Le Rire n°272 18 avr 1908
Le Rire n°272 18 avr 1908
  • Prix facial : 0,20 F

  • Parution : n°272 de 18 avr 1908

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : F. Juven et Cie

  • Format : (226 x 302) mm

  • Nombre de pages : 16

  • Taille du fichier PDF : 32,8 Mo

  • Dans ce numéro : le colin-maillard.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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la.rv.r. LE NU POURSUIVI AU THÉATRE — Maintenant que j'ai noté votre état civil et de nudité, pourriez-vous, mademoiselle, me dire quel rôle vous jouez dans la Revue ? — L'Académie Françoise... LES POTINS DE PARIS Par SNOB Cela devient une gageure ! Les directeurs de théâtres avaient exhumé l'ordonnance du 24 octobre 1760, non abrogée, disant  : 0 Nul ne peut avoir le chapeau sur la tête, dès que la toile est levée, » ordonnance corroborée par l'article 88 du ler septembre 1898 : aI1 est défendu de troubler la représentation ou d'empêcher les spectateurs de voir ou d'entendre le spectacle ; » alors, ces dames ont imaginé de porter des chapeaux plus grands que jamais. Maintenant la calotte, qui était plate, s'est élevée de cinquante centimètres audessus du niveau de la mer, et, sur cette calotte — à bas la calotte ! — on a planté des panaches gigantesques qui rappellent ceuxu'on arborait jadis sur les colbacks des tambours-majors de la de garimpériale. Or, une femme peut-elle s'asseoir à l'orchestre avec un chapeau monumental, alors que l'homme coiffé d'un simple bonnet de soie serait passible d'expulsion ? Vraiment, devant l'inertie des pouvoirs publics, il nous semble que l'heure du lock-out a sonné. Sous prétexte de galanterie exagérée — oui, madame ! — nous arrivons à nous laisser molester d'une façon ridicule. Qui sait si l'expédition du Maroc, â défaut d'autres avantages, ne va pas ramener la mode des bonnes mœurs orientales, vous savez, l'homme à califourchon sur le petit âne, et la femme suivant à pied,Çavec un paquet sur la tête ? En attendant, on nous a raconté qu'à la revue du Châtelet, deux messieurs placés derrière deux chapeaux extravagants, et désireux de lorgner Mue Félyne, — ah ! que je les comprends ! — s'aperçurent que quatre places situées devant les gênantes spectatrices, étaient libres. Ils les louèrent au bureau, et, de la, se rendirent aux halles, et choisirent quatre forts » auxquels ils remirent les fauteuils, sous la seule condition de venir les occuper, en restant couverts de leur énorme chapeau professionnel. Bien entendu, de tumultueuses réclamations se produisirent ; on expulsa les forts », mais aussi les depx dames aux grands chapeaux. L'histoire est amusante, si amusante que je doute qu'elle soit vraie ; et, du reste, tandis que les spectateurs se promenaient aux balles à la recherche de leurs quatre forts », ils voyaient encore moins la revue que s'ils étaient restés au Châtelet. Cependant, la révolte devient le plus sacré des devoirs. Mesdames, vous abusez, et toute action amène une réaction. Les femmes objecteront certainement que l'article 88 a été rédigé par des hommes et regretteront, une fois de plus, de ne LE DIRECTEUR. - Nous voilà propres ! Ce coup-lâ va enlever â nos maisons ce qu'elles avaient de public. pas voter. Dernièrement, une petite affiche verte — couleur d'espérance — s'étalait sur les murs, en attendant le bariolage des elections municipales. I1 y avait  : LE SUFFRAGE DES FEMMES. Votez, faites voter pour les conseillers qui ont émis un voeu pour que les femmes soient électrices. Les femmes électeurs seraient mieux rétribuées (I) ; leurs facultés d'épargne (! !) rendront possibles toutes les réformes, etc. Il est évident qu'une personne qui met quinze louis à un chapeau-phénomène doit avoir des _facultés d'épargne tout à fait particulières. D'ailleurs elles votent déjà pour les conseils des prud'hommes, et les couloirs des mairies ont été, toute la semaine dernière, parfumés de l'odor di femina. Elles venaient retirer leur carte — attendez ! — leur carte d'électrice, et voteront en juillet prochain. Joséphine-Prudhomme deviendra une variante au type classique créé par Henri Monnier. On pourrait peut-être les appeler des prud'femmes mais c'est un titre bien difficile à porter, même en voyage. Mme Gould en sait quelque chose. Au fait, le fameux mariage se fera-t-il, ou ne se fera-t-il pas On ne parlait guère d'autre chose dans les tribunes des sociétaires, au Concours hippique. Il y avait déjà rupture entre Mme Gould et sa soeur, au sujet de cette union. Son frère Georges aurait également pris parti contre elle et protesterait contre les incessantes visites du prince à l'hôtel de New-York. Les exécuteurs testamentaires exigeraient que les intentions du papa Gould soient respectées. Si Mme Gould épousait le prince, elle ne pourrait plus prétendre qu'à trente-sept millions cinq cent mille francs au lieu de soixante-quinze millions. C'est encore un joli denier qui permettrait le beau geste, surtout si l'amour s'en mêle  : L'amour est enfant de bohème Qui n'a jamais connu de loi. Le coeur a des raisons que ne comprennent pas les financiers, et peut-être vaut-il mieux avoir une chaumière confortable avec trente-sept millions cinq cent mille francs, qu'un grand Trianon avec soixante-quinze millions. Et voilà comment, sur les rastaquouères, Courent des potins extraordinaires ! Le théâtre de la Porte-Saint-Martin a fait renaître la question du Chevalier d'Eon. Etait-ce un homme, une femme ou un Auvergnat ? Les mémoires du temps semblent bien affirmer que Charles-Auguste-André-Timothée d'Eon était bien un homme, et rappellent l'aspect ridicule que présentait cette grosse dame,
