Le Rire n°208 27 jan 1923
Le Rire n°208 27 jan 1923
  • Prix facial : 0,75 F

  • Parution : n°208 de 27 jan 1923

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : F. Juven et Cie

  • Format : (226 x 302) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 43,6 Mo

  • Dans ce numéro : ça ne se refuse pas !

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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LES BONS COMPTES — Sacré vaurien, maintenant qu'elle va être mère, tu reprends ta parole ? — Oui, je reprends ma parole, mais je lui donne un fils  : elle n'y perd point. Dessin de M. SAUVAYRS. EN CONSEIL DE GUERRE A coup sûr, il n'y avait pas à plus de dix lieues à la ronde une plus mauvaise bête que la Roisin, ni une plus disgracieuse. Taillée à coups de hache, plate comme une limande, barbue comme un sapeur, elle faisait peur aux mâles les plust, déjetés et, en dépit de tout le bien qu'elle possédait au soleil, il ne s'était jamais trouvé un gars assez hardi pour prétendre à sa main, même au temps, déjà lointain, où la jeunesse lui prêtait encore un je ne sais quoi de presque féminin. Aujourd'hui c'était, avec sa quarantaine bien sonnée, la plus hargneuse vieille tille de tout le canton. Cristi ! les faisait-elle pivoter les malheureuses u drôlières » que leur infortune avait fait tomber en ses pattes à la louée de la Saint-Jean I Au reste, aucune de ces pauvres servantes n'avait pu tenir plus de trois mois dans l'enfer qu'était pour elles le mas des 1-forets avec une telle bourgeoise. Du matin au soir, la chipie ne décolérait pas, ne cessant de grogner que pour jeter ses ordres avec l'amabilité d'un adjudant de bataillon  : Eh ! la drôlière, va-t'en vouèr à soigner les bêtes ! — Traînée, as-tu donné la glandée aux cochons ? — Si c'est pas malheureux de vouèr une varmine comme c'telle-là qui mange à s'en étriper ! Allez, tire-tè de c'te table et va-t'en vouèr à baratter un peu mieux qu'à &matin ! Avec ça la main leste, et ne regardant pas à une tiretarrière. Bref, à ce régime aucune ne résistait. Un beau jour la drôlière en service plantait là ses torchons, lâchait la queue de la poêle, et annonçait  : — Ah ! la bourgeoise,'noué, j'en peux pus, j'sis barlue, faut charcher une nouvelle ! Et sa semaine ou son mois payé, elle décampait au plus vite, d'autant que depuis la guerre, on trouvait, au chef-lieu, de bonnes places dans les usines de munitions. Quant aux valets de ferme, ceux-là, bien avant que de partir au front, ils avaient à tout jamais déserté les l-lorets, n'aimant point à se laisser tarauder par une fumelle pareille. Et c'est ainsi que pour l'heure, la Roisin se voyait seule à la fenaison que menaçait la chaline. Courageuse cependant, et dure à la besogne, elle se multipliait, faisant l'ouvrage de trois hommes, soignant la terre et les bêtes. Ce soir-là, le soleil déjà couché, elle s'en revenait au mas les reins cassés par une journée de dur labeur sous un soleil de plomb, et songeant avec aigreur à la soupe pas cuite, et aux cent petits travaux domestiques qui la tiendraient encore debout, bien après le coup de dix heures. Et voilà que soudain, en longeant la haie du petit enclos, elle butta dans un corps étendu tout de son long. — Allons bon ! grommela-t-elle ; encore un pochard du bourg qui s'en est venu cuver son vin jusqu'ici ! Et, heurtant le dormeur (le son sabot de frêne  : — Holà ! ! l'homme, faudrait vouèr à vous réveiller, d'autant pus que les nuits sont fraîches et qu'vous pourriez prendre le mal ! Puis, comme rien ne bougeait  : — C'est-y q « 'vous êtes sourd ou qu'vous t'nez à c'que j'lâche les quiens ? S'étant penchée, elle secoua l'homme et le retourna face au ciel, pour le lâcher aussitôt avec un cri d'effroi, car le pâle visage entrevu