Univers Interactif n°2 avr/mai 1995
Univers Interactif n°2 avr/mai 1995
  • Prix facial : 35 F

  • Parution : n°2 de avr/mai 1995

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Pressimage

  • Format : (204 x 266) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 86,9 Mo

  • Dans ce numéro : vers un monde sans papier.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Auteurs à plumes ou écrivains du Mac, ils vident leur sac sur les nouvelles technologies. Pour le meilleur de l'écriture et de leur art. Opinions partagées. Propos reccueillis par Catherine Conté et Olivier Malnuit. René Belletto Ecrivain. Dernier livre paru : Les grandes expériences de Charles Dickens, Ed° POL, 1994 (150 fr.) Pour l'instant, je reste très étranger aux nouvelles technologies. Je n'ai jamais réussi à m'adapter à un ordinateur. La difficulté d'apprendre les manoeuvres mais surtout le besoin du papier, du crayon ou même de la feuille de brouillon, qu'on froisse et qu'on jette, m'en ont toujours éloigné. Seule un période de calme et d'envie pourrait me permettre de m'y intéresser. Récemment, j'ai vu un reportage sur les CD-Rom et j'ai trouvé ça plutôt bien. Le peu d'intérêt général pour la lecture pourrait peut-être trouver une nouvelle force dans ce type de support. Mais avant tout, je crois que la mentalité, la motivation de celui qui utilise un CD-Rom est déterminante. Par exemple, un CD- Rom sur le Louvre me permettrait de visiter le musée avec profit alors qu'actuellement je n'y vais pas et que je ne consulte pas d'ouvrages sur la peinture. Ce genre de technologie, dont finalement l'usage est fondé sur la facilité, peut se développer très vite. Il n'y a qu'à voir à quelle vitesse effrayante le CD a remplacé le disque noir.< 68 >interactif n°2 Avril/Mai 1995 Christophe Bouseiller Ecrivain, journaliste. Dernier livre paru : Message reçu, Ed° Spengler, 1995 (90 fr.) Personnellement, j'écris sur un powerbook et cela a radicalement changé ma manière d'écrire. J'ai d'ailleurs inventé une nouvelle expression pour désigner ce qui se passe dans l'ordinateur : la psychosphère. Un écrivain, qui écrit une fiction et qui rentre dans l'univers de l'ordinateur, bascule dans la psychosphère à partir du moment où il n'imprime plus ; et donc il vit dans l'intelligence pure. Mais l'ordinateur est encore plus intéressant pour la rédaction d'un document. Actuellement, je travaille sur l'Histoire du maoïsme et le traitement de texte me permet dans un premier temps d'écrire mon récit et ensuite de le gonfler progressivement sans être obligé de recopier le manuscrit. Ce qui est primordial. Par contre, pour mes recherches sur le maoïsme, je me suis connecté à Internet, et là j'ai été très déçu. Il faut le dire clairement, Internet en est encore au stade de l'ébauche. Il ne faut absolument pas déifier Internet. Un exemple : la Library of Congress américaine ne présente sur son serveur que des livres édités depuis 1991 et sans aucun résumé. Et comme ma recherche sur le maoïsme part de 1962 ! C'est quand même énorme de pénétrer dans La Library of Congress depuis Paris et là de se rendre compte que l'Histoire commence en 1991. C'est un problème commun à toutes les bibliothèques, seuls les ouvrages récents sont consultables sur le Réseau. Il faudra donc attendre qu'elles soient à la page. Un autre exemple : les archives sur les mouvements extrémistes en France de la BDIC à Nanterre ne sont pas du tout sur ordinateur, mais encore en pur papier. Je crois vraiment qu'Internet n'est pas le royaume de l'archiviste. Il est très important de comprendre qu'actuellement, on ne peut pas encore travailler efficacement sur Internet. Et puis, s'abonner pour discuter avec des mecs à New-York, je trouve que ça reste un luxe. Les programmes d'aide à l'écriture, quant à eux, me laissent