i Depuis que Potin a paru avec suce ès sur la scène du Théâtre- Français aux côtés de Mmtl Bartet, Dranem veut absolument donner la réplique â Mui Sorel et Jeanne Bloch demande â « entourer » Mounet- Sully. à la cour du roi Louis XVI. Elle portait fort mal le costume féminin. Mais qui saura jamais le sexe exact de fi petit Janote, l'inquiétante petite vieille qui, l'autre soir, aux Capucines, s'exhibait dans une loge, avec un si étrange veston de drap noir, avec col et manchettes d'homme ? Les descendants de la famille d'Eon continuent cependant à, affirmer qu'Eon était une femme. fi Si l'incertitude peut planer sur son sexe, c'est que notre arrière-grand-aïeul, son père, avait tellement envie d'avoir un fils qu'on n'a pas osé lui dire que c'était une fille. » Mais ce père de famille n'a donc jamais eu l'occasion de mettre son enfant sur le pot, ni l'idée de s'assurer de visu de son sexe ? Si c'était un curieux papa, ce n'était certes pas un papa curieux. Pour « petit Janot », peut-être le fils du maréchal-duc avait-il lui aussi, envie d'avoir un garçon, pour continuer à palper le majorat ? Cela expliquerait le mystère et les allures de l'horribe petit coq-d'Inde qui lorgnait si ardemment Mire Polaire moulé dans son costume indien. A ce propos, Mme Elbere-No a inventé une nouvelle science, la glossomancie  : l'art et la manière de juger les femmes, comme elles le méritent, rien que d'après la forme et la dimension de leur langue. La glossomancie mène à la linguistologie, nouvelle méthode de divination dont voici les bases  : tire-moi la langue et je te dirai qui tu es. Longue, la langue indique la franchise ; courte, la dissimulation  : large, l'expansion (coloniale ?). Longue et large implique bavardage intense, franchise jusqu'à la naïveté, inconséquence. Longue et pointue, une franchise relative  : on pense ce que l'on dit sans toutefois dire ce que l'on pense. Courte et étroite, ruse et mensonge, impénétrabilité et prudence. C'est ce qu'on appelle la langue de la diplomatie. Jusqu'ici les médecins seuls s'étaient servis de la langue pour tirer leur diagnostic et savaient, au besoin, dire, comme le personna e de Molière  : Et voilà pourquoi votre fille est muette. Désormais tout contrat de louage un peu sérieux devra être précédé d'une mutuelle inspection de langues. Ce ne sera peutêtre pas très idyllique pour une première entrevue, mais ce sera nécessaire. Et quel remords pour ceuxui n'auraient pas employé ce moyen si simple, et qui écriraient ensuite, dans les douloureuses confessions qu'un journal du matin consacre au divorce  : fi Ah ! si j'avais mieux connu la langue de ma femme, tout cela ne serait pas arrivé ! e Et, pendant ce temps, des gens graves s'obstinent à enseigner aux perroquets notre belle langue et à leur apprendre « le français tel qu'on le parle Vous avez lu, en effet, qu'il existe au Grand-Montrouge une école destinée aux perroquets qui désirent s'instruire en l'art de la parole. Il y a trois méthodes, comme il y a deux morales. La première consiste à seriner (sic) le perroquet, par M. Jaurès ou tout autre orateur. La seconde consiste à charger un perroquet parleur de faire la leçon aux jeunes écoliers. La troisième consiste à se servir d'un phonographe, qui, par sympathie sans doute, module ses phrases avec les intonations gutturales du perroquet. Maintenant, me direz-vous, quelle utilité y a-t-il à ce qu'un perroquet dise  : « Bonjour, Jacquot. Ra-pa-ta-plan. Portez armes ! » et débite des phrases sans les comprendre ? Je ne sais, mais Mile Thérèse Berka joue bien la comédie. Cela me rappelle cette baraque de la foire de Neuilly où un banquiste montrait un phoque parleur. C'était au moment de la guerre du Transvaal, et le tenancier demandait à son phoque  : — Préférez-vous les soldats anglais ou les combattants du Transvaal ? Et le phoque répondait  : brrrrrioin ! — Vous l'entendez, messieurs, continuait le bonhomme, il préfère les combattants du Transvaal. Et la foule applaudissait. Comme au temps de la Pompadour... ** II y avait une fois un ministre très puissant qui fit entrer de force, à la Comédie-Française, une artiste mûre, sans beauté, et sans talent, mais qui avait l'honneur de partager sa couche. M. Jules Claretie accepta l'artiste imposée, mais ne lui confia que peu de rôles. Et voilà pourquoi il serait question de remplacer p, M. Claretie, sur legrand desir du ministre qui a tout promis, la tête non pas sur le billot, mais sur l'oreiller. Il y avait une autre fois, un ministre un peu moins puissant, mais puissant tout de môme, qui était du dernier lié avec une grande cantatrice, 1 mètre 80, dont le prenom fleure comme une bouffée de printemps. Cette cantatrice s'était brouillée avec M. Gailhard qui la trouvait un peu grande pour lui. Le ministre, toujours la tête sur l'oreiller, promit le m lacement du directeur. Et voilà pourquoi l'habile Gailhard voyage au Maroc, tandis que la nouvelle et inhabile direction dévore ses com mandites. Oh 1 l'oreiller 1... SNOB. PAROLES DE PAIX DE MAÇON — Je ne comprends point que vous ayez l'âme assez truelle pour fermer votre chantier â une centaine de braves ouverriers qui travaillent â eux tous comme un seul homme ! Dessins de MÉTIVET.



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