Cerveau & Conscience n°2 mai/jun 2015
Cerveau & Conscience n°2 mai/jun 2015
  • Prix facial : 6,90 €

  • Parution : n°2 de mai/jun 2015

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 25,4 Mo

  • Dans ce numéro : de plus en plus intelligent avec l'âge ?

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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28 DOSSIER Garder un cerveau jeune GARDER UN CERVEAU JEUNE longements et du corps cellulaire ou formation de dégénérescences neurofibrillaires et de plaques séniles. Cependant, ces pertes et évolutions auraient un impact peu important grâce à des mécanismes compensateurs (plasticité cérébrale, suractivation de certaines zones, arborisation neuronale accrue). Troisièmement, des évolutions neurochimiques affectent la transmission d’information entre les neurones. Cette hypothèse du déficit de la « neuromodulation » est actuellement privilégiée afin d’expliquer le vieillissement cognitif : elle éclairerait en grande partie la diminution de la vitesse de traitement des informations et le déficit des processus attentionnels inhibiteurs. Tout se joue-t-il sur les bancs de l'école ? À cette sénescence cérébrale viennent s’additionner et interagir des facteurs psychosociaux au fort retentissement cognitif. Dès l’enfance, l’influence précoce de la scolarisation permet de développer une « réserve cognitive » plus importante mais également de la maintenir plus longtemps. Les études transversales (comparant deux groupes de sujets à un moment donné) et en plan longitudinal (suivant l’évolution dans le temps des résultats d’un même groupe) concluent dans leur immense majorité que le niveau d’études est le premier facteur de protection contre le vieillissement cognitif *. Cet effet serait particulièrement marqué sur la mémoire et de manière générale sur les tâches les plus complexes. L’accumulation de connaissances et d’expériences au cours de la scolarité, mais également la stimulation cérébrale et le développement de stratégies compensatrices, y contribueraient. De plus, l’impact de l’éducation sur les modes de vie ultérieurs est non négligeable (profession 12 Science - Cerveau magazine & conscience n°28 exercée, alimentation, activités sociales, physiques, etc.). In fine, les personnes ayant un niveau socioculturel élevé vont voir leurs capacités intellectuelles décliner plus tardivement et plus lentement que les autres, ce qui accroît les différences pendant un temps, puis diminuer de manière plus brutale sur les dernières années de vie. On évoque alors une « compression de la morbidité ». Tout ne se joue cependant pas sur les bancs de l’école. Il est nécessaire de continuer à développer sa réserve cognitive à chaque période de la vie, au gré des activités quotidiennes, et particulièrement lors de l’entrée dans la soixantaine, où tend à se produire un « vieillissement psycho-social ». En effet, le vieillissement se combine alors avec le départ à la retraite, association qui peut donner lieu à un sentiment de perte de statut social et de dévalorisation. Une diminution importante du réseau social est généralement observée. Dans le grand âge, l’isolement est à la fois subi (veuvage, diminution des occasions de sortie, déclin des capacités physiques et sensorielles) et volontaire (repli sur soi). Progressivement se met en place une déprise, définie comme « un réaménagement de la vie, inauguré par une sorte d’amoindrissement vital, […] qui est marqué par l’abandon de certaines activités et relations ». Cette « économie des forces » se fait au prix d’une diminution des capacités cognitives. Les changements de repères, consécutifs à une hospitalisation ou à une entrée en institution par exemple, sont susceptibles de renforcer cet isolement. Ils sont alors souvent suivis d’une accélération du déclin physique et cognitif des personnes âgées. Plus que l’âge chronologique, c’est la qualité de l’intégration sociale et les capacités adaptatives des individus qui semblent déterminantes. Les différents facteurs évoqués vont interagir et entamer la valeur que se donne la personne, un paramètre critique de la cognition. En effet, l’estime de soi résulte de processus divers et interactifs qui sollicitent à la fois les performances comportementales, la comparaison avec autrui, l’attribution des causes de ses échecs et réussites. La perte de confiance détériore inévitablement les capacités cognitives et, dans un cercle vicieux, la prise de conscience du déclin cérébral entame l’estime de soi. Un vieillissement réussi grâce au travail ? Suite à ces conclusions, le Centre d'Analyse Stratégique a émis diverses propositions. La première consisterait à entrer dans une spirale vertueuse de la prévention en santé cognitive et de la lutte contre les inégalités sociales en santé. Une telle entreprise débute par l’accès à une éducation de qualité pour le plus grand nombre et se termine par la lutte contre l’isolement et le confinement à domicile. L’arrivée à la cinquantaine des « baby-boomers », conjuguée à une entrée sur le marché du travail de plus en plus tardive, ont conduit à un vieillissement progressif de la population active. * Par ailleurs, l’idée communément admise d’une protection des personnes avec un haut niveau socioculturel vis-à-vis de la maladie d’Alzheimer est fausse. En réalité, c’est seulement que l’expression clinique apparaît à un stade plus avancé chez ces dernières grâce à divers mécanismes compensatoires.
