Intelligence Magazine n°3 mar/avr/mai 2015
Intelligence Magazine n°3 mar/avr/mai 2015
  • Prix facial : 6,80 €

  • Parution : n°3 de mar/avr/mai 2015

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 29,4 Mo

  • Dans ce numéro : le sommeil et ses secrets... comment le cerveau se régénère ?

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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de physique en 1933, a dit : « Si Dieu existe, il est sans aucun doute mathématicien ». Rien ne nous interdit de le penser. Contrairement à la cosmogonie, la cosmologie s’affranchit de la métaphysique et de la religion. Néanmoins, vous ne cessez de revenir à l’idée d’une autorité supérieure, pas forcément divine cependant. Cela ne rentre-t-il pas en contradiction avec la pensée scientifique ? Igor : Nous ne faisons pas appel au divin mais aux notions d’ordre et de cause. Nous nous interrogeons de manière très simple sur ce qui a précédé le Big Bang. Tous les physiciens sont d’accord sur le fait qu’il y a eu un déferlement d’énergie dans un vide primordial il y a treize milliards et huit cent vingt millions d’années. La question qui se pose est de savoir d’où vient cette énergie ? Comme toujours lorsqu’on interroge un système physique, il faut toujours qu’il y ait une cause pour engendrer la production d’un phénomène. Puisqu’il y a un phénomène qu’on appelle le Big Bang, il faut qu’il y ait une cause, une origine à ce phénomène. Pensez-vous que l’univers est né par hasard ou êtes-vous proche d’Einstein lorsqu’il écrivait que « nous dansons tous au rythme d’un air mystérieux joué au loin par un joueur de flûte invisible » ? Grichka : Absolument. Nous pensons cela très profondément. L’Univers n’est pas né ou livré au hasard comme certains scientifiques l’ont soutenu. Quand on observe le début de l’Univers et son évolution, on voit bien que tout est réglé de manière très précise et que le scénario cosmologique fait qu’après treize milliards et huit cent vingt millions d’années après le début nous sommes là aujourd’hui. L’Univers est fabuleusement ordonné et cet ordre ne concède rien au hasard. A partir de là, on comprend que l’Univers a un sens même s’il reste énigmatique. Nous savons juste qu’il évolue selon une complexité croissante et qu’en perdant de l’énergie, il acquiert de l’information. Cette explosion de la complexité correspond tout simplement à l’information de l’Univers luimême, car nous ne sommes rien d’autre, au fond, que l’Univers lui-même en train de prendre conscience de sa propre évolution et de devenir de plus en plus complexe. Quel est le sens de cette évolution ? Nous n’en 12 INTELLIGENCE MAGAZINE ENQUÊTE BIG BANG & MYSTÈRES DE L’UNIVERS savons rien. Pas plus qu’on ne sait qui est l’auteur des lois qui ont fait que l’Univers a obéi depuis le Big Bang à un scénario d’une précision vertigineuse. Nous vivons un moment particulier, et peut-être charnière, avec la divulgation des résultats de la mission du satellite Planck imaginée dans les années 1990 dans le but de cartographier et analyser le rayonnement fossile, la première lumière émise dans l’Univers il y a environ quatorze milliards d’années. Qu’attendez-vous de ces dernières observations ? Confirment-elles certaines de vos intuitions ? Igor : Grâce au satellite Planck, nous pouvons photographier de manière précise ce fameux rayonnement fossile, cette première lumière. Ce satellite peut lire Intelligence Magazine à plus de mille kilomètres de distance. Il est capable de ce genre de prouesses (rires). Plus sérieusement, ces résultats confirment deux choses. La première est très importante et nous l’avions prédit dans nos thèses. Elle concerne la topologie de l’Univers. Jusqu’à Planck disons, on pouvait penser que l’Univers était plat, que sa topologie ressemblait à une sorte de surface à trois dimensions étendue à l’infini. Nous avons toujours soutenu l’hypothèse selon laquelle l’Univers n’est pas plat mais sphérique. Lorsque l’on dit sphérique, c’est une sphère à trois dimensions dont l’intérieur serait la quatrième dimension, c’est-à-dire le temps, le temps réel dans lequel on vit. L’extérieur (qu’Einstein appelait l’Ailleurs) c’est le temps imaginaire. Ceux qui continuent à s’opposer Certaines de nos idées mettent à mal les frontières selon nous trop étroites de la physique théorique d’aujourd’hui. (Igor Bogdanov) à l’idée d’un Univers sphérique vont être contredits par les données du satellite Planck et seront un peu comparables à ceux qui, au Moyen-Âge, s’opposaient à l’idée que la Terre était ronde. La deuxième chose que l’on attend des résultats du satellite Planck est la résolution d’un mystère, ce que l’on appelle une anomalie et qui est apparue dans le cadre de l’observation début 2013. Les astrophysiciens ont constaté une sorte de dissymétrie entre l’hémisphère Nord et l’hémisphère Sud de l’Univers au moment où il devient transparent à la lumière, en l’an 380 000. En effet, l’on constate que l’hémisphère Nord est légèrement plus froid que l’hémisphère Sud. Cela pose une question qui n’a pour le moment pas été élucidée. Nous avons quant à nous une hypothèse qui est que cette dissymétrie est en quelque sorte la trace observable de phénomènes qui se sont produits avant même le Big Bang. Selon nous, au temps de Planck, a eu lieu une sorte de brisure de symétrie primordiale entre les dimensions d’espace et la dimension du temps. En réalité, ce qui était au départ parfaitement homogène et symétrique au temps zéro est brisé lorsque l’on passe de zéro à l’échelle de Planck. Nous pensons que cette explication va être consolidée. A cet égard, en mars 2013, George Efstathiou, astrophysicien à « L’Univers n’est pas né ou livré au hasard comme certains scientifiques l’ont soutenu ».