très perplexe. J'ai l'impression qu'ils rendent l'écriture complètement stéréotypée, comme les "ateliers". Je crois surtout que la technique ne change rien au talent ou au non-talent. De même, je vois mal le CD- Rom remplacer le livre dans l'affectif des gens. Il y a un fétichisme du papier très important. On peut facilement consulter un CD-Rom mais de là à lire un livre sur écran, il y a une marge. Personnellement je sais que j'aime toucher, caresser un livre, c'est comme un besoin physique. En tous cas, je crois surtout qu'il faut éviter de faire une mode des nouvelles technologies. Tout est encore trop à l'état de balbutiement. Attendons de voir...< Laurent Chalumeau Ecrivain, journaliste. Dernier livre paru : Anne Franck 2 le retour, Ed° Grasset, 1994 (110 fr.) Pour moi, Internet renouvelle le genre épistolaire. Je mettrai peut- être 30 ou 40 ans à y venir, poussé par mes petits enfants, mais je suis déjà très impressionné par cette nouvelle graphie utilisée pour converser avec les signes cabalistiques du clavier. Cela me rappelle le temps où môme, on tapait sur une machine avant de savoir faire des phrases, simplement parce que ça faisait des petits dessins. Cependant, je crois qu'il faut relativiser l'importance d'Internet. Ca n'est après tout qu'un moyen de communication. De même, le débat CD-Rom/Livre me parait inutile. L'important, c'est le texte et l'envie du lecteur, quel que soit le support. Tout évolue. Je me suis bien adapté au CD alors que j'ai été très longtemps un intégriste du Vinyle, alors pourquoi ne pas commander une chanson avec les touches de mon clavier. Mais je vis toute nouveauté comme une persécution. Je me suis converti au traitement de texte très difficilement, après qu'on m'ait démontré que consacrer quelques heures pour l'apprivoiser pouvait me faire gagner des journées, des mois, puis des années d'écriture. Comment aurais-je pu être
correspondant à New-York pour dix mensuels, trois hebdos, faire de la télé et de la radio en plus, en continuant à taper sur ma vieille Remington ? En tous cas, je ne pense pas que j'aurais trouvé le temps et le courage d'écrire. Au fond, je crois qu'il n'y a pas matière à polémique. La peur du tout technologique, c'est de la branlette. Ceux qui s'inquiètent de savoir si le livre va disparaître sont ceux dont le livre a déjà disparu, quel que soit le format ou le support. C'est vrai que certains adeptes de la technologie sont des fanatiques, des allumés de l'ordinateur-gadget et des casse-couilles. Mais les indécrottables de la plume sergent-major, comme Sollers avec son encre de Venise, ne sont guère mieux. Le vrai problème, c'est que les nouvelles technologies ne sont pas encore très commodes à utiliser. J'ai lu dans l'idiotie de Michael Crichton que les CD Rom étaient encore très lents. Ce qui entre nous me conforte dans l'idée frileuse de ne pas m'en préoccuper. Pour m'y mettre, j'attendrais de lire en première page de Libération que ça y est : le CD-Rom est devenu rapide.< Jacques Chambon Directeur de la collection de Présence du Futur chez Denoêl. Bien sûr, le livre a encore de l'avenir, il met en jeu un capital affectif très fort. Les CD-Rom pour enfants, par exemple, reproduisent et restent attachés à l'image du livre. Denoël a comme projet la publication sur disquette de Fahrenheit 451 de Ray Bradbury avec un système de guide hypertexte pour permettre de jouer avec le texte, de s'amuser à rechercher des thèmes, des occurrences de mots, de couleurs. Ce sera un des premiers projets de livre avec accompagnement informatique, mais ce ne sera pas un CD- Rom. Par contre, j'ai publié l'année dernière un guide de la science-fiction intitulé Le Science-fictionnaire de Stan Barets, qui est actuellement prévu en version CD-Rom. Il est évident qu'un dictionnaire de la