VoX n°5 jun/jui/aoû 2013
VoX n°5 jun/jui/aoû 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°5 de jun/jui/aoû 2013

  • Périodicité : irrégulier

  • Editeur : voxlemag.wordpress.com

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 12 Mo

  • Dans ce numéro : dossier sur les netocrates.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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VoP41 40 VoP41 CHRONIQUE Les netocrates  : le grand péril vient un véritable culte, qu’entendons-nous par là ? C’est simple  : le culte de l’information et de la transparence n’est plus une question de moyen, mais de fin. Autrement dit, l’information et la transparence n’ont de finalité qu’elles-mêmes. ; Le culte de l’information « Nos pensées sont guidées par les informations auxquelles nous avons accès.[...] Les informations disponibles dictent la possibilité des pensées et des actions ». Les Netocrates, p.17-18 Prenons un exemple simple, en dehors du web. En économie, quand vous avez de l’argent, ou quand vous vous faites de l’argent, c’est en vue de quelque chose  : avec cet argent vous payez des salariés, vous vous lancez dans un projet, vous partez en voyage, vous remboursez une dette Bref, l’argent sert à quelque chose de concret. Si on vous dit qu’un type a gagné 1000 euros, et qu’avec ces 1000 euros il paye un autre type pour casser la gueule de quelqu’un d’autre, vous allez sans doute vous offusquer. Si on vous dit qu’un type a gagné 1 million d’euros, et qu’avec ces 1 million il fait don de son argent à une cause humanitaire, vous allez applaudir. Ce que nous voulons dire, c’est que ce n’est pas la somme gagnée qui compte, c’est ce qu’on en fait. L’argent dans ces deux de cas de figure est un moyen, un outil, qu’on peut utiliser dans un sens comme dans un autre, peu importe la somme. Mais quand l’argent n’est plus un moyen, quand l’argent devient une fin, quand on veut se faire de l’argent pour se faire encore plus d’argent, on tombe dans le gouffre économique que nous connaissons aujourd’hui. Ce n’est plus la fonction de l’argent qui compte, mais la plus haute somme, l’accumulation. On voit des fortunes qui, au lieu d’être investies dans des projets réel et concret, sont réinvesties dans des paris en bourses, dans une économie virtuelle. S’il y a gain, le gain est quasiment réinvesti à nouveau dans cette économie virtuelle pour se faire encore de l’argent. S’il y a perte, c’est l’économie réelle qui en prend un coup. Et on tombe dans un cercle vicieux, la quête de l’argent pour l’argent est devenue absurde. Le résultat on le connait, un petit voyage en Grèce suffit pour s’en faire un panorama. Les parieurs, eux, plongés dans le culte de l’argent, du capital, continuent à piloter leurs machines infernales sans queue ni tête. Eh bien pour l’information, c’est exactement pareil. Dans la netocratie, ce n’est plus l’argent pour l’argent qui compte, mais l’information pour l’information. Les netocrates sont des sortes de Traders de l’information  : ils se débrouillent pour récupérer les meilleures infos, ils les manipulent (un peu comme à la bourse on jouerait avec les valeurs par les ventes et les rachats) et les exploitent, ou (et c’est là une grande différence de l’ancien système) les imploitent (= les gardent pour eux et pour leur réseau). Ils font la pluie et le beau temps, leur but étant la maîtrise de l’information, leur distribution ou leur appropriation. Qu’importe ce qu’on en fait, de toute façon elles sont périssables. Le plus important, c’est la potentialité d’attention qu’elles ont ou qu’elles peuvent avoir. L’attention est à l’information ce que la valeur est à un billet. Prenons un exemple sur l’actualité  : entre la mort de milliers d’enfants dans un pays du centre Afrique, et la mort de Mickeal Jackson, laquelle de ces deux informations a un plus grand potentiel d’attention, laquelle va capter le plus d’audience et le plus d’intérêt ? La deuxième, malheureusement. Si nous avons pris cet exemple, c’est pour bien vous montrer que l’attention ne signifie pas forcément l’importance qu’il y a dans le contenu même de l’information. Autre exemple, entre la naissance d’un enfant d’une star internationale et la découverte d’une nouvelle bactérie régénératrice qui pourrait apporter beaucoup à la science, il est évident que l’information la plus importante pour nous tous serait la deuxième, mais encore une fois c’est l’attention qui compte, donc la première. Les gens préfèrent parler people que de parler progrès médicaux pouvant pourtant concrètement les concerner à l’avenir. Dernier exemple,
