Cerveau & Conscience n°2 mai/jun 2015
Cerveau & Conscience n°2 mai/jun 2015
  • Prix facial : 6,90 €

  • Parution : n°2 de mai/jun 2015

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 25,4 Mo

  • Dans ce numéro : de plus en plus intelligent avec l'âge ?

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Comme le disait Pierre de Coubertin « Le succès n’est pas un but, mais un moyen de viser plus haut ». Le dépassement de soi est donc inscrit dans les gènes de la pratique sportive telle qu’on souhaiterait qu’elle s’exerce. Mauriac, le Nobel de littérature, confirmait en disant « Battre les records, c’est l’idée fixe d’un véritable sportif, et il y a là comme une usurpation par le corps de cette vocation spirituelle du chrétien : se dépasser soi-même. » UNE QUESTION PHILOSOPHIQUE Plus près de nous, le philosophe Raphaël Enthoven a mis en avant les bienfaits du sport, au-delà du physique bien entendu. Mettant en avant le pouvoir de l’effort, qui chemin faisant, entraîne un état spirituel et mental de l’ordre du quasi hypnotisme où le 26 INTELLIGENCE MAGAZINE 28 - Cerveau & conscience Les pouvoirs DOSSIER du corps humain « LES POUVOIRS DU CORPS HUMAIN » L’art de se dépasser Philosophiquement, quand on parle de « dépassement de soi », il y a ceux qui ressentent dans le désir, voire l’injonction de se dépasser, un relent d’idéologie, de moralisme et de culpabilité d’une part, et ceux qui y voient l’essence même de l’homme qui consiste à vouloir progresser, croître, se dépasser, d’autre part. Force est de constater que l’Homme sait repousser sans cesse ses limites. corps continue son travail de façon automatique, l’esprit se détachant, comme en transe à condition que rien ne vienne le distraire de cet état. Lorsque Bergson expliquait que la qualité principale de l’homme, c’est la capacité de se dépasser lui-même, ce sont bien ces innombrables capacités de notre être à chacune et à chacun de nous qu’il visait. Elles n’ont pas de limites et le corps humain se transcende constamment grâce à elles, chaque fois que nous assumons notre responsabilité, c’est-àdire notre authentique liberté. LE DÉPASSEMENT DE SOI Au travers de la performance visée, le bonheur réside-t-il dans le fait de s’accomplir ou de se dépasser ? L’idée d’un dépassement de soi-même, aujourd’hui si courante, est liée historiquement à l’avènement de la modernité. Le sport de haut niveau apparaît aujourd’hui comme le laboratoire expérimental d’une réussite sociale spectaculaire et spectacularisée au travers d’un dépassement de soi comme emblème de notre idéologie contemporaine. EXPERT RAPHAËL ENTHOVEN, PROFESSEUR DE PHILOSOPHIE & AUTEUR CE QUI NOUS FAIT COURIR ET NOUS DÉPASSER Le goût de ne pas fuir, mais, au contraire, de coïncider avec soi, dans l’effort. Ou bien l’envie d’oublier ce qui, dans la vie, ne marche pas. L’envie de se dépasser vient souvent d’une représentation flatteuse de l’obstacle à vaincre. Mais la capacité de se dépasser repose davantage, me semble-til, sur l’art d’être en harmonie. Ce qui nous pousse est plus puissant que ce qui nous tire. « Toujours plus haut » est un avatar contemporain de la découverte que l’univers est infini et que la Terre, par conséquent, ne se trouve pas en son centre. Tant que le monde n’était qu’une cosmologie ordonnée, l’enjeu était d’y trouver sa place. Depuis que le monde est un chaos que son infinité prive de sens, Prométhée s’est substitué à Orphée, la performance a détrôné l’harmonie, le souci de se dépasser a remplacé le goût de s’accomplir.
Cette notion, considérée comme noble et recommandable, tend à pousser tout un chacun à surpasser les concurrents. Elle peut s’exprimer dans tous les domaines intellectuel, professionnel, et bien entendu sportif. Cette émulation est considérée comme positive car elle pousse à acquérir de nouvelles connaissances, compétences pour aller plus haut, plus loin, en ayant aussi dans l’idée non seulement de progresser, mais de prendre le dessus sur les autres ou au moins de s’élever par rapport à sa condition initiale. Isabelle Queval Dresser une évolution diachronique du dépassement de soi, de l’Antiquité à l’invention du sport de haut niveau, relevait de « l’exploit ». L’auteur Isabelle Queval, ancienne sportive de haut niveau, agrégée de DOSSIER « LES POUVOIRS DU CORPS HUMAIN » À SAVOIR philosophie, docteur en sciences de l’éducation, maître de conférences à l’université Pa- Le dépassement de soi prend tout son sens dans le cockpit ris Descartes, a tenu ses promesses dans son essai « S’accomplir ou se dépasser » (Editions d’une voiture de course. Pour aller plus loin, plus près des limites Gallimard, 2004). de la machine et de l’homme, un pilote doit tout donner : son cœur, son corps, sa tête ; Je suis là, dans le présent, mais en même temps je suis plus loin que moi-même plus loin que la réalité, je suis dans le futur. (Ayrton Senna) ET L’ÉMULATION ? Et s’il n’y avait de limites que celles qu’on se fixe à soi-même ? Dans une première partie, « Le sens de la limite : l’Antiquité », on découvre que les exercices physiques visent deux objectifs distincts : la quête de l’exploit d’une part et la dimension éducative d’autre part. Dans une deuxième partie, « Inventer l’homme : l’invention de la modernité », l’auteure nous fait assister, à travers un exposé technique et vertigineux, à la naissance du concept de dépassement de soi. Le sport moderne naît en Angleterre (à la fin du XVIII e siècle et au début du XIX e siècle) où il est un jeu, une compétition, une formation de l’individu à des règles sociales. Il prend une connotation morale, abandonne les finalités métaphysiques et philosophiques qui reliaient les pratiques grecques aux conceptions de l’âme et du corps, de l’homme et de la nature. Avec la subjectivité, l’homme fera l’expérience de la liberté ; la liberté, associée à la science, fera naître l’ambition du pouvoir vertigineux sur le monde, nous ramenant à ce questionnement central : et s’il n’y avait de limites que celles qu’on se fixe à soi-même ? Le dépassement de soi était né. On ne pense plus seulement à ce que l’homme est, mais à ce qu’il devrait être : seul maître de son destin, conscient et libre, cultivé. La dernière partie du livre, « Le dépassement de soi, figure du sport contemporain », par son approche synchronique, sa multiplicité d’exemples, sa capacité à mettre en relation fructueuse différents angles de vue sur le sujet, ouvre un véritable « terrain de jeu » à la pensée. Pour le champion, le dépassement de soi apparaît comme un mode d’être, un INTELLIGENCE MAGAZINE 27 Cerveau & conscience - 29



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