Direct Soir n°424 16 oct 2008
Direct Soir n°424 16 oct 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°424 de 16 oct 2008

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1,8 Mo

  • Dans ce numéro : Jean-Claude Juncker, les enjeux du conseil européen

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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6 EN COUVERTURE José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, Nicolas Sarkozy, président en exercice de l’Union européenne, et Jean-Claude Juncker, président de l’Eurogroupe, dimanche dernier au palais de l’Elysée. Détermination et réalisme. Tels sont sans doute les deux maîtres mots de Jean-Claude Juncker en ces heures de crise financière internationale. Détermination dimanche, à l’issue du sommet de l’Eurogroupe – réuni au palais de l’Elysée à Paris – lorsqu’il déclarait : « Nous n’avons pas le droit d’échouer et nous n’échouerons pas ». Réalisme mardi, devant les députés du grand-duché de Luxembourg (dont il est à la fois le Premier ministre et le ministre des Finances) à qui il déclarait qu’il n’y avait « pas de raison de déclarer la fin de la crise financière et de verser dans un optimisme exagéré ». Ces traits de caractère sont partagés par les autres acteurs européens, impliqués dans la résolution de la crise – au premier rang desquels figurent Nicolas Sarkozy, président en exercice de l’Union européenne, José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, et Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne (BCE). La résolution et l’unité affichées par les quatre hommes et les principaux leaders européens réunis autour d’eux, ont certainement eu un impact psychologique fort sur des marchés en proie à une irrationalité dont attestent les successions de chutes abyssales et de hausses spectaculaires affichées par les indices mondiaux – du Dax au Nasdaq, du Footsie au Nikkei, de l’Ibex 35 au CAC 40. « Le marché est aujourd’hui totalement irrationnel. La situation est inverse aux fondamentaux économiques », estime ainsi Marc Touati de Global Equities. Directsoir N°424/Jeudi 16 octobre 2008 JEAN-CLAUDE JUNCKER SORTIR L’EUROPE DE LA CRISE FINANCIÈRE Le président de l’Eurogroupe, qui réunit les quinze pays de la zone euro, est au cœur du dispositif européen de lutte contre la crise financière. Méconnu en France, il est pourtant l’un des moteurs les plus actifs de la construction européenne, dont il est aussi un des vétérans. Jean-Claude Juncker est l’un des piliers du Conseil européen réuni depuis hier à Bruxelles. Avec les leaders européens, il va tenter de concevoir une riposte mondiale à la crise. ACQUIS ET DÉFIS En obtenant un consensus des membres de la zone euro, le quatuor européen peut cependant se prévaloir d’un acquis substantiel. Depuis hier à Bruxelles, il doit franchir une étape supplémentaire et convaincre l’ensemble des vingt-sept partenaires européens d’adopter des stratégies communes. Le pari était loin d’être gagné, puisque plusieurs Etats membres, encore dotés de monnaies nationales, ont affiché leur crainte de voir les gros établissements bancaires de la zone euro, sécurisés par les garanties publiques, drainer l’essentiel des capitaux européens et en dépouiller les « petits » ou nouveaux Etats membres. S’il faut encore attendre ce soir pour savoir si ce défi a été relevé, l’heure était à l’optimisme au début
www.directsoir.net du sommet. José Manuel Barroso faisait ainsi part mardi de sa « confiance totale dans le bon sens et le sens des responsabilités des gouvernements », tandis que ce matin, interviewé par une radio allemande, Jean-Claude Juncker estimait que le dispositif européen allait « impressionner les marchés » et qu’il fallait cesser de « regarder les cours de la Bourse comme la souris regarde le chat ». La raison semble privilégier l’unité dont on a déjà pu constater les fruits depuis le début de cette crise. Mais celle-ci ne sera atteinte qu’à trois conditions principales : que la menace de récession ne suscite pas de réflexe autarcique, que le nouveau décrochage des Bourses européennes constaté hier ne crée pas un nouveau mouvement de panique, et (surtout ?) que les nouveaux Etats membres ne se sentent pas obligés de s’aligner sur les poids lourds européens. « NOUS AVONS ADOPTÉ UNE BOÎTE À OUTILS POUR LES ÉTATS MEMBRES. » CHANGEMENTS DURABLES Quelle que soit l’issue de ce Conseil européen, trois données auront durablement changé dans