Direct Soir n°345 13 mai 2008
Direct Soir n°345 13 mai 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°345 de 13 mai 2008

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1,9 Mo

  • Dans ce numéro : Christine Lagarde la priorité économique

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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8 LES INVENTIONS La carte à puce Un bond de géant Cartes bancaires, cartes SIM, cartes Vitale, cartes de transport ou cartes de fidélité… elles ont toutes un point commun : une puce électronique qui permet de stocker des informations. Quasiment inconnues du grand public il y a trente ans, les cartes à puce sont devenues indispensables. Pour une grande majorité de Français, la carte à puce fait partie des douze inventions les plus marquantes du XX e siècle (sondage Ifop, 1995). Au cours des trente dernières années, les cartes à puce ont envahi nos écoles, nos cinémas, nos magasins, nos banques, jusqu’à la télévision qui n’a pu échapper à cette déferlante. Véritable révolution, cette petite pièce électronique de quelques centimètres carrés seulement a accompagné l’essentiel des avancées technologiques contemporaines. Pourtant, lorsqu’en 1974, le Français Roland Moreno dépose le brevet de la carte à puce, personne ne s’imagine que cette pièce électronique va commencer par révolutionner le secteur bancaire. LA RÉVOLUTION BANCAIRE Le paiement par carte bancaire est devenu en trente ans le moyen de règlement préféré des Français, qui sont près de 91% à posséder une carte bancaire.A l’origine, ces cartes étaient dotées de la seule piste magnétique et présentaient des failles notables en termes de sécurité. Facilement lisibles grâce à une loupe colloï- La fabrication d’une carte bancaire D. GYS/REPORTERS REA dale, les cartes bancaires à bande magnétique font régulièrement l’objet de fraude. Roland Moreno pense d’abord à une bague électronique qui remplacerait les cartes bancaires à bande magnétique. Mais son idée ne fonctionne pas, imaginer les gens se promener avec une grosse chevalière au doigt n’emballe personne. Et c’est donc en développant une carte munie d’une puce « inviolable » que Roland Moreno s’accorde la faveur des banques. Ce n’est qu’en 1986 que les premières cartes bancaires dites « à puce » arrivent dans les mains des consommateurs. Six ans plus tard, toutes les cartes bancaires possèdent une puce. La première vague des cartes bancaires à puce concerne essentiellement l’Europe.Au total, Roland Moreno a déposé une quarantaine de brevets, dont celui qui permet de bloquer la carte de crédit au bout de trois codes confidentiels erronés. La confiance dans le système de paiement par carte bancaire est l’un des fondements du succès de la Directsoir N°345/Mardi 13 mai 2008 Les informations du client sont enregistrées dans le circuit intégré de la puce. D’où vient votre carte bancaire ? La fabrication des cartes bancaires comporte plusieurs étapes. La première consiste à fabriquer « le corps » de la carte c’est-à-dire le plastique et la piste magnétique. Ensuite il faut créer la puce. C’est dans le circuit intégré de la puce que seront enregistrées les informations du client. L’ultime étape est faite par les sociétés de personnalisations. On les appelle les « personnalisateurs ». Ils inscrivent fameuse CB. Depuis la fin des années 1980, le nombre de fraudes n’a cessé de baisser. Les transactions par carte bancaire représentaient en 2006, en France, près de 257 milliards d’euros et continuent leur progression de 8% en moyenne par an. Le commerce par Internet a permis une augmentation massive de ce type de paiement. L’avenir de la puce électronique dans la carte bancaire a encore de beaux jours devant elle car plusieurs possibilités sont aujourd’hui envisagées. Pour Dominique Duhem, responsable des moyens de paiements au Crédit Mutuel, « l’avenir se joue sur deux éléments : le mode de paiement les renseignements des banques et vos données personnelles dans la puce comme votre nom, votre numéro de compte, le numéro de votre banque. Une fois cette étape terminée, le fusible de protection, si cher à Roland Moreno (voir interview ci-contre), éclate. Les informations stockées sur la puce ne sont plus modifiables. Toutes les cartes françaises ont intégré le système EMV (Eurocard, Mastercard, Visa) depuis 100 C’est en moyenne le nombre de paiements effectué par chaque Français par an. MERIADECK avec une carte sans contact et le paiement par téléphone mobile ». Dans les deux cas, selon Eric Flour, responsable des études stratégiques et des offres clients à la Société Générale, « il ne sera plus nécessaire de faire son code confidentiel ». LA RÉVOLUTION TÉLÉPHONIQUE C’est également dans le secteur des télécommunications que l’invention de la carte à puce apporte le plus de changements. La création de la Télécarte par France Télécom en 1980 propulse l’utilisation de la « puce » dans ce domaine. Les cabines les années 2000. Ce système est celui d’un réseau d’application, c’est-à-dire que toutes les cartes sont compatibles avec le terminal des commerçants. Seul point commun pour les cartes bancaires françaises : le logo CB qui indique que le paiement peut se faire chez tous les commerçants français. Les logos, Mastercard, Visa, JCB ou American Express permettent quant à eux d’effectuer des paiements à l’étranger.
