Univers Interactif n°2 avr/mai 1995
Univers Interactif n°2 avr/mai 1995
  • Prix facial : 35 F

  • Parution : n°2 de avr/mai 1995

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Pressimage

  • Format : (204 x 266) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 86,9 Mo

  • Dans ce numéro : vers un monde sans papier.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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vraiment remplacer les livres traditionnels. Les enfants vont adorer, c'est inévitable. Je ne sais pas jusqu'à quel niveau de sophistication les nouvelles technologies d'écriture peuvent nous mener. Ce qui est sûr c'est qu'un support comme l'hypertexte reste une mode, liée à l'esprit des jeux de rôles ou des livres interactifs, mais avec une arborescence beaucoup plus compliquée. Cela me rappelle également les surréalistes et l'exercice du cadavre exquis. C'est un autre degré de lecture, mais ça n'est absolument pas un outil de travail. Je ne crois pas que cela va donner grand chose. La vrai révolution technologique au niveau de l'écriture serait plus par exemple dans l'écriture collective d'un scénario, avec plusieurs auteurs qui travaillent en réseau via modem. On a alors une véritable coordination dans l'écriture du récit, avec un gain de temps extraordinaire et des délais de réponses accelérés.< Alexis Notent Ecrivain, scénariste. Dernier livre paru : Résidence surveillée, Ed° Denoêl, 1993 (89 fr.) Je ne crois vraiment pas que la littérature, dans ce qu'elle a de personnel et d'artisanal, puisse être menacée par l'avènement des nouvelles technologies. Elle évoluera avec son temps comme elle l'a toujours fait. Elle exploitera les nouveaux outils mis à sa disposition, elle s'améliorera peut-être mais restera fidèle à l'émotion, qui l'a fait naître. Mon premier roman, Résidence surveillée, est le fruit d'un travail de 3/4 ans. C'est une histoire qui m'a habitée longtemps, avec au départ ces vigiles de Montparnasse que je voyais en face de chez moi, beurrés à 17h, minés par l'ennui et l'échec. Les idées de départ et le plan ne pouvaient pas s'écrire autrement qu'à la main car tout était en gestation. Pareil pour le premier jet et ainsi jusqu'au 3ème. Aujourd'hui, j'aime encore écrire et réécrire mes textes sur des feuilles que j'étale. La relecture d'une phrase manuscrite est toujours plus exigeante. Car si elle est mauvaise, on la raye complètement et on la repense, on la 70 >interactif n°2 Avril/Mai 1995 revit. Alors qu'avec un ordinateur, on compose, on devient fainéant. Mais je reconnais que le Macintosh a quand même ce grand intérêt pour un auteur : il permet d'aller plus vite. Il est évident qu'avec les nouveaux programmes comme Word 6, la puissance d'écriture est métamorphosée, démultipliée. Mais cela n'a rien à voir avec la création. Même avec un Mac, je continuerais à griffonner à la main avant de travailler sur écran. C'est la technologie qui est au service de l'écriture et non pas l'écriture aux ordres de la technologie.< Vincent Ravalec Ecrivain, scénariste. Dernier livre paru : Recel de bâtons, Ed° Dilettante, 1995 (85 fr.) Les nouvelles technologies m'intéressent mais c'est vrai que je ne suis pas très calé dans le domaine. Personnellement, j'écris encore à la machine avec une technique de couper/coller au cutter. Je n'aime pas le Macintosh. Je trouve qu'il change ma manière d'écrire de façon néfaste. Cela tient à mon regard sur le texte, au fait qu'on imprime au fur et à mesure et à cette conservation du récit "en mémoire", sans contact avec le papier. Evidemment, pour avoir un rendu papier, il suffit d'imprimer à chaque fois mais c'est une chose qu'on ne fait jamais avec un Mac. Quels que soient les nouveaux logiciels comme les aides à l'écriture, je crois vraiment qu'aucun programme ne peut mener à écrire. C'est l'opposé de ma conception de l'écriture. De même, j'ai un rapport trop affectif avec les livres pour réellement lire un ouvrage sur ordinateur. C'est peut-être un problème de génération, mais dans mon cas précis, je ne vois pas bien l'intérêt d'Internet. Pour un collectionneur de timbres qui fait des échanges aux 4 coins du monde peut-être, mais pour moi... Ce qui est bizarre, c'est que je n'ai aucune curiosité pour ça. Plein de gens dans mon entourage utilisent l'informatique et m'en vantent les mérites. Mais entre nous, j'ai l'impression qu'ils sont plus intéressés par l'outil que par ce qu'ils peuvent en faire. Ils adorent ce coté gadget, ce coté je te clique ma souris dans tous les sens...