L’étude des conséquences de ce phénomène sous l’angle du vieillissement cognitif invite à considérer deux aspects complémentaires. D’une part, l’impact de l’activité professionnelle sur le déclin des capacités intellectuelles ; d’autre part, les effets des évolutions cognitives en matière de performances et d’intégration professionnelles. Des questions particulièrement intéressantes en ces temps où les taux d’emploi des seniors sont bas et où parallèlement l’âge du départ à la retraite est mis en débat. Le travail est-il un facteur de préservation ou d’usure cognitives ? La vie professionnelle en tant que source potentielle de tâches cognitives, d’interactions sociales mais aussi de pénibilité, peut être facteur de préservation comme d’usures cognitives. L’enquête européenne SHARE (Survey on Health Ageing and Retirement in Europe), axée sur les questions sanitaires et socioéconomiques liées au vieillissement, inclut des tests cognitifs et des questionnaires relatifs aux activités sociales (professionnelles, loisirs, bénévolat, etc.). Ses résultats révèlent que garder une activité professionnelle permet de différer le vieillissement cognitif d’environ 1,3 année. Par ailleurs, l’analyse par pays montre que les personnes âgées voient leurs capacités intellectuelles mieux préservées dans les pays où la retraite est fixée à 65 ans par rapport à ceux où elle est plus précoce. Cependant, il convient de nuancer ce premier résultat global : l’effet de la fin de la vie active sur le déclin cognitif dépend à la fois du contenu du travail et de ses conditions d’exercice. Des données suggèrent ainsi que l’impact positif de rester en emploi n’est présent que pour les métiers complexes nécessitant de la flexibilité cognitive. Deux propriétés des environnements de travail sont identifiées comme favorables à une préservation cognitive dans l’âge : « la première est l’effort cognitif, c’est-à-dire la sollicitation élevée des capacités intellectuelles : c’est la dimension intensive. La deuxième est le sentiment que ces efforts sont récompensés par des bénéfices à la fois cognitifs (création de nouvelles ressources) et motivationnels (expérience gratifiante donnant envie d’aller plus loin) : c’est la dimension créatrice ». Parallèlement, les personnes exerçant des professions mobilisant moins les facultés intellectuelles ne semblent pas bénéficier au niveau GARDER UN CERVEAU JEUNE DOSSIER cognitif du maintien dans l’emploi, au contraire. En effet, si pendant longtemps seule était considérée l’usure physique due au travail, désormais est identifiée une usure psychique. Ce préjudice serait lié en particulier à des contraintes non cognitives : un environnement professionnel inadapté et très sollicitant mettrait en difficulté le salarié vieillissant. L’étude VISAT (Vieillissement, Santé, Travail) souligne par exemple les effets négatifs de l’exposition à un stress prolongé et à des horaires atypiques sur les capacités mnésiques, à l’instar du travail de nuit qui désynchronise les rythmes biologiques et qui est particulièrement mal supporté par les travailleurs âgés. Des études ont ainsi montré que le fait d’exercer un travail posté perturbait les fonctions cognitives avec des atteintes dont l’ampleur dépendait de la durée d’exposition, et qui étaient potentiellement réversibles. Par ailleurs, le sentiment de ne pas s’épanouir dans son travail, de ne pas être capable de remplir ses fonctions, de consentir des efforts stériles, conduirait souvent à une baisse de la motivation, de la confiance en soi et in fine des compétences cognitives. Conserver son emploi s'il est source d'apprentissage Il s'agirait alors, et c'est le contenu de la seconde proposition, de reconnaître les altérations cognitives dans les risques de santé au travail. Il semble nécessaire d’intégrer « la dimension santé cognitive » dans les débats actuels sur la pénibilité et l’âge de départ à la retraite en tenant compte des effets différenciés du maintien dans l’emploi sur la cognition (préservation vs usure) en fonction du contenu du travail et des conditions de son exercice. En France, le taux d’activité des seniors, avec 38,2%, continue d’être inférieur à la moyenne européenne (45,6%). Le maintien de cette classe d’âge dans l’emploi se trouve confronté à plusieurs obstacles, parmi lesquels les discri- Science Cerveau magazine & conscience n°28 - 13 29



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