirment les Desgenais de province. Une ballerine de nos théâtres subventionnés gagne deux cents francs par mois avec ses jambes et cent mille francs par an... avec ses jambes aussi. Même, sur les scènes que nous envie l'univers, il arrive que certaines de ces dames et de ces demoiselles soient des Lais et des Phrynés plus ou moins athéniennes, mais fort complaisantes pour nos Périclès plus ou moins démocrates. Souvenez-vous de cette belle comédienne qui gagnait 220 francs par mois à la Comédie-Française et qui mourut à vingt-huit ou trente ans en laissant pour plus de deux millions de bijoux. Les moralistes ont d'ailleurs tort et NI. Chastenet se met le doigt dans l'oeil... Pourquoi la Répulique n'auait-elle pas ses galantes maisons officielles et subventionnées ? Ne faut-il pas que les monarques, nos hôtes, puissent y trouver de protocolaires amuseuses et nos ministres y pourvoir à leurs menus plaisirs ? Le corps de ballet, c'est l'Académie de l'amour ; aussi bien, on y voit des immortelles presque aussi jeunes que M. Lavisse et bien aussi chauves que M. Rostand. PICK-ME-UP.



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