VoX n°5 jun/jui/aoû 2013
VoX n°5 jun/jui/aoû 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°5 de jun/jui/aoû 2013

  • Périodicité : irrégulier

  • Editeur : voxlemag.wordpress.com

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 12 Mo

  • Dans ce numéro : dossier sur les netocrates.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Vo1:1 30 Vo►#Î CHRONIQUE Les netocrates  : le grand péril Nous voulons dans cet article revenir à la source même de l’idée de netocratie, reprenant ce texte incroyable et passionnant d’Alexander Bard et de Jan Söderqvist, Les Netocrates, qui théorisent et analysent cette nouvelle classe dominante que certains interprètes ont vite fait de transformer en immense fourre-tout (notons d’ailleurs que pour le moment, ces deux auteurs sont les seuls théoriciens de cette netocratie, d’où l’importance de lire -de vraiment lire- le livre pour comprendre les mécanismes et les problèmes liés à l’idée netocratique). Car la méprise est bien là  : les interprétations actuelles de la netocratie reposent sur une lecture naïve et partielle du livre des deux futurologues. Les conséquences de cette lecture erronée, conséquences que nous commençons à entrevoir dès maintenant, peuvent être dramatiques pour les médias, pour les activistes en tout genre, et bien entendu pour les hacktivistes qui risquent de se retrouver progressivement pris en otage dans une idéologie répugnante à visée élitiste et dominatrice. Ce long article sera aussi un prétexte pour réfléchir à ce que peut devenir la démocratie sous cette nouvelle ère, et à mieux saisir et comprendre les nouveaux préjugés de notre époque telle que le culte de la transparence et de l’information, la mort de l’individu et de l’humanisme ou la fin du capitalisme. ; u La Netocratie, c’est quoi ? u « Les Netocrates » n’est pas un manifeste ! Le terme même de « Netocratie » apparaît dans les années 90. Mais il faut attendre la fin de cette décennie pour que ce mot devienne une véritable notion signifiante suite aux travaux d’Alexander Bard et de Jan Söderqvist dans leur ouvrage Les Netocrates. Il a fallu du temps avant que ce livre soit correctement reçu, et après quelques années, on peut facilement dire qu’il est devenu la référence puisque c’est l’un des rares textes à proposer une réflexion très large sur les nouvelles sociétés s’installant sur le socle des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC). Tout d’abord, il ne faut pas lire cet ouvrage comme un manifeste, erreur fatale. Ce livre ne prend pas parti, il est « par delà le bien et le mal ». Ce texte cherche plutôt à comprendre le monde d’aujourd’hui et de demain, à poser des jalons interprétatifs en créant des concepts, en présentant les possibles conséquences. Dans une interview, Jean Söderqvist le dit lui-même  : « Nous ne sommes pas des représentants de commerce  : nous n’essayons pas de vendre l’Âge de l’Information aux consommateurs français, et nous ne faisons la promotion d’aucune idéologie. Nous affirmons simplement que ces changements arrivent, nous nous demandons pourquoi ils opèrent maintenant et pourquoi c’est une bonne idée d’essayer de les comprendre - pour ne plus être hors sujet ». Nous prenons donc part au débat. Partant de ce texte nous allons essayer de mieux comprendre les conséquences de cette nouvelle société Netocratique. Nous proposerons nos propres conclusions, essayant de rassembler à la fois les réflexions posées par le livre et les préjugés que l’on rencontre sur le Net.
 ; Changement de paradigme  : du capitalisme à l’informationnalisme « Paradigme  : un paradigme définit presque littéralement quelles pensées peuvent être pensées, « Il représente simplement l’ensemble des préjugés et des valeurs qui réunit les membres d’une société donnée » (Les Netocratres, p.31). La thèse principale du livre est la suivante  : chaque technologie importante engendre l’émergence d’un nouveau paradigme, tel que le capitalisme, par exemple, qui s’est progressivement installé à partir de l’invention de l’imprimerie (ce qui ne s’est pas fait du jour au lendemain, l’imprimerie n’étant que la première étincelle) ; avec les nouveaux médias actuels et les nouvelles technologies de communication (Internet donc), nos sociétés sont en train de basculer vers un nouveau paradigme  : l’informationalisme. Pour faire simple, nous passons d’un monde où c’est l’argent qui est au centre de tout, à un monde où c’est l’information qui occupe cette place. Sous ce paradigme informationnaliste, nos sociétés ne seront plus démocratiques mais davantage netocratiques. CHRONIQUE Les netocrates  : le grand péril Netocratie est un mot formé à partir deux termes  : Aristocratie (l’aristocratie étant la classe dominante du féodalisme) et Internet. Les netocrates sont les nouveaux dominants de cette nouvelle société. Ce qui fait leur force, c’est qu’ils sont au cœur de l’information, ils se regroupent autour des réseaux les plus importants, ce qui leur donne ce pouvoir. Ils se rassemblent en réseau a priori ouvert, mais dont l’accès n’est possible qu’en fonction d’un certain mérite (d’après ses compétences, ses relations, ou des informations que l’on pourrait échanger). Cette élite dominante sera tout aussi minoritaire que l’élite actuelle. Ceux qui se présentent comme pro-netocrates pensent que les netocrates sont les utilisateurs du web en général, soit la majorité de la population. Rectifions le tire tout de suite  : c’est faux. Les netocrates sont extrêmement minoritaires, à l’inverse de la classe inférieure de cette nouvelle société  : le consumtariat. Un peu comme la classe inférieure actuelle est bridée par son manque de moyens financiers, le consumtariat (terme formé à partir de consommateur et de prolétariat) est bridé par la pauvreté des informations qu’il reçoit, les informations intéressantes étant gardées ou manipulées par les netocrates dominants. « Dans le nouveau paradigme, la nouvelle classe dominante gouverne la nouvelle classe inférieure en manipulant ce que nous pouvons appeler les tâches de consommation du consumtariat - plus simplement le désir. La différence fondamentale entre la netocratie et le consomtariat est que l’une contrôle sa propre production de désirs quand l’autre obéit à ses ordres. [...] Les netocrates et les consumtariens consomment et, encore une fois, c’est l’élite qui dicte les termes ». Les Netocrates, p.152. ; À quoi peut ressembler un netocrate ? En extrapolant un peu la réflexion sur la netocratie développée dans le texte ou plus généralement sur le Net, on peut identifier plusieurs points qui caractérisent un netocrate  : • Tout d’abord, le netocrate se présente comme une élite, il est au-dessus de tous, il prétend avoir une meilleur vue d’ensemble que les autres.• Le netocrate n’aime pas débattre, le dialogue, le respect des autres points de vue appartiennent selon lui à une époque révolue. L’argument ne compte plus, seules l’attention et la fonctionnalité comptent.• Il rejette l’individualisme au nom du dividualisme, le dividu ayant plusieurs identités, se mouvant dans un monde changeant.• Ce qui intéresse le netocrate, c’est l’information. On peut parler d’un véritable culte de l’information. Le contenu de l’information importe peu, c’est plutôt son potentiel d’attentionnalité qui compte. Le neto- Vogl Voki 31



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