l’Université de Cambridge et membre de la mission Planck, a déclaré que selon lui, cette anomalie renvoyait à des phénomènes qui se sont produits avant le Big Bang. Depuis vos débuts, l’un des enjeux majeurs de vos ouvrages est de rendre disponible et intelligible au plus grand nombre des discours scientifiques souvent opaques. Etant donné la complexité des phénomènes qui l’explique, est-il sincèrement possible de comprendre la théorie du Big Bang en trois minutes, comme le suggère le titre de votre livre ? Grichka : Il y a deux réponses à apporter à cela. Tout d’abord, il est vrai qu’Igor et moi avons pris beaucoup de temps pour apporter des débuts de réponses. Dix ans pour les comprendre, trois minutes pour les faire comprendre (rires). Nous pensons en effet qu’en trois minutes, nous pouvons faire passer un message très simple. Il existe aujourd’hui un sondage qui montre qu’aux Etats-Unis, un américain sur deux ne croit pas au Big Bang et donc pense que l’Univers est éternel. Si avec notre livre, nous pouvons faire comprendre que l’Univers n’est pas éternel, ce sera déjà une petite victoire. Nous attachons une grande importance à la dimension pédagogique de notre travail. Le message lui-même peut se résumer en trois minutes. Comment expliquez-vous que votre travail de vulgarisation qui connaît un vrai succès auprès du grand public a suscité par ailleurs une grande méfiance, voire de la controverse de la part de la communauté scientifique ? Igor : Tout d’abord, nous ne sommes pas issus du sérail de la science, mais davantage de celui des médias, ce qui n’est jamais très bien vu par les scientifiques. Le fait que nous ayons été et sommes toujours fortement médiatisés contribue à les cabrer. Deuxième raison, nous avons été les premiers (les scientifiques le savent et cela les agace un peu) à nous aventurer dans cette région qui est celle de l’avant-Big Bang dans nos thèses de doctorat. Personne ne l’avait fait avant nous et peu de gens le font aujourd’hui. Cela engendre beaucoup de débats et de contestations. Cela, on le vit tous les jours. Enfin, il y a des conséquences dans nos travaux qui sont d’ordre métaphysiques et qui peuvent gêner certains. Quand nous disons que la ENQUÊTE BIG BANG & MYSTÈRES DE L’UNIVERS matière n’est pas tout, et qu’avant la matière il y a autre chose qui n’est pas matériel, nous mettons en quelque sorte fin au règne du matérialisme. La science fonctionnant sur un protocole matérialiste, il y a donc là quelque chose de profondément gênant pour les scientifiques. Le fait que nous soyons à la fois présents médiatiquement, mais aussi tenaces et rationnels dans notre explication, tout cela engendre des crispations. Mais tant mieux ! Certaines de nos idées mettent à mal les frontières selon nous trop étroites de la physique théorique d’aujourd’hui. La communauté scientifique a-t-elle connaissance de vos idées ? Grichka : Quand vous allez sur le site du satellite Planck, il y a désormais une rubrique qui concerne l’avant-Big Bang, ce qui était impensable avant que l’on passe par là. Petit à petit, les scientifiques les moins prisonniers de leur conservatisme vont dans notre sens. Je pense que dans les dix ans à venir cette distance avec la communauté va se réduire, notamment au vu des progrès engendrés par les grands instruments. Par ailleurs, si vous Nous devons nous interroger sur ce que sera l’humanité dans vingt ans lorsqu’elle sera confrontée à une machine capable de penser. (Igor Bogdanov) « La vraie démocratie aujourd’hui est celle du partage du savoir et non celle du pouvoir ». allez sur internet et que vous tapez dans votre barre de recherche « initial singularity » en anglais, il est amusant de voir que la première entrée sur laquelle vous arrivez concerne un de nos articles. Paru en 2001 dans une revue de physique théorique à comité de lecture, cet article arrive en tête - en fait en numéro un - des quelque huit millions d’articles consacrés à la singularité initiale de l’espace-temps. Depuis maintenant quinze ans ! C’est aujourd’hui l’article le plus téléchargé de la revue. Cela veut dire que discrètement, sans le dire, les scientifiques commencent à s’intéresser à notre travail. Le ton de votre livre, ainsi que celui du cd audio qui l’accompagne, semblent promouvoir l’idée que la connaissance même la plus complexe peut être rendue accessible mais aussi que les voies pour y parvenir peuvent être divertissantes. Igor : Tout à fait ! Nous souhaitons faire jouer à fond notre engagement démocratique. La vraie démocratie aujourd’hui est celle du partage du savoir et non celle du pouvoir. Ce partage doit se faire selon certaines modalités y compris, et peut-être en premier lieu, selon les formes les plus attractives qui sont celles du divertissement. Nous connaissons bien cela après dix ans passés sur TF1. Nous savons comment faire vibrer des réalités à l’horizon pour qu’elles soient agréables à voir. La connaissance est le fruit du partage et des interactions. Nous voulons faire ce que ne font pas les scientifiques. INTELLIGENCE MAGAZINE 13



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