science-fiction, comme celui-ci, avec son rôle de consultation, se prête très bien au format CD-Rom. Le plus frappant dans les rapports littérature/technologie, c'est le retour du FI texte, qui finalement bénéficie d'innovations visuelles, alors qu'on avait pensé qu'il allait être détourné par des images de plus en plus performantes. Il est évident également que le travail des écrivains a totalement évolué avec le traitement de texte. Mais ça n'est pas pour autant que l'on voit vraiment émerger un nouveau type de littérature. D'une manière générale, je crois que l'ordinateur a plutôt tendance à allonger les manuscrits. On connaît aux Etats-Unis cette généralisation du roman pavé, qui ne va pas forcément dans le sens de la qualité. Je crois en fait que le traitement de texte est si agréable, si facile d'accès que beaucoup de gens ont tendance à se prendre pour des écrivains. Comme si la machine pouvait compenser un manque. Quelle que soit sa technologie, l'instrument ne peut être'qu'un prolongement de la personne. Il ne remplacera jamais l'imagination ou le talent.< Michèle Courbou Ecrivain. Premier roman : Les Chapacans, Ed° Gallimard, 1994 (41,50 fr.) Mon premier roman "Les Chapacans" a été écrit sur une vieille Hermes Ambassador, que j'avais trouvée. J'ai aimé travailler sur cette machine parce qu'il y avait toute une histoire autour. Mais j'ai très peu d'attachement aux outils, aux choses. Je ne suis pas passéiste. Aujourd'hui, je travaille sur un Mac dont j'adore le côté ludique. C'est sûr, l'ordinateur permet d'écrire plus vite. Il permet de gagner du temps dans cette course contre la montre que la société nous impose à tous. Mais le temps perdu n'est-il pas un recul indispensable à la création ? Je pense en tout cas que certains auteurs préfèrent en perdre pour aller au plus profond des choses. Personnellement, je sais que cela a changé ma technique d'écriture pendant quelques mois. Les premiers temps, j'avais tendance à être emportée par la vitesse, à écrire plus synthétique, à ne plus creuser assez loin, à ne justement plus prendre le temps du recul. C'est le principal danger du traitement de texte. Actuellement, je prépare un spectacle sur cette notion d'espace/temps. C'est une nouvelle que j'ai réécrite pour le théâtre avec cette idée de personnage très affairé, très intégré qui ne se pose aucune question. J'aimerais d'ailleurs beaucoup utiliser de nouvelles technologies visuelles pour la mettre en scène. Seule une simulation vidéo performante peut recréer les phénomènes d'espace/temps. En ce qui concerne le CD-Rom, j'ai bien peur qu'un jour il remplace le support papier. Certes pas demain, mais un jour prochain. Je ne suis pas forcément pour, mais comment lutter ? Je ne souhaite qu'une chose : qu'au moins les écrans fassent moins mal aux yeux. En tout cas, quelle que soit l'avancée des technologies, je reste persuadée que les gens reviendront à l'essentiel dans la littérature : l'histoire et la qualité de celui qui l'écrit.< Joël Houssin Ecrivain, scénariste. Dernier livre : Le Doberman américain, Ed° Car rien n'a d'importance, 1995 (réédition, 90 fr.) C'est clair, une technologie comme le traitement de texte représente une avancée énorme pour l'exercice littéraire. Pouvoir revenir en arrière, alimenter un scénario ou un roman par le ventre, sont des possibilités offertes par le traitement de texte, qui ont complètement changé ma technique de travail. Par contre, je n'ai aucune expérience des programmes d'aide à l'écriture. J'utilise parfois le dictionnaire des synonymes sur Word mais honnêtement, je ne le trouve pas assez riche. Pour ce qui est du CD-Rom, je suis assez impressionné. Je pense que les produits interactifs pour enfants vont >interactif n°2 Avril/Mai 1995 69



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