Direct Soir n°732 30 mar 2010
Direct Soir n°732 30 mar 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°732 de 30 mar 2010

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 275) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2 Mo

  • Dans ce numéro : Jalil Lespert, talent brut

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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6 EN COUVERTURE JALIL LESPERT SUR TOUS LES FRONTS Aussi discret que talentueux devant et derrière la caméra, l’acteur s’est imposé comme l’une des valeurs sûres du cinéma français. Il est demain à l’affiche de « Lignes de front ». Vous êtes acteur, réalisateur et scénariste. Est-ce une volonté de connaître le cinéma dans son ensemble ? Jalil Lespert : Pour moi, tout est abordable de la même manière. Avoir plusieurs casquettes me permet d’approfondir mon art. De plus en plus, les acteurs de ma génération ont cette envie de passer devant et derrière la caméra. Je devrais tourner mon prochain film d’ici à cet hiver. Il s’agira de l’adaptation du dernier roman d’Olivier Adam, Des vents contraires, une très belle histoire sur la solitude d’un père de famille. Etes-vous très exigeant dans le choix de vos rôles ? J.L. : C’est important de ne pas multiplier les projets. Je me rappelle que Nathalie Baye me disait que le métier d’acteur est ainsi fait. J’avoue que je ne suis pas boulimique. J’ai commencé ce métier jeune, j’ai 33 ans, et je compte bien continuer longtemps ! Quand on a 20 ans et qu’on est catalogué jeune premier, on est toujours cantonné dans le rôle de débutant, un peu naïf. La maturité offre des rôles plus profonds, l’éventail de choix est plus large. Ménager sa monture permet de mieux gérer ces rôles quand ils arrivent. Y a-t-il un rôle que vous rêvez de jouer ? J.L. : J’aimerais bien un rôle de vrai salaud, je pense que je le jouerais très bien ! Il y a REPÈRES NANA PRODUCTIONS/SIPA ACTEUR ➔ Révélé en 1999 grâce au film Ressources humaines (photo) de Laurent Cantet pour lequel il reçoit le césar du meilleur espoir masculin, Jalil Lespert ne quitte plus les plateaux de cinéma : Sade (2000) de Benoît Jacquot, Le petit lieutenant (2004) de Xavier Beauvois ou encore Le promeneur du Champ-de-Mars (2004) et Le voyage en Arménie (2006) de Robert Guédiguian. Il sera à l’affiche du prochain film de Julien Leclercq, BARUCH RAFIC L’assaut. Dans Lignes de front, l’acteur interprète un journaliste confronté au génocide du Rwanda. un vrai plaisir à incarner quelqu’un de profondément mauvais. Le rôle de De Niro dans Les nerfs à vif doit être une expérience enivrante. On ne vous l’a jamais proposé ? J.L. : Mon prochain rôle s’en approche. Je vais tourner, en France, dans le prochain film du réalisateur chinois Lou Ye, dans la peau d’un type pas très bon sous tous rapports. Que vous a apporté votre participation à la série Pigalle, la nuit ? J.L. : J’avais adoré le travail du réalisateur Hervé Hadmar dans Les oubliées, sur PELE GWENDAL/SIPA France3. Le scénario de Pigalle, la nuit était de grande qualité et correspondait bien à la volonté de Canal+ de relancer la fiction française, avec une liberté de ton et de sujet. On est plus proche des séries américaines que de Julie Lescaut. Je me suis tellement éclaté que je suis resté sur place pendant toute la durée du tournage. Etes-vous toujours partant pour la deuxième saison ? J.L.:A priori, oui. Je n’ai pas encore lu le scénario, mais on retrouvera le même univers, marqué par la mise en scène d’Hervé Hadmar, avec cette touche de fantastique. RÉALISATEUR ➔ En 2007, Jalil Lespert signe son premier long métrage, 24 mesures, dans lequel il met en scène Lubna Azabal (photo), Bérangère Allaux, Benoît Magimel ou encore Sami Bouajila. Présenté à Venise, le film évoque les destins croisés de quatre jeunes la veille de Noël. Le cinéaste devrait prochainement débuter le tournage de son prochain film inspiré du dernier roman d’Olivier Adam, Des vents contraires. « AVOIR PLUSIEURS