Yegg n°82 jui/aoû 2019
Yegg n°82 jui/aoû 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°82 de jui/aoû 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 38

  • Taille du fichier PDF : 14,0 Mo

  • Dans ce numéro : le droit d'exister...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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_L44,feek(‘I,/_e s re"."' ?. e CÉLIAN RAMIS Ife
Celle qui transforme la matière en émotions On pourrait penser, en parcourant son CV, qu’à 30 ans, elle a déjà vécu plusieurs vies. C’est peut-être le cas mais toutes sont liées. Après un bac arts appliqués effectué à Rennes, Claire Malary souhaite intégrer l’école des arts décoratifs à Paris mais échoue à l’épreuve d’entrée. « Je voulais absolument la meilleure école. Je voyais le dessin comme quelque chose d’assez compétitif où il fallait être toujours meilleure, aller plus loin. C’est un défaut qui vient de mon éducation… J’ai fait l’Ecole Professionnelle Supérieure d’Arts graphiques et d’Architecture mais je n’étais pas très satisfaite de ma formation. Je ne manipulais pas de textures, je n’utilisais pas mes mains. », souligne-t-elle. Elle se lance dans des missions de graphisme et participe à des concours d’illustrations, à Londres et à Paris  : « C’est dur pour l’égo quand on n’arrive pas première… » Elle cherche sa voie. En rigolant, son conseiller Pôle Emploi lui parle de la restauration. Elle qui a besoin de tactile… Elle fonce. « Je suis très introvertie. C’était une manière de me donner un coup de pied au cul car dans ce milieu misogyne, il faut se battre. », avoue Claire qui se dépasse et prend un nouveau départ, plutôt positif puisqu’elle découvre son goût pour le travail de la viande et du poisson, « c’est hyper sensitif. » De la cuisine de bistrot aux tables étoilées, qu’elle intègre sans expérience, simplement parée de culot et de son book artistique, elle expérimente et se confronte à la matière. Mais pas que…  : « Je suis restée 3 mois chez Alain Passard. Ça m’a dévastée car pour moi c’était de l’art ce qu’il faisait. Tout le monde est très minutieux là-bas mais ça manque vraiment d’humanité. Je suis repartie dans le traditionnel. » À la Guinguette d’Angèle, la magie opère. Une cuisine végétale, voire vegan, une révélation pour Claire Malary qui met le doigt dans l’engrenage vertueux de l’herboristerie et de la naturopathie, et s’enivre de la force de la nature. Nouveau virage pour la jeune femme qui prend son sac à dos et part sillonner le Japon pendant 3 mois. « J’ai travaillé, fait du wwoofing avec des familles en auto-suffisance, j’ai rencontré plein de gens merveilleux ! Ce voyage initiatique m’a grandi car j’étais seule face à moi-même. », s’enthousiasme Claire. Son attirance envers les produits de la terre se renforce, elle se forme à la botanique, au maraichage, à la permaculture et cuisine ce qu’elle récolte. Elle aurait pu tracer sa route ainsi mais ce serait oublier que ce qu’elle aime par dessus tout, c’est tracer des traits sur du papier pour donner du sens et de la matière à ses idées. Son carnet toujours à portée de main n’a cependant dévoilé que des feuilles blanches durant plusieurs années. « Un jour, dans le train, je me suis remise à dessiner. J’ai dessiné une idée que j’avais. Au début, c’était dégueulasse, je l’ai faite et refaite et refaite. Ça me manquait. », livret-elle, comme si ce jour-là était advenue la libération de tout un processus psychologique d’enfouissement d’un élément pourtant vital. C’est ainsi que va naitre Hallali, une BD sans textes mais pas sans propos qui lui a valu de recevoir le Prix Artémisia (qui récompense une BD réalisée par une ou plusieurs femmes). L’œuvre, publiée aux éditions rennaises L’œuf en janvier 2019, est bouleversante de par le parallèle entre la chasse aux animaux et la traque d’une femme, toutes les deux mises en relief par la confrontation du noir et blanc et de la couleur, sans oublier des techniques de dessin qui vont finir par fusionner dans un bouillon d’émotions vives et abstraites qui nous transpercent et nous transportent. « Ce que j’aime c’est la nature, les corps, les animaux. J’ai tout de suite eu l’idée de la fusion. Pour moi, pour qu’il y ait fusion, ça veut dire qu’il y a dichotomie, deux entités qui se séparent et s’opposent. J’aime créer des paradoxes, des univers doux et étayés qui racontent des choses angoissantes. », commente Claire Malary qui souhaite questionner les a priori du lecteur sans donner d’interprétation exacte. Aujourd’hui, l’illustratrice part vers de nouveaux projets, l’un en collaboration avec une scénariste et l’autre basé sur la question philosophique du couple et de la monogamie  : « Ça prétexte le dessin érotique. J’en ai marre des héroïnes en latex aux gros seins et aux minis tailles. Elles ne peuvent pas tenir debout ! Je veux donner plus de chair à mes personnages. » Elle nous fait rire mais surtout elle nous fait bouillir d’impatience, en attendant la publication de ses deux prochains ouvrages qui on le sait ne manqueront pas de faire parler d’elle. De son talent, de sa sensibilité, de sa capacité à rendre la matière éphémère, réaliste, belle et inquiétante. I M.C. Juillet-Août 2019/yeggmag.fr/03



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