VoX n°5 jun/jui/aoû 2013
VoX n°5 jun/jui/aoû 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°5 de jun/jui/aoû 2013

  • Périodicité : irrégulier

  • Editeur : voxlemag.wordpress.com

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 12 Mo

  • Dans ce numéro : dossier sur les netocrates.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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VoP41 42 VoP41 CHRONIQUE Les netocrates  : le grand péril l’article sur l’armée de Troll de l’UE http://www.anonnews-francoph one.com/lue-va-financer-des-agents-pourcontrer-les-eurosceptiques-sur-internet/). Le sensationnalisme des médias, l’agressivité de certains sur le Net, la loi de celui qui fait le plus de bruit, le Trolling, voilà des phénomènes que l’on peut déjà rencontrer et qui annonce la société netocratique à venir. ; Le culte de la transparence « La transparence est bien plutôt une chimère, un mythe de la propagande Netocratique, qui n’existe que sur des zones extrêmement étroites et horizontales. [...] Nous devons faire le deuil de la vue à long terme ». Les Netocrates, p.210 Nous ne nous attarderons pas sur cette question du culte de la transparence, car c’est un thème que nous avons déjà abordé dans un article du précédent numéro (lien). Ce que nous pouvons dire, brièvement, c’est que ce culte de la transparence que nous évoquons, c’est cette idée de plus en plus partagée qu’une plus grande transparence sur le Net, et dans la société en général, voire une totale transparence, ne pourra qu’être un mieux pour nous tous. Mais si on pousse le raisonnement un peu plus loin, on voit très vite que cela pose problème. Tout d’abord, transparence suppose bêtement que l’on puisse voir et vérifier les choses sous toutes leurs coutures. Vérifier, c’est contrôler (ce n’est pas pour rien si la vérification au garage de votre voiture s’appelle « contrôle technique » ou que la vérification des acquis d’un élève en classe s’appelle « contrôle de connaissance »). Voir et vérifier une chose, un être humain, une institution, ou autre, c’est effectuer un contrôle, avoir un certain empire sur lui. Quand il s’agit de vérifier l’exercice du pouvoir, comme la politique, c’est très bien  : ce que l’on demande à nos représentants c’est de rendre des comptes, car ils n’ont pas eu leur mandat par hasard. La population a le droit de vérifier ce qu’ils font et comment ils le font dans l’exercice de leurs fonctions (il ne s’agit pas non plus d’aller vérifier leurs vies privées), ce serait aller trop loin, à moins bien entendu cas exceptionnel où un politicien aurait des intérêts privés sur une affaire publique). Comme nous l’expliquions dans l’article du précédent numéro, là où la transparence peut être bénéfique, ce sont dans les sphères d’influence, ces sphères qui font la pluie et le beau temps dans nos sociétés. Car cette transparence devient dès lors constitutive d’un contrepouvoir, elle permet de combattre les abus en tout genre, permet justement de combattre les sphères élitistes qui cherche à préserver leur domination. Mais quand on parle de culte de la transparence, on parle d’autre chose. On ne parle pas seulement des sphères d’influence, mais de toutes les sphères, individus lambda compris. Quand on ne met plus aucune limite à cette transparence, quand on pense que la transparence, ça ne peut être qu’un mieux, quand elle n’est plus un moyen, un outil, mais une fin, on en arrive à une extrémité néfaste. Intimité, vie privée, droit à l’oubli, droit de consultation, anonymat... tout cela est incompatible avec une transparence totale. On en arrive à un projet utopique complètement fou, qui en fin de compte profitera aux dominants (les netocrates) et finira d’écraser les dominés (le consumtariat). Encore une fois, nous vous invitons à lire -ou à relire- l’article du précédent numéro pour plus d’approfondissement sur cette question de la transparence. ; Posséder, c’est dominer Posséder, c’est dominer. Avoir à disposition des informations que d’autres n’ont pas (c’est la visée des netocrates), c’est exercer sur ces gens une domination. Cela est d’autant plus vrai quand les informations en question sont des informations personnelles. D’anciennes cultures considéraient que