en dehors de l’information journalistique cette fois, entre un site internet qui parle d’histoire et de philosophie et un autre qui montre des Lolcats, à votre avis, lequel de ces sites aura pl us de chance de trouver son audience ? Attention, nous ne jugeons pas, nous aimons les Lolcats, et les gens vont où ils veulent. Ce que nous voulons dire, c’est que l’accès à l’information sur Internet ne marche pas par pertinence ou par importance, mais par attention et par buzz. Pour le coup les médias l’ont bien compris, il suffit de regarder les informations du JT  : le foot c’est toujours plus important que la guerre en Syrie dont on en entend quasiment plus parler (à moins de chercher volontairement les infos). Dans le culte de l’argent du capitalisme libéral, l’argent devient une fin, les individus deviennent les moyens en vue de cette fin. C’est le monde à l’envers, puisque l’argent au départ était un moyen, un outil, en vue de la seule finalité légitime, les individus. Dans le culte de l’information de l’informationnalisme et de la société netoratique, le schéma est exactement le même  : l’information (et surtout l’attention qu’il y a dans cette information) est une fin, les individus (internautes) des moyens en vue de faire monter l’audience et l’intérêt. L’information pour l’information, l’attention pour l’attention, et au milieu de tout ça, dans ce nuage de divertissement informationnel, de pauvres consommateurs démunis  : c’est le consumtariat. Une information se doit d’abord d’être utile, d’apporter quelque chose, d’être utilisable, et si possible au plus grand nombre, et non d’être manipulé en vue de sa seule attentionnalité. Le monde netocratique est un monde de sensationnalisme, où seul ce qui peut faire du bruit à une valeur. Pour le reste, qu’importe sa pertinence, sa qualité, ses potentialités pratiques pour les individus, si elle n’est pas un tant soit peu sensationnelle, poubelle (par l’oubli et l’indifférence). L’information devient divertissement. « L’attention est la seule monnaie de référence du monde virtuel. [...] La stratégie et la logique CHRONIQUE Les netocrates  : le grand péril de la Netocratie est donc attentionalistes bien plus que capitalistes » Les Netocrates, p.209. « L’important, c’est la capacité à créer de l’attention dans les cercles qui importent. Avoir quelque chose à dire qui fasse taire le brouhaha de l’information. Bienvenue dans l’attentionnalisme ! » Les Netocrates, p.223. Dans le monde de l’informationnalisme, on ne lit plus vraiment, si ce n’est qu’en diagonale. On part du principe que tout doit aller vite, que nous n’avons pas à rester trop longtemps sur une même information. Du coup, il ne s’agira plus de se cultiver, d’apprendre, de débattre, d’argumenter, mais de parler le plus fort, de faire le plus de bruit possible. Ce bruit sera souvent synonyme d’agressivité, et celui qui essayera de poser des arguments réfléchis, subtils, de prendre un peu de temps pour expliquer les choses, passera pour un ringard et se fera sans doute éjecter avant d’avoir fini de s’expliquer. C’est comme ça que ça se passe déjà sur la plupart des réseaux. Ce sont les trolls qui font la loi le plus souvent, ils dissent n’importe quoi, ils essayent de choquer pour augmenter l’attention qu’on peut porter sur eux, et ça marche. Lors d’un débat, mettez un internaute réfléchi débattre avec un Troll, il sera complètement démuni, puisque le Troll n’obéit à aucune logique, si ce n’est la logique de faire du bruit, du buzz. Faire du bruit, qu’importe les raisons, qu’importe les moyens, voilà encore une propriété du culte de l’information  : même si l’information est artificielle et vide, créer de toutes pièces par un Troll, elle a plus de valeurs par ses effets et l’attention qu’elle entraîne qu’une autre information sérieuse et sans doute moins sensationnelle (mais pourtant plus utile). Qu’on se le dise  : le Trolling est potentiellement une forme de censure, en cela que le tapage que fait le Troll jette l’information importante en arrière-fond, la masque. Certains partis politiques et même l’Union Européenne l’ont bien compris, car ils ont intégré dans leurs tactiques de communication l’enrôlement d’une armée de Trolls chargé de discréditer et de court-circuiter les idées et discussions contradictoires à leurs visées (lien de Vogl Voki 41



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