VoX n°5 jun/jui/aoû 2013
VoX n°5 jun/jui/aoû 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°5 de jun/jui/aoû 2013

  • Périodicité : irrégulier

  • Editeur : voxlemag.wordpress.com

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 12 Mo

  • Dans ce numéro : dossier sur les netocrates.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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VoP41 48 VoP41 CHRONIQUE Les netocrates  : le grand péril gement. Le dividu est tout aussi changeant que l’environnement qu’il occupe. Vous aurez sans doute compris que ce dividu se prête parfaitement à l’univers du Net, avec ces multiples avatars, ce mobilisme. Le nouveau paradigme netocratique ébranle l’individu au nom du dividu. « L’individu est mort » pour paraphraser le « Dieu est mort » de Nietzsche. La possibilité de pouvoir changer d’identité, de demeurer anonyme, d’expérimenter de nouveaux visages, de jouer avec d’autres points de vue, tout cela est incroyable et magnifique dans la construction individuelle. C’est une profonde mutation de nos sociétés qui en résulte. Cependant, dans la netocratie, l’idée d’un dividu changeant et englobant toutes les sphères sociales exclura petit à petit l’individualité. « Dividu  : Être humain perçu non pas comme indivisible (individu), mais comme divisible. Le dividu nourrit en son sein de multiples identités, dont aucune n’est perçu comme plus réelle ou plus originale que les autres, et permet à chaque facette de prévaloir sur les autres en fonction des nécessités de l’adaptation au contexte, alors que l’individu s’efforce de n’être qu’une même personnalité intégrée. » (définition selon A. Bard et J. Söderqvist dans Les Netrocates 2) ; Des masques divisibles et éphémères Les multiples identités qu’emprunte le dividu sont éphémères. Le dividu qui nie son individualité primordiale, celui-là nie sa propre fugacité dans ce jeu de l’éphémère. Pour le dire autrement, le dividu, dans son jeu des masques (par masques nous entendons les multiples identités qu’il prend), nie sa propre mort. Niant sa propre fin, niant le caractère éphémère de sa vie, il est dès lors très simple de faire l’économie du sens. À force de se travestir, on finira par se perdre. Mais vient un jour l’insoutenable moment, ce moment que nous avons tous vécu au moins une fois, ce moment du « qui suisje vraiment ? », ou pour le dire autrement sans tomber dans les méandres de la métaphysique, « qui je veux être, ici et maintenant ? », « qu’est-ce que je veux faire avant de quitter la scène ? ». Nier son individualité, c’est nier ces questionnements, questionnements profondément humains qui donnent élan à l’agir, qui nous poussent à nous tourner vers l’autre, car c’est avec lui qu’on partage la scène mondaine et qu’on se construit (et réciproquement). Se reconnaître soi comme individu suppose que l’on reconnaisse l’autre comme individu  : « je ne suis pas un autre », « l’autre n’est pas moi », c’est le préalable à tout dialogue d’ailleurs. Un individu dispose de différents modes d’apparaître. Il peut jouer de son identité, porter autant de masques qu’il le souhaite sans que cela change quoi que ce soit à son indivisibilité fondamentale et nécessaire. En dehors du Net, nous portons des masques en société. Être une personne, c’est avoir un masque. Personne vient du latin, Persona, qui désignait aussi le masque que porte un comédien quand il joue. Devenir une personne, c’est se construire un masque que l’on portera sur scène. Mais tout à chacun sait que des masques en société nous en portons plusieurs. Cette multiplicité de masque augmente sur le Net avec la possibilité de forger les masques que l’on souhaite tout en dissimulant son identité véritable. Quelle différence il y a-t-il entre ces masques que porte l’individu et ceux que porte le dividu ? C’est que derrière le masque que porte un dividu, il n’y a plus rien. Problème. Pour porter un masque, il faut un porteur de ce masque, une face originelle en quelque sorte. Cette face originelle, c’est l’individu. Proclamer la mort de l’individu au nom d’un dividu, c’est tomber dans un paradoxe insoutenable, le paradoxe du masque sans porteur, comme si on pouvait imaginer pouvoir enfiler des vêtements sans le corps. Pour le coup, on a là une véritable chimère. ; Une société aresponsable L’idée de « dividu », telle qu’elle est
CHRONIQUE Les netocrates  : le grand péril présentée dans Les Netocrates, prend sa source sur la thèse pseudoscientifique (nous disons pseudo, car la thèse avancée se révèle fausse) qu’il n’y pas, en l’homme, « d’instances de contrôle ». En gros, quand nous croyons choisir, être maîtres de nos pensées et de nos actions, nous sommes en pleine illusion. Notre libre arbitre n’est qu’illusion. C’est un problème aussi vieux que les premiers questionnements philosophiques  : ce que nous nommons libre arbitre ne serait-il pas une illusion, un mirage ? Si le dividu est mouvant, changeant, c’est parce qu’il n’y a plus aucune raison qu’il soit immobile, car ce qu’il croit être « une instance ultime de contrôle » ou une « conscience », il le considère comme une chimère (d’un point biologique, il serait « impossible de situer l’instance ultime de contrôle de soi » Les Netocrates, p.195). Le dividu s’ouvre alors pleinement aux flux de son environnement, il se déplace et se transforme comme lui, se divise, se dilue dans son milieu. Le dividu cherchera avant tout à être le plus branché, il ne se posera plus de questions éthiques, mais des questions esthétiques  : « L’éthique sera de plus en plus une question d’esthétique » (p.201). S’il n’y a pas d’indivisible, s’il n’y a pas « d’instance de contrôle », peut-on encore parler de responsabilité ? Un individu, un tant soit peu équilibré, est considéré comme responsable, responsable de ses actes, de ses paroles, de ses projets... La justice juge des êtres responsables, et s’elle se trouve face à des individus irresponsables (par exemple un enfant, une personne souffrant d’une maladie...), elle ne peut les condamner. On ne condamne pas quelqu’un qui n’aurait pas pu ne pas faire autrement (puisqu’un individu irresponsable ne choisit pas, ne peut pas peser le pour et le contre). Or, dans une société sans individus, où les dividus seraient des êtres mouvants sans « instance de contrôle », comment envisager une justice possible ? Les dividus ne seraient pas en soi irresponsables, car ce serait supposé qu’une responsabilité est encore possible, ce qui n’est plus le cas non plus. Dans une société netocratique, la question de la responsabilité et de l’irresponsabilité ne peut plus se poser, si ce n’est en terme de vieilles fictions dépassées. En cela, cette société ne serait pas irresponsable, mais a-responsable, c’est à dire une société où le critère de responsabilité ou de non-responsabilité ne se poserait plus. Comment faire alors ? Eh bien nous posons cette question à ceux qui se proclament « Netocrates » et qui chantent avec entrain la mort de l’individu. Bon courage ! Il n’est pas possible de nier l’individu sans glisser vers des pentes abruptes. Parce qu’il y a des individus, il y a des points de vue différents, des idées différentes, des collaborations possibles avec autrui. L’individualisme est la condition préalable à toute démocratie. Pas de démocratie sans individus. ; u Vogl Voki 49



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