Le Rire n°238 25 aoû 1923
Le Rire n°238 25 aoû 1923
  • Prix facial : 0,75 F

  • Parution : n°238 de 25 aoû 1923

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : F. Juven et Cie

  • Format : (226 x 302) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 42,4 Mo

  • Dans ce numéro : Joseph et Madame Putiphar.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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y 35 DEGRÉS A L'OMBRE Afi.rr Lx PRISONNIER. - J'en supporterais bien cinq de plus, mais au soleil ! Dessin de H. MIRAUDE. 8N MIME TEMPS Nous parlions de mufles. C'est un sujet inépuisable. Un petit vieux monsieur qui avait l'allure grise des courtiers marrons nous raconta alors ceci  : — Je connais un mufle, qui est un assez joli échantillon de mufle ; -il s'appelle Yves Euriensavoir. Il est devenu mufle vers l'âge de trente ans ; avant c'était un petit garçon tout ce qu'il y a de gentil, mais vers trente ans il s'est enrichi tout d'un coup ; il n'en faut pas plus pour faire un mufle. C'était l'heureuse époque des spéculations illicites. Yves vendit des marchandises qu'il n'avait pas encore et qu'il se proposait d'acheter avec de l'argent qu'il n'avait jamais eu. I1 devint millionnaire en moins de temps qu'il n'en faut à un spéculateur pour passer de son bureau A une cellule de la Sauté. « Les millions venus, il attrapa la muflerie comme on attrape une maladie de peau. Du temps qu'il se croyait voué à une honnête médiocrité, il avait épousé une petite femme gentille de figure et pas plus bête qu'une autre ; quand il eut gagné une malhonnête richesse, il fit de la pauvre petite une vraie dinde. Une vraie dinde, messieurs, qui se donnait l'accent anglais pour se faire passer son accent de Montmartre, qui se trempait les doigts dans le vernis jusqu'à la deuxième phalange et qui aurait donné je ne sais quoi,.— c'est-à-dire  : je sais bien quoi, au contraire, — pour fréquenter chez des duchesses. Quelle pitié ! Nous l'appelions la Carafe, parce que Yves avait commencé par la bourrer de diamants, bien entendu, et elle portait un bouchon dans chaque creux d'oreille. Comme façon de vivre, tout le diable et son train. Appartement somptueux, avenue du Bois, — la Carafe appelait ça un flat ; seulement elle le prononçait avec l'accent de la Butte, ça faisait tout de suite moins chic, — bureau d'affaires sur les grands boulevards, auto de Monsieur, auto de Madame, et tout un sixième de larbins, sans compter les Limousins, déguisés en généraux ou en sous-préfets, qu'il avait dans son antichambre sous le nom de garçons de bureau. Dans son bureau, il fallait voir comme il vous recevait ! Il vous envoyait dans la figure des grosses bouffées de son cigai e à bague, et parce qu'il s'enfonçait dans son fauteuil en bois e a mettant les deux pieds sur sa table, il se croyait le genre amn,- ricain. D'ailleurs, dans son bureau, il ne vous y recevait pas comme ça ! Oh ! mais non !... Ce que ça peut être bête, un homme ! ll voulait épater le monde, voyez-vous. Il voulait la faire au monsieur débordé, pour qui la journée est trop courte, et qui ne peut vraiment pas satisfaire à tous les rendez-vous qu'on lui demande. Si vous aviez à lui parler de quelque affaire, il fallait solliciter une audience, et il ne fallait pas croire qu'il vous — Et comme plat maigre ? LB FAROUCHE BOLCHEVIK. — DOIInez-moi des poissons rouges 1 Dessin de Roger PRAT. UN CONVAINCU Î ks1
répondait  : u Eh bien, après-demain, à trois heures, à mon bureau ; > il avait trouvé mieux que ça. 11 était parti du principe d'après lequel les plus graves affaires se traitent en mangeant. N'est-ce pas, les grands businessment, —comme disait la Carafe, sont tellement occupés. qu'ils ne'peuvent se joindre qu'à l'heure du déjeuner. Et comme c'est américain ! Pas de temps de perdu, mangeaille et galette, deux choses faites à la fois. Ça c'est moderne ! Et comme ça fait important ! Yves ne faisait plus ses affaires autrement. Il répondait aux demandes de rendez-vous  : « Le 5 courant, h6h. Io, chez Julien, coiffeur, rue Le Peletier.. Il arrivait chez le coiffeur en coup de vent, serrait la main à la personne à qui il avait donné rendezvous  : « Ah ! vous êtes là, bonjour, mon cher ; je n'avais que cette minute de libre dans la journée. Racontez-moi vite de quoi il s'agit pendant que Julien me fait la barbe. > Et il s'asseyait lisait un rapport financier pendant qu'il était sur le fauteuil. Il ne répondait pas, parce que le dentiste lui disait  : « Ne fermez pas la bouche. Gardez la salive, « mais il écoutait et il discutait en crachant ses petits cotons et ses bouts de ciment dans l'entonnoir. « Tout enfin. Il « recevait n en achetant des fleurs, en commandant des chaussures, en essayant ses costumes, en prenant des bains. Il croyait nous épater, nous autres, les pauvres bougres. 11 nous énervait surtout. Mais un jour, nous avons eu le sourire, parce que noms avons appris une histoire. Il était en affaire avec un jeune homme très VACANCES A DOMICILE L'ALPINISME LES BAINS DE MER LA PÊCHE A LA LIGNE silr le fauteuil, levait le menton, et il fallait qu'on lui explique tonte sa petite histoire  : « J'ai en magasin un lot de toiles d'avion, de première qualité... pendant que le coiffeur lui promenait le rasoir sur les joues. Il vous répondait  : u Non, ou  : « Je suis preneur, nà travers la mousse du savon. Les jours où il avait besoin de se faire couper les cheveux, ce n'était pas un rendezvous qu'il donnait, c'était trois ou quatre. 11 faisait une affaire pendant la coupe, une pendant le shampooing, une pendant la friction et une petite pendant le brûlage des cheveux. Les gens attendaient leur tour, tranquillement. Le coiffeur avait l'amabilité de leur prêter des journaux illustrés. 11 ne se bornait pas à utiliser le temps du coiffeur. 11 faisait ses affaires partout où il avait besôin d'aller. Quand il devait consulter son docteur, c'était au moins dix personnes qui entraient dans le bureau du médecin  : il donnait des audiences, eu attendant son tour. Chez le dentiste, la mUae çihose ; on lui Dessin d'Arsène BRIVOT. bien, qui portait un très beau nom, un marquis ma foi  : il voulait lui faire présider je ne sais quel dangereux conseil d'administration. Le marquis n'avait pas encore dit oui. « Or, un soir, tout à fait classiquement, Yves rentre chez lui, ayant manqué un train, et trouve dans son lit le marquis. et la Carafe qui avaient l'air de jouer tous deux à qui serait le plus déshabillé. Voilà Yves qui commence une jolie colère. Mais le marquis lui fait placidement  : — Ah ! bonjour. mon cher. Je suis heureux de vous voir. Je sais que vous vouliez me parler, et comme on m'a dit que vous n'avez jamais une minute libre dans la journée, je suis venu vous attendre dans votre lit. Votre femme a bien voulu me tenir compagnie. Asseyez-vous donc et expliquez-moi tranquillement votre affaire pendant que je continuerai à faire ce que je faisais. Je trouve comme vous que le temps est précieux et qu'on peut bien traiter les affaires en faisant autre chose,., 131 4UBy.



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