VoX n°5 jun/jui/aoû 2013
VoX n°5 jun/jui/aoû 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°5 de jun/jui/aoû 2013

  • Périodicité : irrégulier

  • Editeur : voxlemag.wordpress.com

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 12 Mo

  • Dans ce numéro : dossier sur les netocrates.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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VoP41 52 VoP41 CHRONIQUE Les netocrates  : le grand péril la société. La violence symbolique désigne « tout pouvoir qui parvient à imposer des significations et à les imposer comme légitimes en dissimulant les rapports de force qui sont au fondement de sa force ». Prenons un exemple bête  : les élites se reconnaitront entre eux à la fois dans leurs manières, leurs comportements, leurs cultures communes, leurs accoutrements vestimentaires. Toute personne ne maîtrisant pas cet attirail symbolique sera littéralement écrasée par ces élites. Cet écrasement social est une violence symbolique. On le voit très bien dans le monde du travail  : le cadre sera toujours habillé de la même manière, partagera un vocabulaire et un comportement avec ses autres pairs, créant une sorte de murs de béton pour ceux de rangs inférieurs. À l’inverse, celui en bas de l’échelle devra par exemple se coller un badge à son nom sur sa chemise afin de bien montrer qu’il est symboliquement à la disposition de tous, tout autant qu’un bocal sur lequel on a collé une étiquette. Cette violence symbolique opère un tri entre les gens, les empêche de se mélanger, de progresser. Celui qui est littéralement écrasé par cette violence ne parviendra pas à gravir les échelons, malgré ses compétences et sa volonté, car il ne détient pas les « codes » ou du moins il ne parvient pas à se les approprier comme il le faut. Sur Internet, ces violences symboliques ne sont pas déterminées en fonction de votre rang social, point de ça sur le Web, mais chaque réseau a ses propres codes, ses propres symboles qui peuvent vous laisser sur la paille par simple méconnaissance. Le débutant, le noob, le naïf, sera véritablement écrasé par le réseau dès lors qu’il voudra s’y investir. Soit il devra deviner les codes par lui-même et les adopter, ou se faire coopter par un tiers, soit il abandonnera ou se fera jeter. Dans le monde netocratique, c’est la méritocratie qui fait que vous pouvez vous élever dans le réseau. Cette méritocratie est pensée comme naturelle et légitime  : vous êtes compétent, vous grimpez ; vous êtes incompétent, vous dégagez. En réalité, la méritocratie, comme pour les élites des classes sociales actuelles, joue sur cette violence symbolique. Ce n’est pas tant une question de compétence qui fera que vous serez accepté ou non dans les réseaux, mais une question de comportement, voire même de psychologie. Tout en bas de l’échelle, celui qui fait le plus souvent les frais de ces symboles qu’il ne maîtrise pas, c’est le noob. Quand ces noobs qui veulent s’investir sur un réseau abandonnent, on pense que c’est une question d’incompétence, mais c’est bien plus souvent une question psychologique  : nous ne sommes pas tous en fer forgé, certains sont extrêmement compétents, mais néanmoins plus fragiles, car plus sensibles. La méritocratie netocratique est un leurre, c’est encore une arme de dominants sur les dominés, et les plus faibles en font les frais. Sans proprement parler de violence symbolique, il y a tout un jeu de ringardisation des différents groupes et réseaux sur le Net. Prenons un exemple, assez amusant, de ces petites guéguerres symboliques que l’on trouve sur le Net. Les pro-facebook traiteront de ringards tous ceux qui n’ont pas de comptes Facebook ; inversement les anti-Facebook traiteront de neuneu ou de cons ceux qui ont un compte. Chaque clan aura son attirail de termes et de symboles pour se moquer de l’autre et au final aucun des deux partis ne se parlera, et un pro-facebook qui se frotte avec les meilleures intentions à un réseau anti-facebook connaîtra l’écrasement de ces symboles qu’il ne maîtrise pas. Un ringard, rappelonsle, c’est un individu que l’on juge en retard, qui n’est pas dans le vent, à la traîne. Bref, les ringards sont ceux qui ne sont pas dans la norme actuelle, encore une façon de les inférioriser comme des gens dépassés. Les dialogues entre les ringardisants et les ringardisés sont difficiles, parfois impossible. Là nous avons pris un exemple simple et inoffensif, amusant disions-nous, car cette guéguerre profacebook antifacebook est plus un jeu qu’autre chose, mais dans d’autres cas on en vient à de véritables gestes agressifs et malveillants. Encore une fois, des débats démocratiques sereins sont difficiles quand les violences symboliques s’exercent autant.
Toute la force d’Internet réside dans ce côté bordélique. Internet est une jungle, un endroit hostile pour les non avertis, un endroit où il n’est pas possible de planter les tentes de la démocratie, mais c’est pourtant bien dans cette jungle, au-delà de ses dangers, que l’on trouve les meilleurs fruits et des plantes médicinales qui peuvent venir à bout de certaines maladies vicieuses. Internet c’est tout ça, le meilleur et le pire, des forces contraires qui s’entrechoquent, des fruits pourris, des fruits délicieux, des poissons et des remèdes. C’est dans ces zones fertiles qu’Internet peut devenir un excellent complément à la démocratie, non en s’y substituant, mais en apportant ses richesses, en y frottant ses contre-pouvoirs. C’est sur le modèle d’Internet qu’il est aussi possible d’améliorer les démocraties en place, de relancer leurs processus. Ce nouveau modèle de démocratie, qui ne nie pas la démocratie représentative, mais qui la complète pourrait se nommer Démocratie Proximale. ; u CHRONIQUE Les netocrates  : le grand péril Vogl Voki 53



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