donner son nom à un autre, c’est lui permettre d’avoir domination sur soi. On retrouve la même idée dans certaines cultures amérindiennes qui considèrent qu’une photo de soi (ou un film) est un vol de son âme. Derrière ces pensées magiques, qui peuvent nous faire sourire, se cachent, en fait, une profonde sagesse qui devraient nous faire réfléchir davantage  : posséder une information (comme l’identité nominative d’un individu), c’est le dominer. Cette domination est d’autant plus redoutable quand l’autre connait votre nom et pas vous. De même pour une photographie, via Facebook par exemple  : on sait très bien les dégâts qu’une photo peut faire quand elle est diffusée n’importe comment. C’est une forme de dépossession de soi et de son image. On retrouve encore cette idée dans le monde du travail  : quand vous faites des petits boulots, on vous oblige parfois à porter constamment sur vous votre nom et prénom sur un badge, ce qui ne sert à rien en pratique puisque les gens avec qui vous bossez vous connaissent, et ceux et celles qui ne bossent pas avec vous ne s’amusent généralement pas à vous appeler par votre prénom en lisant bêtement votre badge. Quant à ceux et celles qui veulent vous nommer, ils peuvent tout simplement poser la question « comment vous appelez-vous ? ». Et pourtant non, on vous fait porter un badge qui n’a aucune utilité. Pourquoi ? Pour vous avoir à disposition. On vous colle un badge comme on colle une étiquette sur un bocal. Cette information si innocente qu’est votre simple nom donne un avantage symbolique à ceux qui y ont accès. Question toute bête  : avez-vous déjà vu un costard cravate porter un badge à son nom, en dehors d’un congrès ou d’un colloque, dans sa sphère de travail ? À méditer. Qui encore n’a pas fait ce rêve dans son adolescence, de se retrouver nu en classe, ou sur une scène de théâtre, moqué par l’ensemble de ses camarades et de son entourage qui, eux, sont tout à fait habillés. Cette nudité symbolise cette transparence, cette perte d’intimité, qui vous retire tout pouvoir en ce monde et qui donne tout empire des autres sur vous. Le culte de la CHRONIQUE Les netocrates  : le grand péril transparence et la possession exclusive des informations ne sont pas tenables. Penser que la transparence profitera à la démocratie est tout aussi absurde que de penser que l’obligation des médias à révéler ses sources assurera la liberté de la presse. Alors oui, ceux qui ont à disposition l’information, et qui la manipulent selon leurs intérêts, ont le pouvoir, font parti de la classe dominante. Les netocrates sont ceux qui vous collent un badge en permanence, qui vous voient à poil, qui vous disent quoi penser, comment penser en distillant et en manipulant l’information. ; Profusion d’infos = plus grande opacité C’est là un grand paradoxe qu’il faut souligner. La profusion d’informations, rendue possible par le Net, n’entraîne pas systématiquement plus de transparence. Certes, les informations sont disponibles, mais en même temps les quantités d’informations sont si importantes qu’on ne sait plus où donner de la tête. Là est l’une des raisons de l’attentionnalisme  : quand il n’est plus possible de s’y retrouver, on choisit ce qui fait le plus de bruit, ce qui fait le plus de buzz. Dans cette jungle de l’information, comment trouver son chemin ? Comment retrouver les nouvelles sphères d’influences netocratiques dans cette profusion d’informations ? Les pouvoirs deviennent plus subtils, plus discrets. Regardez tous ces traités liberticides qui nous tombent dessus. Ces traités ne sont pas cachés, les informations sont généralement disponibles. Il n’y a pas de complot derrière, pas de dissimulation. Or, le grand public la plupart du temps ne connait même pas l’existence de tels traités. C’est grâce aux activistes et hackvistes que ces informations sont portées en avant sur la place publique. Le profusion d’informations augmente l’opacité du monde dans lequel nous vivons. S’informer ne suffit pas. Ce n’est pas parce que l’on a une grande bibliothèque Vogl Voki 43



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