Francs-Jeux n°618 1er mar 1973
Francs-Jeux n°618 1er mar 1973
  • Prix facial : 1,25 F

  • Parution : n°618 de 1er mar 1973

  • Périodicité : bimensuel

  • Editeur : Francs-Jeux

  • Format : (186 x 274) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 28,5 Mo

  • Dans ce numéro : spécial Berry.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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CHEZ L'ARTISAN Le Berry, très traditionnel, abrite encore de nombreux artisans. Ceux-ci, passionnés de leur métier, ont bien voulu se laisser photographier et vous expliquer comment ils réalisent les objets utiles à la vie de tous les jours ou comment ils distillent l'alcool à partir des vignes du Sancerrois. Avec une a gouge -, le sabotier creuse l'intérieur du sabot. Ensuite, il sera décoré et verni. Nombre de paysans en portent toujours dans les fermes. La terre de la Borne, à base de grès, se prête particulièrement à la poterie et attire de ce fait, des potiers du monde entier. Ici, travail au tour. L e bouilleur réalise encore de l'eau-de-vie à partir de marc de raisin ou de prunes fermentées. Le voici, surveillant la température de son alambic. Le tonnelier, installé à son chevalet.. rabote la « douve », une des planches qui constituera le corps du tonneau. Ensuite il assemble les douves en les maintenant par des cercles de métal. Il leur donne une forme bombée en chauffant le bois de l'intérieur. 11
Texte  : Lainel de la Salle, d'après el* une légende berrichonne. Dessin  : Catherine Beaumont. Il y a de cela bien longtemps, un pauvre bûcheron qui habitait près d'un vaste étang au milieu duquel s'élevait un bois de chênes, avait l'habitude de se rendre dans cette île pour y ramasser des branches mortes pour garnir son bûcher. Un jour qu'il se livrait à ce travail, il ne fut pas peu étonné de rencontrer dans une clairière de la forêt un énorme amas de serpents, dont les corps emmêlés, noués les uns aux autres, formaient une affreuse boule vivante, qui se mouvait lentement et de laquelle s'échappaient des sifflements stridents. Un point brillant scintillait à la surface de cette boule, et il semblait qu'il allait toujours grossissant à mesure que les sifflements des reptiles augmentaient d'intensité. Lorsque ce point brillant eut atteint le volume d'un œuf, tout bruit cessa ; les corps des serpents se détendirent, s'allongèrent et se WAVAWAVAWAVAVA laissèrent aller, un à un, sur le sol, comme brisés par la violence des soubresauts auquelle ils venaient de se livrer. Bientôt, il ne resta plus qu'un serpent monstrueux qui, roulé sur lui-même, formait le noyau de la boule. Sur son front resplendissait un énorme diamant. Loin de rester comme ses frères étendu sur la terre, il déploya rapidement ses anneaux et se dirigea, tête levée, vers le lac. Arrivé là, il laissa tomber son diamant sur l'herbe qui tapissait le rivage, plongea sa tête dans les flots et but avidement et longtemps. Cela fait, et le diamant ayant repris sa place sur son front, le monstre gagna l'orée de la forêt et disparut dans ses sombres profondeurs. Il• était déjà loin que l'oeil, guidé par les feux qui jaillissaient de sa couronne, pouvait encore suivre, à travers l'épaisseur des halliers, sa marche sinueuse. Ce spectacle merveilleux fit, on le croira sans peine, une impression bien vive sur l'esprit du pauvre bûcheron. Il abandonna aussitôt son travail, s'achemina vers le batelet qui l'avait amené dans l'île, le détacha de la rive et reprit, tout rêveur, le chemin de sa cabane. A partir de ce moment, il n'eut plus qu'une idée en tête  : s'emparer du diamant. Comment mettre son projet à exécution ? Plus il y songeait, plus cette conquête lui paraissait pleine de dangers, voire impossible. Retrouvât-il jamais le serpent dans des circonstances pareilles à celles où il ne l'avait encore rencontré qu'une seule fois, nul doute qu'il lui serait impossible de mettre la main sur le diamant sans être aperçu par le monstre, qui, alors, le poursuivrait jusque sur le lac, ferait chavirer sa barque aussi facilement qu'une coquille de noix et le dévorerait. Quelque tristes, désespérantes, que fussent les conclusions de toutes ses combinaisons, il n'en persista pas moins dans son hardi WAVAWAVAVAWAVAY 12 dessein. A force de le ruminer, de le sasser et ressasser, il en arriva à se persuader qu'au moyen d'un grand et solide tonneau auquel il adapterait une porte qu'il pourrait ouvrir et fermer à volonté, il viendrait à bout de mener son entreprise à bonne fin. Il se mit sans retard à l'oeuvre, et aussitôt cette singulière embarcation terminée, il la hissa sur'son bateau, la dirigea vers l'île et l'amarra sous le vent qui soufflait de ses bords. Après quoi il s'enfonça dans le bois, se mit en quête des serpents, battit, fouilla dans tous les sens, et fourrés et clairières, sans parvenir à ce qu'il cherchait. Combien d'excursions il fut ainsi dans l'île — toutes aussi infructueuses les unes que les autres — nul ne saurait le dire. Loin, toutefois, de perdre espoir, il s'acharna tellement à son idée que bientôt il ne se passa plus une seule journée sans qu'il se rendit dans la forêt. Enfin, au bout d'un an, jour pour jour après celui qui lui avait enlevé tout repos, ses voeux furent exaucés  : il revit les serpents !... L'étrange spectacle auquel il avait assisté se reproduisait dans ses détails les plus minutieux  : serpents enlacés en boule, sifflements aigus, diamant radieux, rien n'y manqua. Sitôt qu'il vit le serpentroi se détacher du groupe et s'avancer majestueusement vers le lac, il le suivit avec résolution, tout en se dissimulant derrière le tronc des chênes. A peine le dragon a-t-il confié son diamant à la verte pelouse et dardé sa langue enflammée vers les flots que le bûcheron s'élance, se saisit du trésor tant désiré et s'enfuit vers son tonneau. Au moment de s'embarquer, il découvre avec surprise et satisfaction qu'il n'est point poursuivi. Il n'en met pas moins de hâte à s'éloigner de ces bords, car déjà il entend venir de la forêt des sifflements épouvantables auxquels un puissant bourdonnement sert de base continue. Bientôt aussi, l'horrible tête du dragon apparaît au-dessus de la cime des plus grands arbres ; elle s'agite dans tous les sens, vomissant des torrents de flammes et de fumées. Mais il, est aisé de juger aux mouvements saccadés et incertains du monstre, qu'il ne sait de quel côté



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