< Thierry Smolderen Ecrivain, professeur au CNBDI d'Angoulême. Dernier album paru : Les aventures de Karen Springwell : Le ciel de convoi. Ed° Les Humanoïdes associés, 1995 Il y a deux aspects dans la relation technologie/littérature. Tout d'abord l'interaction, qu'il peut y avoir entre le mental de l'écrivain et la technologie qu'il utilise pour écrire, ce qui conduit à des oeuvres imprimées, inertes dont le produit fini est l'équivalent d'une écriture au stylo ou à la machine. Et puis, le rapport au lecteur, le phénomène de réception du texte, qui est modifié dans le cas de l'hypertexte, ce qui développe tout un nouveau média, il faut alors accepter que l'écriture mute complètement. C'est Mathieu Lindon, qui disait qu'il pouvait reconnaître, simplement à travers le style, la syntaxe et la manière d'agencer les idées et les phrases, un écrivain qui avait travaillé sur traitement de texte d'un écrivain qui avait travaillé à la plume. En fait, la méthodologie varie énormément d'un auteur à l'autre, il y a ceux qui font des plans et ceux qui n'en font pas, il y a ceux qui sont influencés par le cinéma... ; je pense d'ailleurs que le cinéma a eu autant d'impact comme modèle de narration visuelle, que la technologie ou l'invention de la machine à écrire et du traitement de texte. Les logiciels d'aide à l'écriture devraient suivre les lois générales de l'écriture hollywoodienne, avec le même cahier des charges que celui des livres sur l'écriture de scénario. S'il s'agit simplement de définir des contraintes extérieures, de faire des propositions stéréotypées pour un décor, pour un personnage ou pour un enjeu romanesque, je ne pense pas que cela soit nécessairement très intéressant. Par contre, ça le devient si ça intègre des éléments de ce que l'on appelle la "vie artificielle". Je pense par exemple à un programme qui s'appelle Party Planner - l'organisateur de fête-, qui permet de codifier le nom, la personnalité et les caractéristiques -comme : "tel type aime bien boire", "tel autre a tendance à se tenir à l'écart", "ces personnes là ne s'aiment pas du tout", "ceux-là ont une ancienne histoire de jalousie qu'ils n'ont pas résolue"- d'amis que l'on souhaite inviter à une fête, le programme réalise alors une simulation de l'ambiance susceptible de se créer. Si on débouchait ainsi sur une sorte de modélisation, dans laquelle chaque personnage pourrait être
un acteur et vivre l'aventure en fonction de ses propres contraintes, on pourrait explorer plein de possibilités différentes, souligner certaines confrontations ou situations particulièrement explosives. Dans mon écriture, j'utilise une technique toute simple un peu sur ce registre là. Quand je suis bloqué dans une situation, je dispose sur la page -en évitant une disposition spatiale préméditée- sous forme de petits modules, les différents personnages, ingrédients, objets ou lieux qui concernent cette situation, et j'essaye de tracer entre ces modules des flèches. C'est une façon de rompre avec la logique verbale, linéaire et séquentielle de la pensée, de spatialiser l'écrit, et de ne pas être prisonnier de la façon dont on s'est raconté l'histoire la première fois. Une autre piste serait de modéliser un lieu qui intervient dans une histoire afin de l'explorer en 3D et d'en repérer tout le potentiel. Par exemple, quand un personnage est en voyage sur un bateau, on a tendance à le laisser sur le pont avec les autres voyageurs..., avec une modélisation 3D on aura tendance à créer de nouvelles possibilités de situations. C'est toujours une façon de quitter l'énoncé verbal pour se diriger vers quelque chose de non-standard, d'exploratoire... La notion d'hypertexte est très neuve par rapport à l'écrit linéaire, unidimensionnel, où l'on part d'un point d pour aller à un pointf, du début à la fin... ici c'est la liberté de l'arborescence. Je pense que la principale vertu de l'écriture, jusqu'au vingtième-siècle, était la cohérence, cohérence syntaxique, stylistique. Dès le moment où on sort de cette problématique, pour entrer à la fois dans l'image, dans le spatial puis dans l'hypertexte, on est dans l'arborescence, dans les divers possibles. Quand on décrit, comme dans