l’organisation du système économique et financier européen. Tout d’abord le retour de l’Etat, non pas omnipotent (et abhorré par les Etats membres issus de l’Europe communiste), mais régulateur. « Ceux-là même qui veulent émasculer les pouvoirs publics sont les premiers à s’adresser à eux pour répondre à l’urgence », notait ainsi Jean-Claude Juncker dans une interview publiée sur le site de La Croix le 3 octobre, dans une allusion à peine voilée aux interventions de l’Etat américain. « Nous disposons aujourd’hui d’outils en matière de politique fiscale et monétaire pour éviter une autre grande dépression », estimait de son côté Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie 2001. Deuxième grande mutation : le retour à l’économie réelle et la remise en cause d’un système financier incontrôlé, devenu le bouc émissaire de la crise. « J’ai pour le métier de banquier exactement la même considération que les banquiers pour le mien. C’està-dire proche de zéro », déclarait ainsi Jean- Claude Juncker, qui décidément ne manipule pas la langue technocratique, et indiquait ainsi que le soutien public aux établissements européens serait désormais assorti de conditions drastiques. Mais le troisième grand changement enregistré, sans doute le plus positif, est l’émergence d’une Europe plus unie, plus efficace, capable de se poser en contrepoids des Etats-Unis et d’influencer réellement la marche du monde. Un mois de bouleversements du système financier• 7 septembre : clés de voûte du financement immobilier américain, Fannie Mae et Freddie Mac, sont sauvés par l’Etat, qui est prêt à investir 200 milliards de dollars.• 15 septembre : la banque Lehman Brothers n’a pas cette chance. C’est la plus grosse faillite de l’histoire américaine.• 29 septembre : la Chambre des représentants rejette le plan Paulson, qui est finalement adopté trois jours plus tard.• 4 octobre : Nicolas Sarkozy réunit ses homologues européens du G7 EN COUVERTURE 7 Nicolas Sarkozy et Jean-Claude Juncker, hier au sommet européen de Bruxelles à l’occasion duquel les Vingt-Sept ont appelé à l’organisation d’un sommet mondial d’ici à la fin de l’année. pour tenter d’apporter une réponse commune à la crise.• 6 octobre : le CAC 40 connaît la plus forte baisse de son histoire (–9,04%). Londres perd 7,85% et Francfort 7,07%.• 8 octobre : la Fed et la BCE baissent leur principal taux directeur mais le CAC 40 perd 6,39%.• 10 octobre : les ministres des Finances du G7 garantissent qu’aucune banque ne fera faillite. Le CAC 40 avait cédé 7,73%.• 12 octobre : réunion de l’Eurogroupe.• 15 et 16 octobre : conseil européen de crise. VU PAR DR Bernard Perret*, socioéconomiste « Les États vont reprendre l’initiative » ■ Il est encore trop tôt pour dire si la crise financière marquera la fin du système capitaliste tel qu’on le connaît. La seule certitude est que nous assistons à une rupture idéologique, qui met un terme à l’hégémonie du concept de marché autorégulateur. Cette idée dominante dans le milieu anglo-saxon, et qui s’est imposée en Europe continentale, vient de subir un sérieux revers. Désormais, les Etats vont reprendre davantage d’initiatives, non seulement dans le domaine économique, mais « par contagion », on leur demandera de prendre davantage en charge les problèmes sociaux et écologiques. Mais le risque évident aujourd’hui est celui de faire passer au premier plan l’urgence de la situation financière, alors qu’il y a en réalité trois problématiques emboîtées, qui se déroulent à des temporalités différentes. Le problème immédiat est de restaurer la confiance entre les banques, pour permettre au système de fonctionner à nouveau. Le deuxième niveau concerne les difficultés économiques que l’on connaît depuis plusieurs mois, comme le pouvoir d’achat ou le déficit public. Et en toile de fond se posent les questions de la maîtrise de l’énergie et du changement climatique. Les pouvoirs publics vont donc devoir agir sur ces trois axes, en essayant de ne pas être en contradiction. On voit pour le moment que c’est difficile puisque, pour régler la crise financière, on va alourdir les déficits, en faisant passer au second plan, par exemple, la fiscalité écologique. Et finalement, la question du changement climatique, qui est pourtant la grande question du siècle, sera reposée plus tard. *auteur du livre Le capitalisme est-il durable ?, éd. Carnets Nord.



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