VoX n°5 jun/jui/aoû 2013
VoX n°5 jun/jui/aoû 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°5 de jun/jui/aoû 2013

  • Périodicité : irrégulier

  • Editeur : voxlemag.wordpress.com

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 12 Mo

  • Dans ce numéro : dossier sur les netocrates.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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46 Vo CHRONIQUE Les netocrates  : le grand péril La mort de l’individu u On arrive là au nœud de tous les problèmes, ce pour quoi la netocratie comme nouvelle sphère dominante est indéfendable  : la fin de l’individu. Avec la fin de l’humanisme « l’homme est mort », avec la netocratie, « l’individu est mort ». Ça en fait des cadavres. ; Tout d’abord, l’individu, c’est quoi ? L’individu est un noyau indivisible, c’est ce qui fait que chaque homme, chaque femme, est une singularité. L’individu est celui qui peut dire « je ne suis pas un autre ». Ceci suppose donc que malgré tous les changements que nous pouvons éprouver au cours d’une vie, quelque chose en nous reste le même. De fait, l’individu incarne un point de vue, une perspective à part entière, perspective qui n’appartient qu’à lui. L’individu est inaliénable, il ne peut devenir étranger à lui-même. Prenons un exemple tout simple  : le vous présent est sans doute complètement différent de votre vous passé d’il y a dix ans, il n’empêche que vous arrivez à maintenir un lien d’identité entre le vous présent et le vous passé, comme si un noyau dur, malgré les changements, avait persisté. Ce noyau dur est indivisible, c’est ce qui fait de vous un individu à part entière. Vous êtes le même dans la différence. Certes, comme le rappelle très bien le livre Les Netocrate, l’ego (le je) ne fait pas la pensée, c’est la pensée qui constitue l’ego. Autrement dit, le je change en fonction des pensées (voir le livre page 121 sur cette question de l’ego). Or, pas plus que vous avez changé littéralement de corps après une séance de tatouage ou de chirurgie esthétique, le je ne change pas en un autre. L’ego se déplace, se transforme, mais cela ne veut pas dire que l’égo devient autre radicalement. Votre point de vue change, selon votre parcours, vos opinions, mais votre point de vue du moment n’appartient qu’à vous seul, personne ne peut prétendre penser à votre place, tout comme vous ne pouvez prétendre pouvoir incarner le point de vue de quelqu’un d’autre, ou penser pour un autre. Là est l’indivisible et c’est là dessus que repose la démocratie  : accorder les points de vue entre eux, sans les nier. Démocratie suppose des individus. L’individualisme repose sur ce principe  : tout part des individus, des particuliers. L’individualisme n’est pas incompatible avec l’holisme, l’holisme étant une vue d’ensemble. Pour le dire autrement, les psychologues (ceux qui partent de l’individu) et les sociologues (ceux qui partent du collectif) ne se tapent pas forcément dessus, ils sont plutôt complémentaires. La démocratie est un parfait exemple de cet accord entre l’individu et le collectif  : on accorde de l’importance à chaque point de vue, pour construire un socle collectif.
 ; Les 4 processus et structures qui nient l’individu Il existe quatre types de structure dominante qui reposent sur le déni ou l’écrasement des individus  : • La massification. Quand les individus ne sont plus que de simples composants d’une masse uniforme. La massification est le propre des nationalismes, de tous ces groupes extrêmes qui prônent une identité nationale transcendante et dominante. C’est aussi le propre des fascismes en tout genre  : écraser les individus au nom du peuple un et unique, ou au nom d’une race. C’est le cœur même du totalitarisme  : le totalitarisme n’accepte pas les singularités. Par exemple, prenons le communisme léniniste et stalinien, un processus de massification au nom d’une utopie qui aura fait beaucoup de morts. La démocratie est morte sur l’autel du parti unique. La masse est un monstre qui ne pense pas et qui écrase les individualités.• L’égocentrisme. C’est un préjugé sans fondement qui fait de l’égocentrisme un synonyme de l’individualisme. On mélange souvent les deux. Or, c’est tout l’inverse. Un égocentrisme c’est un excès d’ego (un excès du je), l’égocentrique considérant qu’il n’y a qu’un seul individu  : lui. Ce faisant, l’égocentrique demeure indifférent aux autres individualités, voire même les écrase au nom de sa propre personne. Pas d’individualisme possible dans un monde d’égocentriques. Dans une société ultra libérale, où chacun est en concurrence avec l’autre, c’est l’égo le plus fort qui gagne. Ce système-là pousse à l’égocentrisme généralisé. On comprend dès lors que le capitalisme libéral n’est pas un individualisme au sens où nous l’avons présenté, mais une machine à broyer les individus dans la jungle de l’Ego le plus fort.• La culpabilisation et le stress. Ce sont certes deux choses différentes, mais elles ont en commun l’écrasement de l’individu par lui-même. La culpabilisation est l’arme CHRONIQUE Les netocrates  : le grand péril par excellence des religions, elle fige l’individu dans ses erreurs, l’empêche d’avancer. Il en résulte que l’individu se sentant constamment coupable va devenir son propre petit tyran, bridant ses pensées et son comportement dans les normes imposées par les mœurs (dans le cas présent, la loi religieuse). On retrouve le même processus dans le management moderne. La culpabilisation qu’éprouvent les salariés leur impose de devenir leur propre petit tyran, et il faut ajouter à cela un stress quasi permanent. Soit le salarié devient copie conforme à ce qu’on lui demande, se mettant des œillères devant les yeux, obéissant au doigt et à l’œil à ses supérieurs, et surtout s’autopunissant avec ce non-droit à l’erreur ; soit il est écrasé par les autres, il devient le mouton noir du groupe, et si possible il est éjecté. Dépression et suicide sont l’ultime conséquence de ce processus qui détruit petit à petit les individualités. Religions, sectes, et entreprises au management anglo-saxon ont cela en commun (voire notre article dans le numéro 3 page 38 LINK).• Le dividisme, néologisme que nous faisons à partir du terme « dividu », le dividu étant le nouvel individu de la société netocrate. Nous sommes là dans l’exact opposé de la massification  : si la massification détruit les individus en les associant uniformément en une totalité, le dividisme nie l’individu en le fragmentant dans un processus quasi schizophrénique (schizophrénique au sens trivial du terme, pas au sens clinique). La netocratie, comme on le constate à partir de la réflexion de J. Söderqvist et A. Bard, n’admet plus l’individu, substitué par un autre concept emprunté à Gilles Deleuze, le « dividu ». Le dividu, contrairement à l’individu, n’a pas ce noyau indivisible. Le dividu change tout autant de fois qu’il change de masque, ses identités sont multiples, éphémères. Tout est divisible, tout est mobile. Cela suppose une infinité de points de vue, sans limites. Dans une société netocratique, l’individu n’a plus sa place, seul le dividu peut évoluer dans ce monde en constant chan- Vogl Voki 47



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