CASQUETTES ME PERMET D’APPROFONDIR MON ART » TPS/ISIMON ISABELLE/SIPA Directsoir N°732/Mardi 30 mars 2010 Comment avez-vous appréhendé votre rôle dans Lignes de front, qui se déroule pendant le génocide rwandais ? J.L. : Si tous les rôles apportent quelque chose, le fait de faire un film est devenu secondaire pour Lignes de front. On est face à un sujet marquant, humainement. A l’un des acteurs rwandais sur place, j’ai expliqué que je ne savais pas comment jouer une scène très marquante. Il m’a tout simplement dit : « Quelle prétention tu aurais eu si tu m’avais expliqué que tu savais exactement ce qu’il fallait faire ! » C’est le propre d’un génocide d’être inimaginable. Surtout, ce rôle fait réfléchir sur la place du journaliste, son impact sur l’opinion publique. Peut-on vraiment rester neutre face à un génocide ? Change-t-on de métier dès qu’on s’implique, comme le fait mon personnage, tiré de l’expérience personnelle du réalisateur Jean-Christophe Klotz ? La caméra peut-elle servir de bouclier pour se protéger ? Pour ces raisons, était-ce un tournage particulier ? J.L. : Le Rwanda est un pays magnifique, un véritable jardin d’Eden. Si on ne sait pas ce qui s’est passé, on ne peut pas l’imaginer. Les gens vivent ensemble malgré tout, essaient de reconstruire le pays de façon exemplaire, mais les blessures sont encore palpables. Lors du tournage, les langues se sont déliées. On sent cette souffrance, beaucoup de gens ont perdu tous leurs proches. Mais les personnes présentes se sont habituées au tournage. Depuis le génocide, de nombreuses équipes sont venues filmer. Mais des psychologues sont toujours présents. Sur le tournage de Lignes de front, des personnes ont craqué, à deux reprises, car certaines scènes les ont replongées dans l’horreur, de manière physique. SCÉNARISTE ➔ Multipliant les expériences artistiques et scéniques, l’acteur et réalisateur est également scénariste. En 2004, il se prête à ce jeu à l’occasion de la préparation de son court métrage, De retour. L’histoire relate les retrouvailles chaotiques d’un jeune homme auprès de sa famille et de ses amis, deux jours après sa sortie de prison.
www.directsoir.net Le film Une plongée dans l’enfer du génocide ➔ Le réalisateur Jean-Christophe Klotz n’en est pas à sa première réalisation sur le thème du génocide rwandais, une catastrophe qui a débuté en 1994 dans l’indifférence générale et qui, en trois mois, a fait près de 800 000 morts. Après un premier reportage au moment des événements, diffusé dans la foulée sur France 2 (Rwanda, la vie en sursis), il réalise le documentaire Kigali, des images contre un massacre, signant son retour dans Après la série télévisée Braquo de l’ex-flic Olivier Marchal, la première saison de la série Pigalle, la nuit, diffusée aussi sur Canal+ fin 2009 et dont la suite est en cours d’écriture, a connu un formidable succès tant auprès du public que des critiques. Le comédien Jalil Lespert y joue le rôle de Thomas, un trentenaire à la recherche de sa sœur Emma (Armelle Deutsch), mystérieusement volatilisée. Dans cette immersion au cœur du quartier chaud de la capitale, il croise la route de Nadir (Simon Abkarian), propriétaire de clubs. La diffusion des deux premiers épisodes a permis d’atteindre une part d’audience auprès des abonnés de 18,5%, soit 1,2 million de téléspectateurs. « C’est la deuxième meilleure audience historique derrière Braquo pour le lancement d’une série de fiction française, se félicite-t-on à Canal+. Avec Pigalle, la nuit, la fiction française, après Braquo, XIII, et Engrenages, le pays dix ans après le génocide. Lignes de front, très largement autobiographique, lui permet de clore, grâce à la fiction – seul biais pour exprimer sa vérité – ce travail de témoignage. Dans ce film, très original dans la forme, le journaliste indépendant Antoine Rives (Jalil Lespert, qui trouve là un de ses rôles les plus marquants) tourne un reportage sur les rapatriés du Rwanda. Il rencontre Clément (Cyril Gueï), un étudiant rwandais qui veut TÉLÉVISION « Pigalle, la nuit », histoire d’un succès CHIFFRES CLÉS 8 ÉPISODES de 52 minutes constituent la première saison de la série télévisée Pigalle, la nuit diffusée fin 2009 sur Canal+. Thomas (Jalil Lespert) recherche sa sœur. réalise une performance supérieure à celle de la plupart des grandes séries américaines. » Avant de signer la première saison de Pigalle, la nuit, le réalisateur Hervé Hadmar avait déjà tourné Les oubliées, pour France 3, en 2008. Une série onirique au côté obscur, « dans laquelle Jacques Gamblin interprète un gendarme insomniaque hanté par la disparition de jeunes filles dans le nord de la France », explique Marjolaine Boutet, historienne spécialiste des séries télévisées, dans son ouvrage Les séries télé pour les nuls (éd. First). 14 BARUCH RAFIC Le réalisateur Jean-Christophe Klotz s’inspire de son vécu dans ce film qui ouvre une réflexion sur le rôle des médias en temps de guerre. SEMAINES de tournage ont été nécessaires pour filmer ces huit épisodes. Une immersion dans le 18 e arrondissement de la capitale. TIBO & ANOUCHKA/LINCOLN TV/CANAL+ EN COUVERTURE 7 retrouver sa compagne disparue. Ils concluent un « pacte », au terme duquel Antoine suit Clément dans ses recherches sur place. Mais le chaos dans lequel le pays est plongé va rendre cette collaboration difficile, d’autant que l’horreur de la situation n’est pas sans conséquences sur Antoine, qui s’interroge sur le rôle qu’il doit tenir dans cette tragédie. Lignes de front, de Jean-Christophe Klotz, en salles demain. L’ENVERS DU DÉCOR Dans Pigalle, la nuit, Hervé Hadmar s’est intéressé à la face cachée de ces lieux nocturnes. D’abord méfiants, les habitants ont peu à peu accepté la présence des caméras dans leur quotidien. « Nous n’étions pas là pour juger Pigalle mais pour apprendre à aimer ce quartier avec ses qualités et ses défauts, explique l’équipe technique. Nous voulions simplement rendre compte de l’énergie qui s’en dégage. » A mi-chemin entre la série policière et le drame psychologique, l’inclassable Pigalle, la nuit – loin des Julie Lescaut et autres Navarro – bouscule la fiction française. « Même si nous en sommes encore loin, un jour, nous ferons aussi bien que Les Soprano », avoue Hervé Hadmar qui devrait commencer l’été prochain le tournage de Signature, une nouvelle série de six épisodes de 52 minutes pour France2. Ce thriller sous le soleil de La Réunion réunira à l’écran Sandrine Bonnaire et Sami Bouajila. 1,2 MILLION de téléspectateurs abonnés à la chaîne cryptée, ont suivi les deux premiers épisodes de la série, le 23 novembre dernier. BARUCH RAFIC VU PAR Hervé Hadmar* « Un acteur impressionnant » Hervé Hadmar a réalisé la série Pigalle, la nuit, dont il a aussi signé le scénario. Pour Direct Soir, il évoque Jalil Lespert, qui joue le rôle principal. Connaissez-vous bien Jalil Lespert ? Je le suis depuis très longtemps, notamment depuis son rôle dans Le petit lieutenant, de Xavier Beauvois. Il met beaucoup d’intensité dans ce qu’il fait. Et physiquement, il est impressionnant : s’il a une action physique à faire, il va y aller à fond. C’est génial, pour un réalisateur. Comment est-il entré dans son personnage ? Une série, comme un marathon, est un travail de fond. On peut développer la psychologie du personnage, ce que Jalil a fait admirablement, en se plongeant pendant de longs mois dans son rôle. Jalil Lespert connaissait déjà Pigalle ? Sûrement plus que moi ! Plus jeune, il connaissait déjà l’énergie particulière qui se dégage de ce quartier. Ça se ressent dans la série, il s’est imprégné de cette vie. Pensez-vous avoir réalisé une série qui tient la comparaison avec celles des Etats-Unis ? On est très fier du résultat, je pense qu’on fait partie de cette vague qui arrive enfin dans la fiction française, plus exigeante. On n’atteint pas encore les canons américains, mais on s’en approche !



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