dans la broussaille de la barbe inculte était couvert de sang. L'homme cependant se redressait, chancelant. Il expliquait confusément, commuent, à demi mort de faim, il était venu choir là, le front fendu d'un coup de trique par le maître du mas voisin, près duquel il était venu mendier un quignon de pain. La Voisin, méfiante et cupide de son naturel, eut pourtant un mouvement charitable  : APRÈS LE CENTENAIREL.1) L — Comment, nous n'honorons pas nos gloires nationales ?... Mais, tenez, monsieur, moi, par exemple, j'ai à cœur de ne vendre que du lait pasteurisé. Dessin de MARS-TRICK.
RESTAURANT DE NUIT — Enfin, avouez-le ! Ça n'est plus un coup de fusil, c'est un coup de canon ! Dessin de DHARM - Ben, entrez chez moué ; vous mangerez la soupe et dormirez c'te nuit dans la grange. D'main au jour, on voiral... Près du feu de sarments à la lueur duquel elle ravaudait ses bas, la Roisin, maintenant, regardait le chemineau qui, repu, crevant de fatigue, ronflait écroulé au bord de la table. — Sûr, ronchonnait-elle, qu'c'est encore quèquc prop'à rien d'fainéant d'la ville.. D'Inatn matin, j'l'enverrai s'faire pendre ailleurs... avec un quignon... tirais quand il aura, comme de juste, fendu mou bois... Mais d'où qu'y peut ben v'nir c'paroissien-là. ? Et comme la veste de velours du dormeur affilé bâillait, la Roisin attira à elle un portefeuille crasseux Un livret militaire en loques, des lettres, une permission périmée lui apprirent que Jean Aujar était un déserteur du ne colonial. Tout de suite son plan fut fait de le livrer aux gendarmes, après l'avoir, comme de juste, fait travailler tout son saoul. Debout au lever du jour, une surprise la cloua sur le seuil de sa porte. L'homme, depuis longtemps réveillé, avait déjà soigné — Que fais-tu là, bandit ? — Heu ! heu !... Je cherche un appartement. les deux vaches et garni leur râtelier, et maintenant, à grands coups, en homme habitué à son maniement, il jouait de la hache et fendait les lourdes bûches. La soupe les réunit, au cours de laquelle la Rollin posa ses conditions  : il travaillerait aux Horets comme valet de ferme en échange de sa pitance et des soins qu'elle donnerait à ses hardes, sans quoi... elle « le donnait » à la prévôté, et le faisait passer au Conseil... C'était le bagne, le poteau peut-être... Suant la peur, l'homme acquiesça et ce fut à son tour de mc ler la vie de galère des drôlières envolées. Aux champs, à l'étable, à la grange, au cellier, il lui fallait peiner sans trêve ni merci, et quand, exténué, il soufflait un moment, c'était pour entendre la mégère lui répéter son refrain menaçant  : — Allons, fainéant, travaille... ou tu vas au Conseil ! Quelques jours se passèrent de la sorte, et voici que, peu à peu, à voir sans cesse ce gars solide à ses côtés, la Roisin sentit quelque chose de bien confus encore s'éveiller en elle. Sa voix se fit moins rude, en même temps qu'elle se surprenait à considérer avec plaisir ce mâle sans cesse au travail. Tout un vieux regain de jeunesse fermenta en elle, et, certaine nuit, n'y tenant plus, elle souleva le loquet de la grange où, perdu dans le foin, l'homme berçait ses rêves de miséreux, se colla sans bruit à ses côtés, et soudain le saisissant à plein bras, collant sa bouche moustachue à ses oreilles. — Allons, `faignant, haleta-t-elle... ou j'te fais passer au Conseil !.. Quand elle rouvrit les yeux fort tard, un rayon de soleil glissait dans la grange par la porte entr'ouverte. Près d'elle, il n'y avait plus personne, tuais un bout de papier sur lequel un crayon malhabile avait tracé ces mots  : — Tout, mais pas ça, j'préfère le front... et j'remonte en ligne ! THISTAN-LE—ROUX. UNE MAUVAISE EXCUSE Dessin Je Roger PRAT.



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