Robinson Crusoé, une île et que l'on invite à se balader par l'imagination dans celle-ci, on Hypertexte : l'écrit restructuré. La construction non-séquentielle de la structure narrative est une idée déjà assez vieille, mais son application pratique à l'écrit est récente. Il semble que les premières réflexions à ce sujet proviennent des travaux de l'Oulipo (Ouvroir de Littérature Potentielle) dans les années 60. Depuis, les "Livres dont vous êtes le héros" ont contribué à démocratiser la lecture non-linéaire. L'ordinateur était un support rêvé pour ce type d'écrit, dont la présentation elle-même souffre de la linéarité. Passer de la page 42 à la page 37 à la suite d'une annotation, cela fonctionne. Voguer de texte en texte en sélectionnant des choix à la souris facilite nettement cet exercice. Ce système permet d'indexer facilement des compléments de lecture (images ou sons intervenant à des passages clés du récit), ce que l'on retrouve dans les piles Hypercard. Mais il ouvre aussi la voie à un nouveau type d'écrit. Joyce proposait dans Ulysse une lecture aléatoire, personnalisée, les chapitres pouvant se succéder dans un ordre quelconque. De même, une littérature entièrement fondée sur le concept d'hypertexte pourrait émerger et ne ressembler que très peu à la littérature classique. L'Hypertext Hotel (dont on peut avoir un aperçu sur le CD-Rom d'Interactif) est un premier pas dans cette voie.< invite plutôt en fait à sortir du texte, pour se l'approprier soi-même. Je pense que les écrivains de la linéarité sont dépassés. Pour ce qui est du support, CD-Rom ou autres, je pense que l'on y viendra tous d'ici dix ou quinze ans. On arrivera très vite aux livres-écrans, grâce auxquels on pourra télécharger romans et journaux. Si, aujourd'hui, ces supports ne remportent pas encore un franc succès, c'est tout simplement parce qu'ils ne sont ni assez légers ni assez maniables.< Marc Villard Ecrivain, scénariste. Dernier livre paru : Dans les rayons de la mort, Ed° Rivages, 1994 (59 fr.) Au risque de surprendre, je reste un des derniers dinosaures de la littérature à encore écrire à la main. Les nouvelles technologies comme le traitement de texte, l'impression laser ou le CD-Rom me sont étrangères, dans le sens où j'ai un refus viscéral de l'objet-machine. Mais je reconnais l'extraordinaire progrès qu'elles représentent. Je fais donc taper mes textes sur Mac par quelqu'un d'autre, ce qui permet d'effectuer un second travail de correction au moment de l'impression laser. Tant au niveau de la rapidité d'exécution que dans la qualité de présentation, c'est imbattable. Et pour moi qui suis également graphiste, le rendu typographique d'un Mac est quand même plus appréciable que l'impression carbone des vieilles machines. En gros, je suis pour les nouvelles technologies mais je ne les utilise pas. Car mes romans prennent d'abord forme dans ma tête. Mes personnages mûrissent lentement, les scènes et les dialogues se mettent en place petit à petit bien avant la première rédaction. Au moment d'écrire, je lance mes idées, mon plan, mes scènes sur le papier... à la main. Pour l'écriture d'un scénario, c'est différent. D'abord parce que le scénario, c'est la négation de l'écriture. Le style se doit d'être beaucoup plus sec, presque elliptique, sans utilisation surabondante d'adjectifs. L'utilisation du Mac ne pose alors aucun problème. James Ellroy sait très bien utiliser ce style là, presque télégraphique. Un style qui confère un aspect sentimental, assez en phase de l'époque. Au même titre que les ateliers d'écriture, les softs d'aide à l'écriture peuvent aider dans la construction d'un récit. Mais sincèrement, je pense qu'au delà de l'outil technologique, on est écrivain où on ne l'est pas. Seuls les nouvellistes minimalistes, à la Raymond Carver, peuvent espérer enrichir leur travail avec un logiciel. Et si ce genre de programmes devait générer un nouveau type d'écrivains, ce serait une génération de clones. Je ne crois pas trop à l'éviction du talent par des machines. Une source d'informations comme Internet ou un CD-Rom est un plus extraordinaire pour la documentation d'un récit, mais la littérature doit d'abord produire du sens, de l'émotion, une denrée fondamentalement humaine et si peu technologique...< c n >interactif n°2 Avril/Mai 1995 71



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