www.directsoir.net Nous fabriquons près de 700 000 cartes bancaires par an et nous avons cinq millions de clients « carte bancaire ». Eric Flour, responsable des études stratégiques et des offres clients à la Société Générale. d’antan disparaissent au profit des cabines téléphoniques à carte. De 2 000 000 de cartes vendues en 1986, la production atteint 6 000 000 en 1991. Mais c’est aussi et surtout avec l’arrivée des portables que les « puces » poursuivent leur essor. Elles font leur apparition dans le monde des téléphones mobiles avec le GSM. La carte SIM située à l’intérieur renferme toutes les données personnelles du propriétaire. Comme la carte bancaire, elle est utilisée pour l’identification du propriétaire et pour la sauvegarde d’informations diverses, comme le contenu du répertoire par exemple. Avec près de 3 milliards de téléphones portables dans le monde et donc autant de « puces », l’invention de Roland Moreno a réellement bouleversé nos habitudes. Aujourd’hui, c’est dans les cartes de transport (Pass Navigo), dans les cartes « de santé » comme la carte Vitale ou dans les cartes de fidélité que les « puces » se développent le plus. Démocratisée, sécurisée, l’invention de Roland Moreno a encore de très beaux jours devant elle. ÉQUIPEMENT DES FRANÇAIS EN CARTES BANCAIRES ■ Source : Groupements des cartes bancaires « CB », 2006. LA SAGA DE L’ÉCONOMIE 9 F. G./DIRECTSOIR I. HANNING/REA INTERVIEW ROLAND MORENO L’inventeur de la carte à puce ■ Quelle formation avez-vous ? Je n’ai pas suivi de longues études. J’ai eu le bac et j’ai suivi une année de fac. Mais depuis l’âge de dix ans, je suis un passionné d’électronique. ■ Comment l’idée de la carte à puce vous est-elle venue ? De manière générale, la mémoire me fascine. Qu’elle soit humaine ou artificielle. La mémoire artificielle est modulable, violable. Celle de l’homme est différente : elle est irréversible. Concrètement, si votre mémoire retient un numéro de téléphone, seul le facteur temps peut entraîner l’oubli, sinon vous pourrez vous souvenir de ce numéro à vie. En revanche, la mémoire artificielle peut s’effacer ou se transformer. Alors pourquoi ne pas en faire quelque chose d’inviolable ? ■ Sur quoi repose votre invention ? Dans mon brevet, tout le mécanisme d’irréversibilité de la mémoire « artificielle » est mis en œuvre par un minuscule fusible, tout comme celui d’un compteur. Ce fusible se détruit automatiquement dès que les cartes à puce sortent des usines de fabrication. De ce fait, toutes les informations sont protégées et deviennent irréversibles. ■ Vous avez lancé un défi aux détracteurs qui dénonçaient les failles des cartes à puce. Il s’agissait en fait au début des années 2000 de rétablir la vérité. Un homme s’était illustré en certifiant que le système de la carte à puce était violable. Pour faire simple, cela signifiait que je mentais depuis presque trente ans. Alors j’ai décidé de lancer un défi à celui ou celle qui trouverait la faille. Ils avaient trois mois pour tenter de violer une carte à puce, avec tout le matériel nécessaire. A la clé, il y avait un chèque d’un million de francs (150 000 euros) ! Au final, je n’ai eu qu’une dizaine de candidats et personne n’a réussi à trouver quoi que ce soit à redire et le système est toujours infaillible ! ■ Etes-vous encore propriétaire de vos brevets ? La plupart des brevets que j’ai déposés sont tombés dans le domaine public depuis longtemps. Aujourd’hui, j’en Roland Moreno. LUDOVIC/REA possède encore quatre. Ils concernent les cartes sans contact, c’est-à-dire les cartes Navigo de la RATP, par exemple, qui n’ont pas de lecteur. ■ Cette invention a-t-elle changé votre vie ? Absolument pas. J’ai conservé un train de vie tout à fait normal. La seule grosse acquisition que j’ai faite depuis la carte à puce, c’est un piano ! ■ Avez-vous conscience que votre invention a changé énormément de choses dans la vie des autres ? Je n’en ai pas vraiment conscience. Je vois bien que les cartes à puce ont changé certaines habitudes. En revanche, je suis plutôt sceptique quant aux possibilités de changement d’utilisation. Par exemple, faire une carte électorale électronique, je ne crois pas que cela soit très utile et que cela apporte un plus dans la vie quotidienne. La seule évolution possible est de se diriger vers une carte Vitale très évoluée qui contiendrait les antécédents médicaux, les paramètres liés à la santé. ■ Avez-vous inventé d’autres choses ? Oui, mais pas dans l’électronique. C’est plutôt dans le domaine de la rigolade. Par exemple, j’ai inventé un jeu intitulé Gros mots, qui permet de trouver les liens entre les mots. Il s’agit de trouver les « liens de sens » entre les mots sur Internet. Ainsi, selon vous, de quoi se rapproche le plus le mot « scrupule » sur Internet ? Eh bien, du mot « pollution » ! Aussi surprenant que cela puisse paraître, ces deux mots sont le plus souvent associés sur la Toile.



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